‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 80 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Dans les villes de la Lombardie , c’était le besoin de se liguer contre les prélats qui avait réuni les petits vassaux nobles et les bourgeois. Les premiers avaient presque toujours commandé les seconds dans la lutte commune. En revanche, ils y avaient obtenu des honneurs , la permission d’y bâtir des châteaux forts et des tours , et ils y jouaient le premier rôle. Là cependant l’union, n’étant pas cimentée par des intérêts communs de commerce , avait beaucoup moins de force; les nobles, libres, indépendants sur leurs terres avec leurs serfs , tout en restant soumis aux statuts des villes pour les demeures et biens qu’ils y possédaient, avaient par leurs possessions territoriales plus d’un intérêt contraire à ceux des bourgeois ; et les services mutuels que les nobles et les bourgeois s’étaient rendus, le besoin qu’ils avaient encore les uns des autres, n’étaient pas toujours suffisants pour neutraliser l’antagonisme des intérêts et l’inimitié de classe. La présence dans la même ville de la noblesse et de la bourgeoisie devait être bientôt la cause de fatales dissensions. Le grand danger pour l’indépendance et la durée des nouvelles républiques n’était cependant pas encore là ; mais dans ces jalousies mesquines de commerce , dans ces ardentes rivalités de position qui avaient pris naissance, en même temps que leur liberté.

Rivalité» et guerre» particulière» entre le» ville».

Les croisades qui avaient donné un élan nouveau aux trois villes de Venise, de Pise et. de Gênes, avaient été pour celles-ci la première occasion de guerre. Elles avaient suivi avec ardeur le mouvement qui entraînait les chrétiens contre les sectateurs de Mahomet, plutôt par amour de la puissance et du commerce que par ferveur religieuse. Toutes trois puissantes déjà par leur domination : Venise sur Trau, Spalatro et les villes maritimes de l’Illyrie ; Pise sur ses voisines moins favorisées des Maremmes, Massa, Piombino, Grosseto; Gênes sur celles des deux rivières, Lavagna, Savone, Àlbenga, elles avaient mis en mer un grand nombre de vaisseaux pour transporter les croisés et établir des comptoirs en Asie.

Venise, qui sous son doge Vital Michiéli, avait équipé deux cents vaisseaux, prétendit au monopole du commerce de l’Asie; et dès la première expédition livra bataille aux Pisans, sur les côtes de, Rhodes, avant d’arriver en terre sainte. Les Pisans, partis avec leur évêque Daimbert, qui devint patriarche de Césarée , ne l’abandonnèrent pas sans combat ; ils prirent, de concert avec les Génois, Caffaro, et sc tirent même céder un quartier dans les deux villes de Laodicée et d’Antioche, dès l’année 1108. Mais Beaudoin II décida la fortune en faveur des Vénitiens ; il leur accorda le tiers des villes de Tyr et d'Ascalon et dans chacune des autres villes du royaume de Jérusalem un quartier, une église, une place, un bain, un four et un moulin, avec une complète indépendance. Les Vénitiens devinrent si puissants dans ces mers , que non-seulement ils en exclurent leurs rivaux, mais intervinrent bientôt entre les empereurs grecs et les princes normands Robert Guiscard, Bohémond et Roger ; quelquefois même ils leur dictèrent des lois.

Les Pisans et les Génois cherchèrent de& dédommagements dans la Méditerranée occidentale où les Sarrasins leur offraient encore une proie, mais la rivalité les arma bientôt les uns contre les autres. Pise, déjà maîtresse de la Sardaigne, divisée en quatre judicatures (Arborée, Caloris, Turrès, Galura) et des îles Majorque et Minorque, prises sur les Sarrasins en 1115, convoitait aussi la possession de la Corse que Grégoire Vil avait revendiquée pour le saint-siège; Urbain II la lui avait déjà donnée en fief, et Gélase II, Pisan d’origine, avait confirmé l’investiture en déclarant les évêques de Corse suffragants de l’église métropolitaine de Pise. Gênes, voulant avoir aussi une île de relâche dans la Méditerranée , la disputa à sa rivale en 1119. Le pape Callixte II au concile de Home, 1123, essaya en vain de mettre d’accord les deux républiques et leurs deux évêques qui partageaient leurs passions et leurs intérêts. L’archevêque de Pise , défendant opiniâtrement les droits de sa patrie et les siens, alla jusqu’à menacer le pape du refus d’obédience. Le pape Innocent II, en 1133, parvint cependant à les réconcilier; il érigea 1 église de Gènes en archevêché pour qu’elle fût l’égale de

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