CHAPITRE X
quelle sa femme Constance ne fut peut-être pas étrangère (1197), et surtout par l’exaltation d’un pape énergique, hardi, décidé à tout tenter pour arracher la papauté et l’Italie au péril qui les menaçait, Innocent III (1196) de la noble famille romaine des Signia.
Innocent III; état de l'Italie à hou avènement (1 1AO-1 900;.
C’était le temps où un certain Gérohus entrevoyait le règne de la paix universelle dans l’établissement de la théocratie romaine. Les avantages que Dante vantait plus tard dans la monarchie temporelle des empereurs, il les trouvait, lui , dans la monarchie spirituelle des papes. Innocent III était l’homme qu’il fallait pour tenter de réaliser cette utopie sacerdotale.
Dès les premiers jours de son règne, il agit comme un nouveau Grégoire VII. Il prêcha une croisade pour rendre au saint-siège le prestige des temps d’Urbain II ; par ses anathèmes , il força le roi de France à reprendre sa femme Ingeburge et les rois de Castille et de Portugal à faire la paix en face des Maures ; il excommunia en Norvège un roi usurpateur , en Aragon un roi faux monnayeur. En Allemagne , deux princes puissants se disputaient l’empire , Philippe de Souabe, frère de Henri VI, duc de Toscane et Othon de Brunswick, duc de Saxe, do la famille guelfe; il revendiqua le jugement de cette question. Dans l’Italie où il voulait régner, la reine Constance , morte peu de temps après son mari , lui avait laissé la tutelle de son fils Frédéric, âgé de deux ans. C’était là un grand avantage, mais, avant tout, il fallait être maître dans Borne.
Cette ville, affranchie de l’autorité du saint-siège, était redevenue la proie des factions, bien qu’elle eût récemment resserré le pouvoir exécutif entre les mains d’un magistrat unique, désormais désigné seul sous le nom de sénateur. D’abord le pontife profita de la haine de la commune contre l’empire pour se faire prêter serment par le préfet impérial; ensuite il parvint à force d’argent à renverser le premier sénateur, Carus-Homo, et à obtenir de son successeur un serment, sinon de vassalité, au moins de respect et de
HENRI Vf, FRÉDÉRIC II, INNOCENT III ET INNOCENT IV. 179
fidélité. Raffermi, quoique pas encore maître à Rome, il souleva au nom de la liberté contre les ducs de Romagne et de Spolète, les villes d’Ancône, de Fermo, de Camérino,de Spolète, de Pérouse, et vingt autres, tournant contre l’empire l’arme qui avait ébranlé le sacerdoce. En Sicilc au nom de son pupille, Frédéric, il frappa le parti allemand dans la personne de Markwald d’Anweiler qui fut exilé en 1200, et appuya l’autorité du jeune roi sur le parti national, tout en faisant épouser à un brave chevalier, Gaulthier de Brienne , une fille du comte de Lecce , pour se prémunir contre l’avenir, et créer d’avance un rival à son pupille , s’il cédait à la tentation de l’ingratitude.
Enfin, pour mieux garantir l’indépendance du saint-siège et de l’Italie, Innocent 111 attaqua les Hohenstauffen en Allemagne; il se déclara en faveur du guelfe Othon de Brunswick, contre Philippe de Souabe, et obtint d’Othon , en retour, la possession du duché de Rome, les marches d’Ancône, de Spolète et la partie méridionale de la Toscane, d’Aquapendente à Montéfiascone. Philippe de Souabe était encore maître de tout l’héritage de la comtesse Mathilde ; il employa contre lui la tactique qui lui avait déjà réussi contre ses partisans. A son instigation toutes les villes de Toscane réunies par députés, sauf celle de Pise, à San- Miniato , sous la présidence de deux cardinaux , formèrent une ligue particulière et jurèrent de ne reconnaître aucun empereur sans le consentement de la cour de Rome.
Ainsi recommença la vieille lutte du sacerdoce et de l’empire, de l’indépendance italienne et de la domination allemande, qui prit cette fois, des deux maisons rivales d’Allemagne, au nom desquelles elle éclata , le nom de guerre des Guelfes et des Gibelins1.
L’Italie se trouva malheureusement encore moins unie que la première fois dans cette lutte qui devait être déei-
I. Conrad de HohenstaulTen , seigneur de Weiblingen , ayant élé élu empereur, Welf, duc de Bavière, lui contesta ce titre. Dans la bataille nue les deux rivaux se livrèrent, le cri de guerre des Impériaux fut Weiblingen, celui des Bavarois Welf. Ces deux factions, qui se partagèrent l’Allemagne, passèrent en Italie, oit les Wet- Mingen, partisans de l’autorité impériale, devinrent les Gibelins, tandis que les Wells partisane du pape, devenaient les Guelfes.