‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 83 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

république, agissaient pour la plus grande gloire de l’empereur qui allait emprunter du rétablissement d’un sénat libre et indépendant , un éclat tout nouveau. Arnaud de Brescia lui-même trouvait moyen d’accorder dans ses projets comme dans ses souvenirs l’indépendance de la république, avec l’autorité d’un empereur, investi non plus par le saint-siège, mais par Rome elle-même.

Quand le jeune empereur apparut à la descente des Alpes dans les plaines de Roncaglia en 1154, l’Italie fut à ses pieds et le reconnut comme souverain et comme juge. Chacun vint prêter les serments et offrir les présents d’usage; devant lui furent portées les querelles des villes entre elles, des prélats contre les villes, du nouveau pape Adrien IY contre Arnaud de Brescia, même de quelques nobles napolitains, entre autres de l’ancien duc de Capoue, Robert, contre Guillaume I*r, successeur de Roger II.

Frédéric I" était, pour le malheur de l’Italie, le César le plus infatué de ses prérogatives et le plus énergique qui eût encore passé les Alpes ; droits régaliens sur toutes les villes, droits impériaux à Rome, héritage de la comtesse Mathilde, Naples, la Sicile, la Corse et la Sardaigne, il n’abandonnait en Italie aucune de ses prétentions. Sa conduite ne tarda pas à montrer comment il entendait les revendiquer.

Sur le territoire de Milan, Frédéric pilla et détruisit les châteaux de Bisate, de Trécale, et les ponts du Tessin, sous prétexte que les approvisionnements pour l’armée n’étaient point suffisants. Plus loin, il brûla les villes de Chiéri et d’Asti, qui repoussaient le joug du comte de Montferrat. Enfin il assiégea Tortone , qui ne voulait point renoncer à l’alliance de Milan. La ville résista pendant deux mois à l’armée de l’empereur et aux milices des villes de la faction impériale, qui se distinguèrent par leur animosité. Forcés enfin de se rendre, les habitants abandonnèrent leur ville qui fut rasée et se retirèrent à Milan.

Au centre de l’Italie, Frédéric reçut les envoyés de la république romaine et ceux du pape Adrien IV, resserré dans la cité Léonine. Ceux d’Adrien offrirent à l’empereur la couronne impériale dans la basilique de Saint-Pierre, pour

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prix de la soumission de Rome , de l’abolition de la république et de la punition d’Arnaud de Brescia. Les députés des Romains, que les terribles exécutions de Frédéric II n’avaient pas encore pu tirer de leur rêve , offrirent aussi de couronner l’empereur au Capitole, au nom de l’ancienne république, maîtresse de l’univers; mais ils exigèrent la reconnaissance de leur constitution et un présent de cinq mille marcs. Quand Frédéric ne se fût pas défié par instinct de despote , de la liberté italienne , il ne pouvait consentir à soustraire sa couronne à la sanction sacerdotale pour la tenir en fief du consentement populaire ; c’était affranchir, il est vrai , l’empire du sacerdoce ; mais, du même coup, la liberté de l’Italie était confirmée et le saint-empire romain détruit. Frédéric était trop de son temps pour consentir à une semblable révolution. Il reçut gracieusement les propositions d’Adrien IV, et ramena durement les députés de la république à la réalité ; il leur rappela la décadence, la chute de Rome, leur montra l’empire, le sénat, les légions, la force et la grandeur passés entre ses mains, entre celles des Allemands; et s’ils en doutaient encore, il le leur fit bientôt sentir de tout le poids de son épée.

Quatre mille Allemands surprirent la cité Léonine. Ar- ’naud de Brescia, qui s’était réfugié dans un château voisin, fut atteint, livré au pape, brûlé en face du Corso, de bon matin, et ses cendres jetées dans le Tibre, « de crainte, » dit l’Allemand Othon de Freisingen « quelles ne fussent recueillies comme des reliques par l’imbécile religion de la populace. » Les Romains, frémissants de colère, attaquèrent le pont du château Saint-Ange, pendant que Frédéric recevait la couronne des mains d’Adrien IV , dans la basilique de Saint-Pierre. La réconciliation du saint-siège et de l'empire fut scellée du sang de mille Romains tués dans le combat, sur le pont et dans Transtevère. Enfin, la ruine de Spolète , l’alliance faite par Frédéric avec Emmanuel Comnène contre Guillaume Ier, roi de Naples , apprirent à toute l’Italie ce qu’elle avait à attendre du jeune empereur.

Quand Frédéric repartit pour l’Allemagne, Vérone la pre-

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