‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 97 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

beau-père, le chapelain et les porte-clefs au delà du Garigliano et détacher, bon gré mal gré, le pape des villes lombardes en lui promettant des secours contre les Romains qu’il avait soulevés.

La politique était l’arme favorite du petit-fils de Barberousse. H convoqua à Ravenne, en 1231, une diète solennelle dans l’espoir d’éteindre sans combat la guerre qu’Eccelino de Romano faisait à Azzo d’Este, et les villes de la faction impériale à celle de la faction guelfe ; Eccelino de Romano et son frère Albéric s’y rendirent et y conclurent avec l’empereur cette alliance qui devait les attacher si étroitement à la fortune de la famille gibeline et de l’empire. Mais Azzo d’Este et les villes lombardes attaquèrent, malgré les exhortations mêmes du pape, le roi des Romains, Henri, et les seigneurs allemands qui s’y rendaient.

La parole d’un des moines répandus alors de tous côtés pour servir les intérêts de la foi et ceux de la politique pontificale, frère Jean de Vicence, parut seule un instant assez puissante pour faire cesser la lutte sur le terrain môme le plus bouleversé, dans la marche de Vérone; il allait prêchant partout sur ce texte : Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Son éloquence toucha les seigneurs de Romano, d’Este, de Saint-Boniface, de Camino, les citoyens des villes de Vicence, Vérone, Mantoue; il réunit, en 1233, à Paquara, une assemblée considérable de prélats, de seigneurs, de bourgeois de la marche, et leur fit jurer une paix générale qui dût être cimentée par le mariage d’une Romano avec un d’Este; mais l’ambition et le fanatisme gâtèrent promptement ce succès ; le moine s’étant laissé faire seigneur et podestat de Vicence et de Vérone, commença par offrir en un jour un holocauste de soixante hérétiques pour célébrer la paix, et prétendit imposer à ces deux villes la discipline d’un couvent ou au moins d’un ordre militaire, le tout au profit du parti guelfe. Les Yéronais appelèrent les Padouans; Jean de Vicence marcha contre eux, fut défait et pris. Mis en liberté seulement sur l’ordre du pape, il finit obscurément ses jours à Bologne.

Toute la politique et tous les sermons du monde ne pou-

vaient conjurer lalutte de Grégoire IX et de Frédéric II. Il y avait dans ces personnages plus que deux intérêts, U y avait deux principes en présence.

Le vieux Grégoire IX ne caressait d’autres pensées que la croisade contre les infidèles , l’extirpation de l'hérésie et la domination de l’Église ; toujours entouré de moines mendiants, franciscains et dominicains, qu’il multipliait chaque . jour, il faisait rassembler et publier un recueil canonique des lois et ordonnances de l’Église pour maintenir son autorité temporelle en même temps qu’il s’efforçait de défendre l’orthodoxie et de réchauffer un enthousiasme qui commençait à s’éteindre. L’empereur Frédéric II, au contraire, dans ses palais de Naples, de Messine et de la Trilingue Païenne, au milieu de poètes , d’artistes, de favorites, d’astrologues, de légistes, de Sarrasins, raillait les vieilles croyances, bravait les mœurs chrétiennes et méditait le renversement de la théocratie romaine.

Les poésies amoureuses ou satiriques de ses favoris, des Ranieri de Palerme, des Tommaso di Sasso de Messine , les siennes même , quoique dans l’idiome italien , la favella volgare, bientôt devenue la lingua cortegiana de Dante, tenaient de leur origine un certain parfum de causticité provençale qui rappelait la terre des Albigeois. Les mesures politiques, les lois rassemblées par son chancelier, le Padouan Pierre des Vignes, juriste distingué de l'école bolonaise, quoiqu’elles ne fussent appliquées qu’à la Sicile, choisie comme champ d’expérimentation , annonçaient un système arrêté de ramener le gouvernement des affaires temporelles à l’unité laïque et impériale.

Le plus dangereux était que cet esprit nouveau se répandait du midi au nord et, sous différentes formes, semblait prendre possession de la péninsule. Lesseigneursgibelins,les Romano, les comtes deMontferrat entretenaient à leur cour des maîtres de la gaie science, Italiens qui chantaient dans la langue et selon l’esprit provençal, et parmi lesquels Sordello de Mantoue est resté célèbre. Les Romano en particulier étaient véhémentement soupçonnés de favoriser les hérétiques catharins et patarins, comme Frédéric favorisait les

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