RÉCOMPENSE ET POSSESSION PROMISE A ABRAHAM
Sésochris ' , suivant la note qui nous reste de Manétfaon , fut un roi d'une taille extraordinaire.
11 n'est pas étonnant que les Egyptiens Taîent faît fort grand , puisqu'ils l'ont formé de la très-grande récompense que Dieu promit à Abraham.
Cette promesse se trouve au commencement du chapitre quinzième de la Genèse • , dans lequel Dieu , en se promettant lui-même pour récompense à Abraham, lui annonce que sa postérité doit posséder la terre de Canaan; mais qu'elle doit auparavant demeurer en Egypte , et y être af&igée.
Ce rapport à TEgypte A été pour les Egyptiens une raison de faire entrer dans leur histoire ce que l'Ecriture dit dans ce chapitre. Us s'en sont fait deux rois , qui se trouvent l'un après l'autre dans Manéthon , Sésochris et Chénérès.
Comme il ne nous reste que le seul nom de Chénérès , et une note sur Sésochris , ces deux règnes seront fort courts.
Le nom de Sésochris est formé de ^ xchr^ qu'on prononce sachar^ et qui signifie récompense. Les Egyp-
' Syncell. pag* a6. Z/ao^p^c <^( v^oç cTxc ^m^wv /, ^AoîToç y ,
* Gènes. i5. i. Factus est sermo Domiui ad Abram per visionem dicens : Noli timere^ Abram | ego protector tuus sum, et merces tua magna nimis.
' 1319 mcrces.
PROMESSE FAITE A ABRAHAM. Siy
tiens ont ajouté au commencement du mot leur article s on se ^ comme ils ont fait dans Sésoosis ou Sésostris , et dans plusieurs autres noms.
Le Seigneur , au commencement du chapitre dont il s^agit, dit à Abraham dans une vision : « Ne craignez » point, Abraham; je suis voti'e bouclier, c'est-à-dire, M votre protecteur et votre récompense infiniment M grande , en hébreu * acchr erbe mad. »
Dieu ne promet à Abraham la possession de la terre de Canaan que pour sa postérité , et ce n'est qu'après plusieurs siècles qu elle doit y être établie. Ce saint patriarche devoit y demeurer sans établissement fixe ; mais Dieu lui fait envisager une autre possession infiment plus précieuse , celle de Dieu lui-même ; ce qui prouve que Dieu lui promettoit une autre vie ; et c'est de là sans doute que les Hébreux , descendants d'Abra-* ham , pour dire , passer dans une autre vie plus heureuse , disoient * , se rendre dans le sein d'Abraham ; expression que Jésus-Christ lui-même emploie dans l'Evangile , comme une expression usitée chez les Juifs, et dont l'origine fait voir que la croyance d'une autre vie remontoit pour le moins aussi haut que le père de la nation !méme; mais j'aurai occasion d'en parler à l'endroit où les Egyptiens , dans leur histoire , disent avoir été les premiers à enseigner l'immortalité de l'àme. Nous verrons que c'est exactement à la mort de Jacob, le premier patriarche qui mourut en Egypte*
Pour nous en tenir ici au prétendu roi Sésochris,
* Luc. i6. aa. Factum est autem ut mor^retur mendîcus , et porttiretar ab Angelis in sinum Abrahœ. Mortuus est autem et diyes , et sepultas est in inferno*
a3. Ëlevans autem ocalos suos , quum esset in tormentis, ridit Abraham à Iongé> et Lazarum in sinu tyaSi
3l8 SÉSOCHUÎS, CHÉNÉnÈS.
son nom, comme je l'aï déjà dit, est formé du mot même que l'Ecriture ' emploie pour signifier cette récompense , en hébreu xchr , ou , comme on prononce , sa^ char. On sait que les voyelles se changent souvent en hébreu , et en général dans les langues orientales. Ainsi, avec l'article égyptien , le nom Sésochris se forme trèsnaturellement de\vchr ou schr.
