‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 82 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

siège; il ne fut bientôt plus question que de rétablir l’ancienne constitution. Le pape Innocent II, menacé dans son pouvoir, rassembla un concile à Latran (1139), fulmina contre cette hérésie politique et condamna son auteur à sortir d’Italie. L’exil d’Arnaud, qui se cacha pendant quelque temps en France et en Suisse, poursuivi pàr les anathèmes de saint Bernard, ne fit que retarder l’explosion. Elle eut lieu à la première occasion. L’an 1141, le pape Innocent ayant reçu le serment de fidélité des Tiburtins au lieu de les chasser de leur ville, nobles et peuple se tournèrent contre lui. Dans un même élan, ils coururent au Capitole et y installèrent une commission de gouvernement sous le nom glorieux de sénat. La vieille formule, les quatre lettres sacramentelles S. P. Q. R. reparurent dans les actes. Le pouvoir politique du pape fut complètement anéanti; on crut à une ère nouvelle, et on data de l’an de la rénovation du sacré sénat ( Henovationis vero sacri senatus anno) .

Innocent II mourut de douleur (1143). Sous son successeur Lucius II, les Romains firent un pas de plus; ils remplacèrent le préfet par un patrice à la nomination des citoyens, fixèrent le nombre des sénateurs à cinquante-six et divisèrent Rome en seize quartiers ou rioni militairement organisés. La nomination de Jordano , père du défunt antipape Ànaclet, comme patrice, apprit au pape ce qu’il devait attendre de la révolution. Lucius II, à la tête des Frangipani, de ses partisans et de ses prêtres, voulut chasser le sénat du Capitole ; il en fut précipité à coups de pierres et resta sur la place. Les cardinaux répondirent à ce meurtre % en élevant au saint-siège Eugène III , disciple de saint Bernard (1145). Mais les nobles et le peuple rappelèrent Arnaud de Brescia qui , selon Muller, rentra dans Rome à la tête de deux mille Suisses des montagnes, et l’élève de saint Bernard fut obligé de fuir en France devant l’élève victorieux d’Abailard.

La révolution parut achevée par la présence du tribun ; on assiégea, on démolit les tours des nobles, partisans du pape; les barons, ses ennemis, devinrent les défenseurs de la république entièrement restaurée avec son sénat, son

ordre équestre et ses plébéiens. La voix d’Arnaud parut avoir ressuscité tout d’une pièce la vieille constitution ensevelie sous la poussière des siècles; peu s’en fallut qu’on ne crût voir se relever aussi la puissance de Rome enterrée sous les pas des barbares. Eugène 111 , pour rentrer dans la ville , demanda lui-même à prêter serment de fidélité h la constitution républicaine.

Ainsi la révolution municipale de Rome complétait, confirmait la révolution italienne. Dans toute la péninsule, moins le royaume de Naples , depuis Rome jusqu’à la dernière petite cité , le gouvernement républicain prévalait. La noblesse se trouvait heureuse d’être comprise dans cette organisation. Tout avait concouru à ce résultat, la force des armes, la prospérité née du commerce, le prestige des souvenirs et la puissance des idées. Saint Bernard se résignait lui-même à la position faite au pape et écrivait à son disciple Eugène de laisser là les Romains, ce peuple récalcitrant f dura cervicis) , et d’échanger Rome contre le monde (urbem pro orbe mutatam). Restait l’empereur.

l-'rcdérlc I" narhcrousMc et Adrien IV (1 152-1 ISS).

C’était alors Frédéric I" Barberousse, récemment élu par la diète des grands vassaux et prélats allemands, en 1152. Tout invitait le nouveau César à faire acte d’autorité en Italie. Le pape, les prélats, quelques seigneurs, mécontents de la tournure que prenaient les choses dans la péninsule, quelques villes même opprimées par leurs voisines le suppliaient de passer les Alpes. La plupart des Italiens mêmes étaient disposés à bien accueillir, sinon à désirer sa présence. Encore tout pleins, malgré leurs pensées d’affranchissement, d’un respect superstitieux pour le nom magique d’empereur, presque aussi respectable pour eux que celui de république, ils prétendaient allier les droits de leur liberté avec leurs devoirs d’obéissance et d’hommage envers leur souverain ultramontain. Milan, la plus indépendante des villes lombardes, ne contestait point les droits suzerains du César féodal sur l’Italie ; les Romains au milieu du délire d’imagination qui présidait à la rénovation de l’ancienne

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