‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 95 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

leur), frères des Albigeois, et contre lesquels Innocent III déchaîna ses milices nouvelles de saint François d’ Assise et de saint Dominique. L’excommunication alla frapper dans tous les rangs, mais principalement, au milieu des familles nobles ou des cités , ceux que leur opposition à la politique du saint-siège faisait accuser plutôt que les autres de tolérance ou même d’affection pour les hérétiques.

Au milieu de cette inextricable mêlée, tous s’agitèrent en sens différent, inquiets, incertains de savoir s’ils défendaient la bonne cause, mais ne luttant qu’avec plus de furie, au risque de se retourner le lendemain contre les amis de la veille , pour trouver le vrai parti national et la foi ; tous trop aveugles pour voir que la foi s’échappait de leur cœur, et que la patrie se dérobait sous leurs pieds. Pendant plusieurs années , il n’y eut pas un mois qui ne fût signalé par une bataille, ici entre Pavie et Milan , Crémone et Plaisance , Modène et Bologne ; là entre les Romano et les Este, entre la ville de Florence et les gentilshommes des Apennins. Les nobles, plusieurs fois chassés de Brescia et de Bergame, par le peuple qui tenta de faire passer la ville des gibelins aux guelfes , y rentrèrent avec l’appui des gros bourgeois ou du petit peuple. Les traités de paix entre les villes et entre les classes se succédaient, presque aussitôt violés que signés.

Au milieu de cette guerre de tous les instants et sur tous les points à la fois , le parti pontifical l’emporta en Italie, comme Frédéric l’emporta en Allemagne sur OthonIV.Eccelino le Moine, il est vrai, parvint à dominer avec sa faction dans la plupart des villes de la marche de Vérone, à Padoue, à Vicence, àTrévise, par la mort d’Azzo d’Este, qui ne laissa qu’un enfant en bas âge, Aklobrandino , et après la mort de celui-ci un frère plus jeune encore , Azzo VII , tous deux incapables de soutenir leur parti. Mais la ville de Milan essuya défaites sur défaites ; dans la Romagne les villes chassèrent le duc allemand Léopold ; dans la Toscane, Florence, à la tête des autres villes guelfes, attaqua les châteaux et les places fortes des gentilshommes, étendit sa banlieue à leurs dépens , et les força à prendre le droit de bourgeoisie dans

ses murs. Ce fut le commencement de la puissance de cette ville, forte encore par sa simplicité et ses mœurs, sobriae pudica , dit Dante ; heureuse si la première querelle qui éclata bientôt parmi les nobles, nouveaux venus, entre les Buondelmonti et les Amidei, ne lui avait annoncé, au commencement même de sa grandeur, la cause de ses malheurs futurs , si bien comprise plus tard par le poète :

« Semprc la confusion dcllepersone

Principio fu del mal délia cittade. »

*• La confusion des classes fut toujours le principe du mal dans la cité. »

Le concile de Latran, rassemblé par le pape en 1215, pour les intérêts de la foi en Orient et en Occident, et pour la réconciliation de l’empire et de l’Italie, ne tint point ce qu’on en attendait, dans la péninsule surtout. On y prêcha vainement une croisade en faveur de Jérusalem. La guerre des Albigeois y fut dénoncée comme l’œuvre de l’ambition et de l’avidité et non celle de la foi. Le traître Jean sans Terre y fut maladroitement protégé. Innocent III y fit reconnaître, il est vrai, Frédéric II comme roi légitime d’Italie et excommunia les Milanais , à cause de leur attachement à Othon IV et aux catharins ; mais son refus de donner la couronne impériale au jeune vainqueur tant que vécut Othon, laissa un prétexte à la lutte , qui fut encore très-vive. Innocent III mourut un an après (17 juillet 1216), témoin d’une guerre universelle des chrétiens au lieu de la paix universelle qu’il avait rêvée. 11 avait rendu son chef au parti gibelin en Allemagne et en Italie , c’est-à-dire ranimé la lutte dans les deux pays. Le fils de Philippe Auguste guerroyait, , en Angleterre, le vassal du saint-siège. Les Albigeois, favorisés par l’opinion publique , relevaient la tête. Personne ne songeait à Jérusalem, et l’empire latin chancelait déjà. Le pape voulait se mettre à la tête des chrétiens , lorsqu’il expira sans les grandeurs de l’exil, mais peut-être avec l’amer désespoir de Grégoire Vil.

L’avénement d’Honorius III apaisa pendant quelque temps les passions. Ce pieux vieillard ne cherchait qu’à mettre' Frédéric à la tête d’une expédition chrétienne contre l’Orient.

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