CHAPITRE IX
des villes , avait pour mesure le degré d’autorité ou d’influence que les prélats , comme dans les villes lombardes et à Pise , ou les comtes , comme dans les villes de Toscane , avaient encore gardé au milieu de leur défaite. Ils n’avaient pas seuls toute la responsabilité. Ils étaient ordinairement assistés d’un certain nombre d’hommes honorables ou instruits dans les lois et désignés dans les chroniques sous les noms de boni hommes, jnris et tnorum periti , sapientes, consiliatores, qui leur formaient une sorte de conseil particulier et souvent secret, sous le nom généralement admis de credenza (credentia). A Gênes, cette assemblée, qui était intermittente, s’appelait le conseil des correcteurs de lois. Lorsque Florence sortit, plus tard que les autres villes de Toscane, de l’infériorité où elle fut longtemps retenue, et arriva à son tour à la liberté , ce conseil de credenza , sorte de sénat, se composa de cent membres, jusqu’à la réforme de 1328.
Dans un gouvernement dont la base était l’élection , l’assemblée générale des citoyens libres, ou parlement , réunie par quartiers, au son de la cloche du beffroi, sur la place publique, était seule souveraine et juge en dernier ressort. Ce corps, délibérant en temps de paix, servait de cadre militaire, en temps de guerre. Au moment du danger, il se divisait en autant, de compagnies qu’il y avait de quartiers , chacune ayant son gonfalonier et son capitaine. Tous les citoyens devenant alors soldats, plaçaient au milieu d’eux sur un caroccio traîné par quatre bœufs et surmonté d’un autel , l’étendard de la commune, le palladium de leur liberté, et marchaient ensemble à l’ennemi.
Venise seule soustraite, grâce à ses lagunes, aux révolutions du reste de l’Italie, avait une constitution particulière et d’origine toute grecque. Le patriarche de Grado, définitivement vaincu dans ses prétentions par celui d’Aquilée, dépouillé de tous ses biens, obligé de transporter sa résidence à Veéise et d’y vivre d’une sorte d’aumône faite par la ville, n’avait pu y prendre la position politique des autres prélats italiens. Le doge ou l’ancien duc y était toujours resté le premier magistrat et longtemps le plus puissant. A
partir duxi' siècle, on limita cependant son autorité pour diminuer l’ardeur des factions qui se disputaient cette dignité supérieure. Le doge décidément soumis à l’élection fut désormais assisté de six conseillers formant la seigneurie , dans l’exécution des lois, aidé dans l’exercice de la puissance judiciaire par un corps de juges nommé guarantie, et obligé dans les cas graves de prendre l’avis du conseil des plus notables citoyens ou pregadi. La république de Venise tournait déjà à l’aristocratie.
Il faudrait se garder de croire d’ailleurs que toutes ces petites républiques fussent autant de démocraties. Lfes petits artisans, journaliers, ouvriers, étaient en général exclus du corps des citoyens; celui-ci comprenait au contraire un certain nombre de nobles des campagnes, vavassaux ou mêmes capitaines qui avaient pris le droit de cité, soit pour abriter leur indépendance sous la protection d’une association puissante , soit pour trouver dans les magistratures de la cité à satisfaire leur ambition. La plupart du temps, les fonctions de consuls et celles de capitaines dans les compagnies leur étaient confiées , à cause de leur habileté dans le métier des armes et de leur nombreuse suite.
Les nobles des châteaux , dans les montagnes voisines de Gènes, s’étaient de tout temps associés à la défense de cette ville contre les Sarrasins , et à ses entreprises commerciales qui se métamorphosaient assez souvent en expéditions maritimes et même en pirateries. Les Spinola , les Doria , les Ruffi, les Fornari, les Negri, les Serra, remplissaient la plupart du temps les magistratures républicaines de Gênes. Les comtes de Lavagna , qui s’étaient tenus à l’écart de la république, eurent à s’en repentir; Gênes les soumit à son autorité. De même, et pour des raisons semblables , à Pise, on voyait briller dans l’administration de la cité, les Visconti, lesOrlandi, les Gualandi, et les Sismondi. Quelques nobles toscans opposés au parti de Mathilde et du pape avaient même recherché l’alliance de Pise, y avaient bâti des palais, pris des intérêts dans les entreprises commerciales et accepté le gouvernement des îles ou comptoirs qui dépendaient de la république.