‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 98 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Sarrasins. Grégoire IX pressa un jour vainement Ecceüno III et Albéric de lui livrer leur père , Eccelino le Moine, retiré cependant dans un couvent, mais fort suspect d’hérésie. Eccelino III partageait, mais avec plus de haine et de férocité, le scepticisme de l’empereur, son grand ami, son modèb en maintes choses. Après tant de luttes l’eligieuses, nulle part les foudres pontificales n’inspiraient moins de crainte, et ne rencontraient plus de railleries qu’en Italie. Les municipalités des villes, et Rome la première, poursuivaient comme Frédéric tous les privilèges du clergé, et entraient en lutte avec lui pour le soumettre aux impôts et à la justice commune des tribunaux laïques. A Parme, dans une guerre à ce sujet entre les bourgeois et l’évêque , une loi condamna à être enterré dans le fumier, quiconque se repentirait au lit de mort d’avoir fait opposition à l’Église.

La lutte entre le sacerdoce et l’empire, l’Italie et l’Allemagne, éclata enfin dans toute sa fureur, quand par un retour à la vieille politique italienne, Henri, roi des Romains, fut poussé à la révolte contre son père. Reconnaissant à ce coup la main du saint-siège, Frédéric avant d’aller châtier son fils, en 1234, lança d’abord Eccelino de Romano et les Sarrasins sur les villes de la Lombardie , de la marche de Vérone et de la Romagne qui avaient reconnu Henri.

Celui-ci en versant des flots de sang prit Vérone, Trévise, Padoue, la plus puissante des cités guelfes de la province, et de là soutint Ravenne contre Bologne, Parme contre Plaisance, et tint en échec la ligue de Milan. Vainqueur de son fils, Frédéric revint lui-même en 1237, décidé à en finir avec toutes les résistances en Italie.

En vain un envoyé du pape vint à son camp le sommer de cesser la guerre contre les Lombards. Pour toute réponse , Frédéric fit venir dix mille autres Sarrasins campés à Lucera, à travers l'Italie, s’empara avec eux de Mantoue, et faisant mine d’attaquer Brescia, attira hors de son camp fortifié sur l’Oglio, l’armée de la ligue milanaise près de Cortenuova. Ce devait être une bataille décisive comme celle de Legnano. Malgré le dévouement de la compagnie des forts ( società de' for ti), le carroecio milanais fut pris sur un

HENRI VI, rRÊDÉRIC II, INNOÇENT III ET INNOCENT IV. 193

monceau de cadavres ; dix mille Lombards portés à terre ou faits prisonniers, et parmi eux le podestat lui-même, Pierre Tiepolo , fds du doge de Venise. Le vainqueur, comme pour insulter au saint-siège, envoya avec une lettre pompeuse le carroccio de Milan au sénat et au peuple de Rome.

Frédéric II crut pouvoir disposer de l’Italie. En 1238, il. donna sa fille Salvaggia en mariage à Eccelino 111, et l’aida à établir son autorité dans la marche véronaise où on n’appela plus Eccelino que du nom de seigneur; il fit épouser à un de ses fils, Enzio, Adelasia , héritière des judicatures de Torre et de Gallura, et lui conféra le titre de roi de Sardaigne. En Sicile, il fit expulser tous les dominicains et franciscains qui conspiraient contre lui, leva une contribution sur le clergé, et interdit toute communication entre ses sujets et le saint-siège. Lui seul, disait-il, par la voix de ses légistes, était le maître, il était la loi vivante sur terre ( animata lex in terris). Grégoire VII et Innocent III n’avaient pas mieux dit.

Grégoire IX ne tomba pas au moins sans combat; il frappa de l’anathème cet impie, ce monstre, déjà en marche sur Rome, et souleva contre lui deux villes, Venise et Gènes, ordinairement plus indifférentes à ces luttes. L’excommunication qui produisit plus d’effet que Grégoire même ne s’y était attendu, ranima les guelfes contre Frédéric, et détacha même de lui quelques gibelins. Une armée de Vénitiens et de Ravennates, commandée par Traversari, podestat de cette dernière cité , se jeta sur la ville gibeline de Ferrare où Salinguerra fut fait prisonnier; Faenza, poussée par les Bolonais, passa aux guelfes ; Albéric, le propre frère d’Eccelino, abandonna l’empereur et s’empara de Trévise. Mais Frédéric revint porter secours à Eccelino qui n’empêchait les défections qu’à force de supplices ; il força Ravenne à capituler, reprit Faenza et rejoignit bientôt son fils Enzio sous les murs de Rome, décidé à en finir avec l’ anlechrist Grégoire IX. 11 aurait fallu trouver à opposer à Frédéric quelque anticésar puissant. Le pape l’essaya ; il déclara l’empereur déchu de sa couronne impériale et la proposa à Robert d’Artois, frère du roi de France, Mais Louis IX porta au pape le

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