Comme la récompense promise à Abraham est trèsgrande , il n'est pas étonnant que les Egyptiens aient donné au roi Sésochris une taille extraordinaire. Je ne în'arrêterai point à chercher s'ils en ont cru voir les dimensions dans l'Ecriture ; j'observerai seulement que cette taille de trois coudées de largeur ou d'épaisseur, sur cinq coudées de hauteur, n'est pas bien proportionnée. Ainsi , on peut en toute sûreté penser qu'il y a quelque bévue.
Je ne ferai point un article séparé du roi Chénérès , qui ne se trouve même que dans Eusèbe. Il né nous en reste que le nom , et ce nom peut être formé du mot • (fne^ qui signifie acquérir, posséder ', parce que Dieu dai>s cet endroit de l'Ecriture promet à Abraham pour ses descendants la possession de la terre de Canaan, depuis le ruisseau qui la sépare de l'Egypte jusqu'au grand fleuve de l'Euphrate , ce qui s'accomplit entièrement du temps de David et de Salomon pour les Israélites , sans compter les autres descendants d'Abraham par Ismaël et par les fils de Céthura , qui habitèi'ent l'Arabie pétrée et l'Arabie déserte.
* Gcnes. i5. 1. Merces (hebr. xchr) tua magna nimis.
• n3p acquisivit, possedit.
5 Gènes. i5. i8. In illodie pepigit Dominus fœdns cum Abram, dicens : Semini tuo dabo terram hanc à fluyio i\£gypti usque ad fhiyium magnum Ëuphratem.
PROMESSE FA'ITE A ABRAHAM. Sig
Comme le nom de l'Egypte se trouve endore dans cet endroit de l'Ilcriture, les Egyptiens n'ont pas mancpié de s'en faire un roi.
On verra quantité d'autres altérations de l'histoire d'Abraham, surtout dans la mythologie grecque. On ne devineroit peut-être pas d'où vient qu'Homère ' fait converser Minos avec Jupiter tous les neuf ans. C'est qu'Abraham * avoit nonante-neuf ou quatre-vingt-dixneuf ans quand Jéhova ou le Seigneur lui apparut , comme il est dit au commencement du chapitre dixseptième de la Genèse. Les interprètes des Grecs auront pris ^ thxâim xne et thxd xnim , qui signifient nouante ans et neuf ans, pour' neuf et neuf, d'autant plus que les mots se ressemblent ; nouante étant dérivé de neuf. Homère, s'il n'avoit pas eu quelque source, auroit-il de lui-même imaginé cette conversation tous les neuf ans.
Plusieurs peuples, surtout des descendants d'Abraham , lui ont donné le nom de Minos à cause du sacrifice mémorable que le Seigneur exigea de lui. Mnée ^y qu'on prononce minhah, signifie offrande; il signifie aussi repos, station. Les Arabes descendants d'Abraham ont encore un endroit appelé Mina, où les Mahomélans font des sacrifices dans leur pèlerinage de la Mecque; et
* Plato de Leg. 1. i , initio. Tov Mt've» yo(7ûlv7o$ tvphi r^y toû 'rra7poç 1 xaç-o7ï o-vvowffiav ^t iwalov «rovç.
Homer. Odyss, 1. 19.
Mrvojç
Evveîupoç BactfXtvt Ai^ç fuyaXov hoLptçinç,
* Gènes. 17. 1 1 text. bebr. Et f^rat Abram filius nonaginta annorum et novem annorum , et apparuit Jehova...
' n3tt? CD^yt^n nonaginta anui. CDOtt? yVD novcm anni.
* nn^Q » niunuB , oblalio.
