‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 96 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Frédéric 11 , de son côté , promettant de satisfaire aux vœux du pontife, ne demandait que les délais nécessaires pour mettre ordre aux affaires d’Allemagne et d’Italie, et faire ensuite une croisade digne de lui. En 1220 , le couronnement pacifique de Frédéric II à Rome et de sa femme Constance , par Honorius III dans l’église de Saint-Pierre, parut promettre la paix à l’Italie.

Frédéric 11 et Grégoire IX; hutalllcg de Cortenuova et do Mclorltt (1*20-1 941).

Rien n’était fini cependant: Frédéric II, né en Italie, parlant de préférence la langue italienne, n’était pas homme à renoncer comme il l’avait promis à la domination d’un pays qu’il aimait avec passion. Seulement, élevé à l’école d’innocent, joignant à la violence de l’ambition germanique une prudence toute méridionale, il ne procéda point comme son grand-père Frédéric Rarberousse.

II fit couronner son fils roi des Romains et demeura en Italie; mais il protesta qu’il ne voulait que l’usufruit de la Sicile, et que les deux couronnes resteraient toujours séparées; il offrit au pape la marche de Spolète et les biens de la comtesse Mathilde, et ne parut d’abord occupé que du soin de gouverner son royaume. Il y acheva, en effet, ce qu’avait commencé Roger et ce que les successeurs de celui-ci avaient laissé dépérir. Après avoir soumis dans la Fouille et la Calabre, les comtés d’Aquila, deCelano, deMolise, l’abbé de San Germano, et dans la Sicile un chef de Sarrasins révolté, Mourad-bey, il rassembla un parlement à Capoue, révisa tous les privilèges, réforma tous les abus du système féodal, et transporta de Sicile dans la Capitanate, à Lucera, une colonie entière de vingt mille Sarrasins pour servir aux desseins qu’il méditait.

Rientôt enfin il renoua les liaisons de l’empire avec le parti gibelin ; il prit occasion de toutes les querelles qui s’élevèrent entre Eccelino III et Azzo VII, Gènes et Pise, Bologne et Imola, pour s’immiscer dans les affaires italiennes et ne cacha point ses préférences pour son véritable parti. Il nomma Thomas de Savoie, son lieutenant en Lombardie; il

créa un comte dans la Romagne, et laissa aller les choses en Toscane, où grâce à l’émancipation des nobles et des villes, pape et empereur ne pouvaient plus rien réclamer. Le saintsiège et les villes commencèrent à s’inquiéter. Frédéric endormit encore Honorius en promettant la croisade, et trouva toujours de nouveaux prétextes à ses délais, sans lasser le pape, qui lui fit même épouser lolande, fille de Jean de Bi’ienne, roi de Jérusalem, afin d’assurer mieux l’expédition. Les villes furent moins confiantes. En 1226, lorsque Frédéric convoqua une grande assemblée des états à Crémone, sous prétexte de terminer toutes les querelles de la péninsule, Milan, Bologne, Plaisance, Vérone, Brescia, Mantoue, Verceil, Turin, Alexandrie, Vieence, Padoue, au lieu de répondre à l’invitation de l’empereur, conclurent entre elles une ligue défensive de vingt-cinq ans , sous le nom de societas Lombarclorum.

L’avénement de Grégoire IX, vieillard nonagénaire, d’un caractère violent et d’une indomptable volonté , ne laissait plus de prise à la ruse. Frédéric, enfin , embarqué à Brindes pour la terre sainte, était revenu tout à coup à Otrante, ramené par la peste et la tempête. Grégoire IX n’admit aucune excuse, et commençant par où il aurait dû finir, lança l’excommunication contre l’empereur et mit le feu à la Lombardie. Frédéric dissimula encore ; il se contenta d’exciter en dessous main les Frangipani contre le pape, et accomplit avec grand fracas son départ pour protester contre la violence du pontife ( 1227 ).

Arrivé en terre sainte, il apprit sans s’effrayer que la Lombardie et le Véronais étaient soulevés , qu’un chapelain du pape marchait avec Jean de Brienne, quelques soldats et des exilés siciliens, contre Gaëte et le mont Cassin, et que Grégoire le frappait de nouveaux anathèmes. 11 prit lui-même la couronne de Godefroi de Bouillon dans l’église de Jérusalem, et par un traité que le pape dénonça comme un exécrable forfait, s’assura la possession de cette ville, que tant de croisés n’avaient pu reprendre par les armes (1229).

De retour en Italie, il n’eut qu’à courir de Blindes à Lucera et à ramasser ses fidèles Sarrasins pour faire fuir son

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