ABRAHAM SÉPARÉ DE LOT
Abraham retourna d'Egypte dans la terre de Canaaa , où il ayoitdéjà demeuré '• Ses troupeaux avec ceux de XiOt étant trop nombreux , il fut obligé de s'en séparer ; Xot choisit pour lui la plaine du Jourdain , laquelle , dit TEcriture, étoit arrosée en ce temps-là, ayant la destruction de Sodôme et de Gomorre, comme Tavoit €té le paradis du Seigneur, et comme Fétoit l'Egypte.
Voilà un mot dit de l'Egypte , dont les Egyptiens n'ont pas manqué de profiter pour leur histoire.
J'observe d'abord qu'après Thulis et Churia, qui répondent aux rois Tlas et Cbœrès de M^éthon , les auteurs Juifs , comme on le voit dans le livre Juchazîm , cité par Bocfaart • , font régner en Egypte Dliphe bth Mumam ', ou Dalipha , fille de Mumam.
Dlph 4 d'pi^ se forme le nom de Dliphe ou Dalipha, signifie arroser : Mumam approche de mmim ^ , qui signifie par les eaux : ainsi Dalipha , fi|la de Mumam , a tout l'air d'une reine formée de Tarrosement de la plaine par les eaux du Jourdain , dont il est mention
* Gènes. i3. a. Âscendît ergo Abram de AEgypto...... et Lot
cum eo...
lo. Elevatis îtaqae Lot oculiS) TÎdit omnem circa regionem Jordanisy quae univcrsa irrigabatur... aient AEgyptus...
* Bochart , Phaleg. l. 4> c. 38* Dalipham nomine, filiam Moman*
4 ft7"t , stiUayit.
•" tÎ3*D"D t ab aquit..
ABRAHAM séPAné DB LOT. 3i3
dans TEcriture qui compare cet arrosemen t à celui de l'Egypte : ceci nous met sur les voies de trouver l'origine d'un prétendu prodige que Manétbon rapporte du règne de Néphercherès.
D'abord, le nom même de Népberclierès , paroît formé de la séparation de Lot et d'Abraham , à l'occasion de laquelle il est mention de l'arrosement de l'Egypte.
Nphrq * qui se forme de phrq , signifie séparé. L'Ecriture * emploie le mot nphrd en parlant de la séparation de Lot et d'Abrabam ; nphrq a la même signification.
Le mot arabe * Farouc^ qui revient à l'hébreu Phrq^ signifie aussi celui qui sépare. Mahomet donna ce surnom à Omar, parce qu'il savoit bien séparer ou distinguer le juste de l'injuste, et surtout d'un coup de sabre séparer à merveille la tête d'un homme d'avec le corps. Les Mahométans appellent aussi Férac * , nom qui se forme également de phrq , la peine qu'éprouvent les damnés d'être séparés de Dieu , et malgré leurs erreurs ils ne laissent pas , par un reste de vérité , d'envisager cette peine comme très-douloureuse.
Manétbon dit que sous le règne de Néphercherès , le Nil eut pendant onze jours ses eaux mêlées de miel '.
Jule-Africain et Eusèbe , qui nous ont conservé ce trait , le regardi^it comme fabuleux : il l'est en effet ,
* p*lâ separavit; p*lâ3) separatus.
* Gènes. i3. ii. Hebr. text. Et separayemiit fe alter ab altero ; 11133; nphrdu.
* Bibl. orient.' Voy, Farouc.
^ Ibid. Voy, Gehennem.
* Syocell. pag. 55. Ncvcp^'P^f**— W ^^ (/Lv6ivi7at v^y llgTloy piArlt nspapfA/vev 4i^^a^ cvtïcxa pvviyaik
Oi4 NÉPHERCHËRES.
mais on y voit quelque, rapport à ce que dit rEcriture , que la p]aiae du Jourdain étoit arrosée comme un jardin de délices. Cet arrosement étant comparé à celui de l'Egypte, les Egyptiens n'ont pas manqué de le prendre tout pour eux , en le rendant encore plus délicieux à leur manière , puisqu'ils en ont fait un arrosement de miel.
On demandera peut-être où ils ont prisi ce miel qu'iU font couler en abondance avec les eaux de leur fleuve. C'est dans le nom. même de Lot , à l'occasion ' de qui l'Ecriture parle de Tarrosement délicieux. Le nom de Lot est le même que celui du lot ou lotus , plante fort connue et fort vantée , surtout en Egypte. Il y en a différentes espèces , et en différents pays. On peut en voir la description dans les botanistes ou dans H. Pluche , à la fin de son histoire du Ciel '. Je n'en dirai ici que ce qui m'est nécessaire pour mon objet présent.
On sait qu'Homèi'e parle d'un lotus dont le fruit étoit doux comme le miel *. Les compagnons d'Ulysse en ayant goûté, se séparèrent aussi de lui, et il fut obligé de leur faire violence pour les ramener à son vaisseau; mais il ne faut pas nous écarter ici avee eux^ Sans sortir de l'Egypte nous trouverons ce qu'il nous faut.
H y a , suivant Hérodote *, ime espèce de lotus d'Egypte qui croit dans les eaux du Nil pendant le débor-
' Hist. du ciel) tom. II.
* Odyss. 9) V* 94 et seq,
Tuv S* oçiç \tùloio tfdyoi fuXtrtSsa xoepirov , OùxtV à'KocyYttkcu TCoéAiv '^tXtVy o\tSt y(ca6ae.
* Herodot. a. 92. Ewiàcv 'Kl-np-nç ycvnlai «ola^of ,. xac x^ntiCa^t- Xaytir^ , <f^1«u <v tûl ZSoili xptna iroXAàt, xa Âtyv'irliot xoUcovat à«»To»...m. ({ tfv Ô xapiroç ytvtîixi xnpttf <TfrixiSy .iêtTiV OffcOiolaloy.
ABRAHAM SEPARE DE LOT. 3i5
dément. Ce lotus du Nil est celui qui nous convient, d'autant plus qu'il s'agit des eaux de ce fleuve mêlées demie].
Hérodote semble ajouter tout exprès pour nous que ce lotus porte un fruit très-approchant d un rayon de miel. C'est tout ce qu'il nous faut.
L'Ecriture, en paillant de la séparation dont les Egyptiens ont fait le roi Néphercherès , dit que Lot choisit une plaine arrosée délicieusement par un fleuve, comme l'étoit l'Egypte.. Lot est devenu pour les Egyptiens , le lotus , dont le fruit est une espèce de miel. Ils ont imaginé en conséquence que leur fleuve avoit eu ses eaux extraordinairement mêlées de miel durant le règne de Néphercherès.
Dès qu'on voit où ils ont trouvé le fait, on peut se passer de la circonstance de sa durée. J'entrevois comment ils ont cru trouver les onze jours dans les paroles de l'Ecriture qui suivent immédiatement , mais il n'est pas nécessaire , et il seroit trop long de rendre raison de tout dans le dernier détail.
Les Egyptiens n'ont rien extrait des endroits de l'Ecriture où il n'est rien dit de l'Egypte ; c'est pourquoi on ne doit pas être surpris de ne pas trouver chez eux des vestiges de tout ce qu'elle rapporte d'Abraham. Il n'en est que mieux prouvé que l'histoire égyptienne est précisément un extrait altéré de l'Histoire Sainte. Voyons d'où est pris le roi que Mauéthon place a^rès Néphercherès.
SÉSOCHRIS, CHÉNÉRÈS.