5ao sésOGHRIS, CHÉNÉRËS.
c est en mémoire du sacrifice d'Abraham. Pline ' , parlant des Minaei , habitants de cette contrée ^ dit qu'ils se donnent pour descendants de Min'os , roi de Crète* Je ferai voir , dans l'histoire fabuleuse de la Grèce , que les Cretois au contraire ne s'attribuoient Minos que parce qu'il y avoit en Crète, ainsi que dans la Grèce , des Ismaélites , des Amalécites , des Iduméens et d'autres colonies de peuples issus d'Abi^aham. Minos , suivant la fable grecque , voulut enlever Ganymède *. Ce nom de Ganymède n'est qu'une traduction en grec de celui d'Isaac en hébreu. L'un et l'autre signifient ris , joie. Le conte de l'aigle qui enleva Ganymède vient des mots ^ Bn xre , fils de Sara , pris pour ^ b-nxr, qui signifie en aigle. Les sept enfants que Minos se faisoit livrer pour venger son fils Audrogée , sont les sept fils d'Abraham , que celui-ci sépara pour laisser héritier de la maison paternelle , le seul que Dieu lui avoit dé-* signé.
Mais ce n'est pas ici le lieu de dévoiler la fable de Minos , qui est composée de plusieurs personnages que le nom a fait confondre.
Lot , neveu d'Abraham , joue aussi chez les Grecs un assez grand rôle; c'est le fameux Orphée. On peut observer que le nom même d'Orphée n'est que la traduction de celui de Lot. Lut ou lot signifie couvert, enveloppé. On peut le voir dans l'interprétation des noms hébreux ordinairement jointe à la Bible ^. Orphetts vient du
^ ' Plin. Hist. lib. 6, cap. 38. Minxi^ à rege Creta Mînoe (ut existîmant) originem trahentes.
* l^nV isé^lt risity lusitj jocatus est. -^ Tavo; ^ gaudium , laetidt* Mit^co)^ rideo.
^ nitr^D filius Sarae*
^ IV^'3 in aquilÀ.
^ t9 w Lot, opertus, obvclutOA; obtenebratiô»
PROMESSE FAITE A ABRAHAIMC. 5ai
mot grec ' erepho, au prétérit moyen oropfia, qui signifie aussi couvrir, envelopper. Orph/ié, qui en est dérivé , signifie ténèbres , obscurité.
On peut dès-loi's voir quelle est l'épouse d'Orphée ^ dont il pleura la perte. Ou sait que Lot perdit la sienne dans le dé$astre dje Sodôme. Je puis ajouter que les an* ciens fpnt aussi mention dans lafable d'Orphée du même crime qui fit périr Sodôme et Gomorrhe.
Oi'phée mis en pièce<i par des femmes, est Lot que ses deux filles partagent* Les Grecs ont mis la scène en Thrace et sur les bords de l'Hèbre, à cause d'Hébron , dont il est mention dans l'Ecriture , à l'occasion de Lot et d'Abraham.
f Orphée * qui se faisoit suivre d'animaux qu'il attiroit par le son de ses instruments, est Lot qui, en allant avec Abraham, dit l'Ecriture, avoit des troupeaux de moutons, de bœufs, et des tentes, mot sur lequel les interprètes des Grecs se sont mépris , comme je l'expliquerai dans leur mythologie»
Mais Lot ^ est un composé de plusieurs parties , que la ressemblance des noms a fait réunir. Les Grecs ont confondu lut avec léth , qui signifie les tables de la loi; avec lui, qui signifie lévite; av€C luith, qui signifie chants et instruments de deuil. Lt dérivé de lut signifie aussi enchantement»
De plus, les Grecs ont confondu avec le nom d'Orphée , qui est le nom. même de Lot traduit en grec; ils ont, dis-je i confondu avec ce nom, le mot orph porté
' Ep/^u , tego ; ôpof V) » tectum ; fip<pm f caligo. . * Gènes. iS. 5, trad. dé Sanctès-Pagnin. Et etiam ipsi Lot atabulanti cum Abram erant pecudes ac boyes et tabernâcula.
^ 13 w Lot; Drn tabulée; ^yj Levita; ÏX^TJ luctus; 0/ incaatamentum.