‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 86 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Messine auprès du roi Guillaume le Mauvais, toujours puissant malgré ses désordres privés et quelques révoltes de barons. À la tète d’une petite armée fournie par celui-ci, il rentra à Rome en 1165 et fut bien reçu par le sénat, qui voyait maintenant en lui le défenseur de ses privilèges contre l’antipape de Frédéric. Venise était restée jusqu’alors indifférente aux affaires de l’Italie qui n’affectaient point son commerce avec l’Orient ; menacée maintenant par l’accroissement prodigieux de la puissance impériale, elle reconnut Alexandre III et accorda ses secours aux quatre villes de la marche Véronaise , qui chassèrent leurs podestats. Toute l’Italie , ayant à sa tête le pape , parut levée contre l’empereur.

De retour seulement en 1166 à la tête d’une armée, Frédéric Ier se tint en garde même contre les villes qui avaient toujours suivi son parti ; il appela à lui le marquis de Montferrat, dont il augmenta le pouvoir et les comtes et les capitaines, qu’il s’efforça de détacher des républiques; Une logea plus désormais que dans les châteaux forts. Pour dominer la péninsule, les empereurs saxons avaient favorisé les villes contre la féodalité. Maintenant les Souabes favorisaient la féodalité contre les villes. L’œuvre de la domination del’Ualie était pour les empereurs la toile de Pénélope. Frédéric marcha d’abord contre Rome, afin d’y terminer le schisme qui était le nœud de la question ; le moment était favorable. Le roi de Sicile Guillaume venait de mourir; son fils Guillaume II , surnommé plus tard le Ron, était alors sous la tutelle de sa mère et ne pouvait rien. A force de ménager les seigneurs de laltomagne et de la Toscane, Frédéric parvint sans obstacle sous Tes murs de Rome; il jeta aisément sur elle ses voisins de Rivoli, d’Alba, de Tusculum, s’empara de la cité Léonine, et installa son pape au Vatican, tandis qu’Alexandre III s’enfuyait de ville en ville.

Mais la révolte éclata tout à coup derrière lui ; il avait îi peine pénétré dans la Romagne que les députés de Bergame. Brescia, Mantoue, Ferrare, Crémone se réunirent au monastère de Puntido et s’v conjurèrent. Au moment

même où il prenait Rome, les murailles de Milan étaient relevées et les exilés rappelés. Le climat vint à point prêter main-forte aux confédérés. La fièvre maremmane du mois d’août s’abattit sur l’armée de Frédéric et enleva les hommes par milliers , sans respect même pour les nobles têtes. Arrivé au milieu des morts et des mourants, et grâce seulement au secours du comte de Montferrat, dans la ville de Pavie, Frédéric crut imposer aux rebelles en mettant toutes les villes de la Lombardie au ban de l’empire. Cet acte détermina le mouvemenf ; Plaisance , Parme , Modène, Bologne entrèrent dans la confédération , qui prit le nom de ligue lombarde. On renouvela le serment de ne faire ni paix ni trêve avec l’empereur , ni avec sa femme, ni avec son fils , de s’entr’aider et de se défendre mutuellement jusqu’à ce qu’on eût reconquis les bonnes coutumes de Henri V. L’Italie se levait enfin une fois, presque unanime, pour la liberté ! Menacé de toutes parts, l’empereur eut beaucoup de peine à s’échapper à travers les Alpes, gardées par ses ennemis et courut péril de la vie à Suse.

Après le départ de l’empereur, les villes de Novare, Verceil, Como , Asti et Tortone entrèrent dans la ligue. Quelques nobles, le comte de Seprio , le marquis Obizzo Malaspina firent leur paix avec elle. D’autres lui offrirent leurs épées. 11 y avait aussi un beau rôle à jouer pour la noblesse ; elle pouvait se mettre dans cette lutte de l’indépendance, à la tête de la bourgeoisie ; et les classes au lieu de livrer la patrie à l’empire par leurs rivalités, se réconciliaient dans la liberté commune. L’Église semblait donner l’exemple. Le saint-siège après avoir appelé sous Adrien, l’empereur contre les villes, soulevait maintenant les villes contre l’empereur. Alexandre III prêchait dans la Lombardie une vraie croisade de l’indépendance.

Un put croire un instant que la domination allemande allait tomber sous un effort commun. Au confluent du Tanaroet de la Bormida une nouvelle ville, bâtie en commun pour tenir en respect l’impériale Pavie et le marquis de Montferrat, fut mise sous l’invocation du pape avec le nom d’Alexandrie. Un collège de recteurs, placés à la tête de la

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