‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 85 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nommer les consuls, et le chassèrent. Les Génois ne voulurent pas même recevoir les magistrats impériaux , et se mirent en état de défense. Adrien, loin de reconnaître à l’empereur les droits régaliens dans le domaine de Saint-Pierre, resserra son alliance avec le roi de Sicile, Guillaume Ier, revendiqua de son côté la Corse et la Sardaigne, et parut prendre la tête de la résistance nationale après avoir autrefois fait cause commune avec l’empereur.

Frédéric divisa ceux qu’il traitait de rebelles pour en avoir plus facilement raison. 11 traita avec les Génois, qu’il voulait d’ailleurs ménager pour ses projets ultérieurs contre la Sicile , et se contenta d’exiger d’eux un faible tribut. Mais il mit au ban de l’empire (1159) la ville de Milan, tête de l’hydre, et celles de Brescia, Plaisance et Crème. Crème, la première assiégée, résista pendant six mois, bien que l’empereur fît mettre au-devant de ses machines les otages vivants de la malheureuse ville.

La mort d’Adrien envenima encore la guerre. Les cardinaux impérialistes élurent Victor 111. Les amis de l’indépendance choisirent Alexandre III. Le premier fut reconnu par Frédéric, dans un concile tenu à Pavie; le second adopté par Rome et les villes indépendantes. La querelle politique se compliqua d’un schisme. Frédéric voulut frapper tous ses adversaires dans Milan; cette ville, assiégée en 1160, déploya un héroïsme antique. Elle résista avec avantage à toutes les milices italiennes de Pavie , Crémone et Novare, plus fidèles à leur haine particulière qu’à la cause générale de l’Italie. Elle brava même deux ans encore l’armée féodale allemande descendue des Alpes au secours de son empereur. Mais en 1162 les Milanais cédèrent à la faim, qui seule put dompter leur courage. Contraints de se rendre à discrétion, ces héros, divisés en cent détachements, la corde au cou, la croix aux mains , déposèrent leurs drapeaux aux pieds de l’empereur, brisèrent leur carroccio, symbole de la liberté, et n’obtinrent que la vie. Ils durent, sous huit jours, quitter leur belle ville , qui fut livrée à la vengeance intéressée de Lodi, de Crémone, de Pavie, de Novare, et des comtes de Seprio et de Martesana. Ils subirent le sort qu’ils

avaient imposé à Lodi, et furent dispersés dans quatre bourgades ouvertes à tout venant.

Cette exécution imposa partout la sentence des docteurs de Bologne. Bergame, Plaisance, Imola , Faenza et Bologne, firent leur soumission. Les nouveaux officiers impériaux ou podestats, presque tous de rudes seigneurs allemands, furent institués dans la plupart des villes. L’empereur installa son pape dans Rome, ordonna à Gènes et à Pise de cesser leurs longues guerres, fit roi de Sardaigne, en dépit de leurs prétentions, un certain Boriso, juge d’Arborée, et donna pour vicaire impérial à la Lombardie l’archevêque même de Cologne. L’Italie put mesurer à quel degré de servitude ses divisions intestines l’avaient fait tomber. Les villes mêmes qui avaient soutenu l’empereur, sauf Pavie et Crémone , ne furent point soustraites à l’autorité des podestats, qui devinrent, véritablement, partout de petits tyrans. Ilien ne fut respecté, ni les chartes, ni les privilèges. Les exactions, les taxes allèrent s’augmentant tous les jours, et l’oppression s’étendit dans la même mesure.

Alexandre III et la lignje lombarde; bataille de Legnano - (iidMinj.

Perdue par la discorde, l’Italie se releva par l’union. Les Milanais, dispersés dans toutes les villes, avaient excité partout la pitié et le ressentiment contre leur vainqueur. Menacées un jour ou l’autre d’un sort semblable, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, préférant, selon l’expression du chroniqueur, la mort à la servitude, ouvrirent aux républiques italiennes la voie qui devait les sauver. Leurs consuls formèrent une ligue défensive contre le despotisme impérial. Frédéric convoqua les milices de Pavie, Crémone, Novare , Lodi et Como pour arrêter la contagion de l’exemple. Mais il s’aperçut aisément à leurs molles dispositions, qu’il ne pouvait plus battre l’Italie avec les Italiens, et il repassa les monts (1164) pour aller chercher les Allemands.

Son absence fut mise à profit. Le pape Alexandre III, qui s’était enfui d’Italie devant Frédéric, revint de Montpellier à

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