‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 81 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

celle de Pise, et lui subordonna les deux évêchés des deux rivières et la moitié de ceux de la Corse, tandis que ceux de la Sardaigne restèrent entièrement soumis à l’église de Pise.

Les rivalités des villes situées au milieu des terres n’étaient pas moins ardentes ; Milan n’avait cessé de poursuivre Lodi qu'après en avoir dispersé les habitants dans quatre bourgs, Côme, qu’après avoir détruit ses forts et assujetti sa municipalité. Une fois seulement, en 1117, les villes lombardes avaient paru comprendre l’horreur et le danger de ces guerres fratricides, sous l’impression de quelques phénomènes, de tremblements de terre, de pluies de sang, de tonnerres souterrains : les députés des principales villes de Lombardie se rassemblèrent dans une plaine voisine de Milan, sous la présidence de leurs prélats et de leurs consuls, en présence d’un peuple immense , pour aviser aux moyens de faire cesser toutes ces querelles. Mais cette unique réunion ne paraît pas avoir eu de grands résultats; la présence de saint Bernard à Milan, en 1135, malgré un succès momentané, n’eut pas un effet plus durable ; celui qui terminait les schismes dans la chrétienté fut impuissant à éteindre les haines de deux villes.

Pendant l’absence de l’empereur Conrad 111, la discorde arriva à son comble. Au nord, Milan, Plaisance, Côme, furent presque continuellement en guerre avec Pavie, Parme et Crémone; de l’autre côté de l’Adige, Vérone et Yicence tentèrent de soumettre Padoue. Au centre, Ravenne, Rimini, Ancône, Sinigaglia, se conjurèrent contre Fano qui trouva une puissante alliée dans Venise; en Toscane, Lucques essaya de restreindre Pise sur la terre ferme; Florence ravagea le territoire de Sienne. Enfin, dans la campagne romaine, Rome, l’antique maîtresse du monde, devint comme aux premiers jours de sa fondation, rivale d’un petit village voisin, Tivoli, l’ancienne Tibur.

Int* révolution à nome; le diaelplc de saint Bernard et le disciple d'Aliailurd (1139-1159).

Mais ici cette petite querelle fut l’occasion d’un des plus

curieux événements de la révolution communale de l’Italie. Un moine italien, Arnaud de Brescia, disciple du Breton Abailard, avait tiré les conséquences pratiques des doctrines théologiques du célèbre dialecticien de Sainte-Geneviève. De retour en Italie, il avait commencé d’abord à Brescia, sa patrie, puis dans les villes lombardes, à prêcher contre la puissance politique et territoriale de l’Église ; il contestait aux clercs le pouvoir de posséder des fiefs, aux évêques les droits régaliens, aux moines la propriété ; l’autorité sur les âmes et la dîme des fruits de la terre devaient être leur seule part. 11 distinguait le temporel du spirituel, comme son maître avaitessayé, sous les formes de l’école, de distinguer la raison de la foi ; il séparait le gouvernement laïque des intérêts du gouvernement ecclésiastique des consciences, et voulait affranchir le premier du joug du second, comme son maître Abailard avait cherché à affranchir la logique de la théologie. Sa parole ardente apportait un secours et une sanction à l’affranchissement des vassaux et des villes du pouvoir des évêques; elle flattait leur avidité en leur montrant une proie dans le reste des possessions cléricales ; à Rome, où Arnaud alla prêcher, en 1 138, elle fit une révolution.

La commune de Rome n'avait encore pu suivre, malgré ses éternelles agitations, l’élan des autres cités italiennes, à cause de sa dépendance toute spéciale de l’empereur et du saint-siège. Aucune institution régulière, malgré quelques essais, n’avait pris naissance sur les ruines de ses anciennes institutions. Le gouvernement de la cité était toujours livré aux factions de la noblesse qui y régnaient arbitrairement, tantôt au nom de l’empereur, tantôt au nom du pape. Impériales ou papistes, ces factions ne visaient qu’à faire un pape ou un préfet à leur dévotion, pour mettre ensuite au pillage les fiefs, les dignités et les bénéfices de Rome et des environs.

Arnaud de Brescia apporta quelque chose de nouveau : il tonna contre le gouvernement des prêtres, contre leurs richesses, et proposa de rendre à Rome sa liberté et sa grandeur en y rétablissant la république. Cela convenait à toutes les factions qui pouvaient se partager les biens du saint-

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