AGAR, ÉGYPTIENNE
soustraire à Fautorilé de Sara, et qu'ensuite , sur Tordre de l'ange du Seigneur, elle revint se soumettre, et rentra dans le devoir; mais l'Ecriture ne dit rien qui ait rapport à la lune. Les interprètes des Egyptiens n'ont pas laissé de l'y trouver : ils ont une fois bien traduit le nom de Sara, qui signifie princesse, puisqu'ils en ont même inféré que le droit de la royauté avoit été accordé aux femmes ; mais ces interprètes , qui ont souvent traduit en aveiîgles, ont quelquefois oublié dans un endroit ce qu'ils avoient dit dan$ un autre ; peutêtre aussi tout n'est pas de la même main : comme la tàcbe étoit pénible pour eux , ils l'auront partagée : dans cette supposition , il est moins étonnant qu'ils ne s'accordent pas.
Quoi qu'il en soit, le nom de Sara ressemble aU mot ' Sera , qu'on prononce Sabarah , lequel en caldéen signifie lune. Les savants n'ignorent pas que les Caldéens comptoiei^t du moins quelquefois par Sares •, mesure de temps qui a rapport à la lune.
Âgar fut frappée de crainte à la voix de l'ange du Seigneur; elle reçut ordre de rentrer dans le ùevoir, et de revenir s'bum^ilier devant Sara.
Les Egyptiens ayant pris Sara pour la lune, on voit comment ils ont pu dire que des révoltés saisis de frayeur à la vue de la lune , se soumirent de nouveau.
Mais pourquoi le3 Egyptiens disent-ils que ces révoltés furent les Libyens ? Quand je ne pourrois pas en apporter la raison, il suiEt qu'on voie l'essentiel de leur récit, des rebelles obligés de se soumettre à l'aspect de la lune : les Egyptiens ont pu supposer que c'étoieut les Libyens , parce que ceux-ci étoient à portée
• KnnO luna.
* Suidas. 5. Zocpot. fAcIpov, xoti ôptOf&o^ irapce x«^^auotç«
53o NÉCHÉROPHÈS,
de l'Egypte : je ne suis pas obligé de devîner toul ce qui a pu enti^er dans la tête de pareils interprètes.
Si Ton veut cependant que je trouve encore les Libyens , cela n^est pas impossible ; car il y a beaucoup de rapports que je passe sous silence , pour ne pas trop alonger un ouvrage dont le détail peut fatiguer les lecteurs.
Lorsqu'Agar reçut ordre de rentrer dans le devoir % et (le retourner s'humilier devant Sara , elle étoit près d'une fontaine , en hébreu âin emim : ces mots din emirn , ressemblent au nom des Anmim comptés dans l'Ecriture * parmi les descendants de Mesraïm ; ce sont probablement les Ammonites de Libye , qui avoient un fameux, temple de Jupiter Ammon , avec une fontaine d'autant plus renommée , que l'eau est plus rare dans cette contrée. On voit donc où les interprètes Egyptiens ont encore pu trouver des Libyens : cet exemple fait voir que si je n'entre pas quelquefois dans un certain détail, ce n'est pas toujours qu'il ne puisse se trouver : c'est assez que l'essentiel de l'histoire soit reconnoissable : combien dans les histoires mêmes des temps bien connus , trouve-t-on de circonstances sur lesquelles les historiens ne s'accordent pas , sans qu'on doive pour cela douter de l'essentiel des faits? • Nous avons vu dans Néchérophès , dont le nom signifie lit étranger , Agar , épouse étrangère d'Abraham, que les Egyptiens ont eu quelque raison de s'attribu^, parce qu'elle étoit égyptienne. Nous avons vu la source du conte des Libyens obligés de rentrer dans le devoir
' Gènes. i6. 7, trad. de Sanctès-Pagnin. Invenit autem eam
angélus Domini juxta fontem aquse; hebr. C3^0n~J^y âin- emim.
* Gencs. LO. i3. At yerô Mesraïm genuit Ludim, et Auamim ;
a<;ar, égyptienne. 53i
à Faspect de la lune ; je croîs que c'en est assez sur cet article.
Après que les Egyptiens se sont fait un règne d'Agar, parce qu'elle étolt égyptienne, on ne doit pas être étonné qu'ils s'en soient encore fait un ou plusieurs de son fils Ismaël , qui épousa une égyptienne, et qui s'établit dans le désert de Sur ou Sor à la porte de l'Egypte. Ce nom de Sur ou Sor, peut nous servir à le dévoiler , et à répandre quelque jour sur des pratiques des Sarasins ses descendants ,; que les Mabométans conservent encore.
sa
TOSORTHRUS OU SÉSORTHUS,
ET TYRIS: