‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 84 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mière lui témoigna son mauvais vouloir , en cherchant à lui couper la retraite par la rupture du pont de l’Adige. A peine eut-il disparu derrière les monts, qu’il y eut partout comme une explosion du sentiment national. Les Milanais rebâtirent, à leurs frais et de leurs mains, la ville de Tortone, leurs châteaux incendiés et les ponts du Tessin ; aidés des villes de Plaisance , Brescia , Crème , Vérone , ils châtièrent Lodi et Como, soumirent le territoire de Novare et attaquèrent Pavie et Crémone. Au midi, le roi Guillaume chassa les Grecs, qui s’étaient déjà emparés de Bari, battit et mutila Robert de Capoue, et reprit tout son royaume. A Rome, où depuis la mort d’Arnaud , le sénat était moins hostile au saint-siège, Adrien se rapprocha des habitants par quelques concessions, et renoua l’alliance pontificale avec le roi- de Sicile, comme s’il craignait déjà de faire tous les frais de la réconciliation du sacerdoce et de l’empire.

La diète de Roncugliu; les prélats et les jurisconsultes italiens t chute de TOilan (ll$a-lietj.

Frédéric Barberousse revint avec une armée plus nombreuse que la première fois, en 1158; il n’avait encore restauré que l’empire, il voulait maintenant rétablir le royaume d’Italie. A la tête d’un grand nombre de princes et de che-' valiers allemands , de toutes les milices des villes ennemies de Milan et du petit nombre de seigneurs lombards restés indépendants, il se dirigea droit sur la capitale de la Lombardie. Brescia, effrayée, paya rançon. L’Adda, dont les Milanais avaient brûlé les ponts , fut franchi à la nage ; Lodi se releva par l’ordre de l’empereur, à quatre milles de son ancien emplacement , et Milan bientôt cernée capitula ; elle consentit à payer neuf mille marcs d’argent, reconnut l’indépendance de Lodi et de Como , et restitua à l’empereur tous les droits régaliens , à la condition de conserver ses consuls astreints seulement à l’hommage.

Le droit acheva ce qu’avait commencé le fer. Solennellement couronné roi des Lombards à Monza , l’empereur Frédéric assembla à Roncaglia une grande diète de prélats, seigneurs et consuls des villes , pour y déterminer les droits

et les devoirs réciproques du roi d’Italie et des cités lombardes. Les plus célèbres jurisconsultes du temps, Bulgare surnommé Bouche d’or, Martin copia legum, Jacob et Hugo, tous quatre professeurs à Bologne , furent les lumières de l’assemblée ; le droit romain , enseigné alors avec une ardeur toute nouvelle, était l’autorité à laquelle tous recouraient d’autant plus volontiers que chacun y rencontrait ce qu’il y voulait trouver.

L’archevêque de Milan le premier, en ouvrant la diète, livra au nom du clergé les libertés italiennes ; il déclara selon le droit impérial que la volonté de l’empereur était la loi du peuple. Après lui, les juristes et les consuls, délibérant en présence de la majesté impériale et sous la pression de la victoire, ne firent que développer juridiquement cette loi ; ils adjugèrent à l’empereur tous les droits régaliens sur les marquisats, comtés et villes ; ils proscrivirent toute guerre privée, établirent en faveur de Frédéric un impôt de capitation, et lui reconnurent le droit d’élire les consuls des cités avec l'assentiment du peuple , à cette seule réserve près que celles-là pourraient continuer à jouir dé leurs privilèges, qui exhiberaient leurs titres.

L’application de cette théorie nouvelle du pouvoir impérial fut encore plus violente que sa déclaration même. Frédéric reprit sur la ville de Milan les territoires de Monza, des comtes de Martesana et de Seprio. Il fit détruire les fortifications de Plaisance et de Crème , qui avaient été ses ennemies; il réclama la suzeraineté de la Sardaigne et de la Corse sur les Pisans et les Génois , les droits et domaines de l’héritage de Mathilde en toute propriété dans la Toscane , [et 1 exercice de tous les droits régaliens danslesÉtats de l’Église. Enfin, pour représenter sa personne et faire valoir ses droits, il institua dans les villes , sous le nom de podestats , des officiers impériaux investis de pleins pouvoirs.

Cette dernière mesure, qui rendait le despotisme impérial toujours présent en Italie, souleva les résistances; les villes trouvaient la liberté dans le droit romain comme l’empereur y trouvait le despotisme. Les Milanais, en vertu de leur précédente capitulation, refusèrent au podestat le droit de

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