‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 11 sur 114 · V. Rapporta déjà reconnus entre les histoires mêmes · texte numérisé non relu

V. Rapporta déjà reconnus entre les histoires mêmes

Je purs encore faire observer des rapports déjà reconnus, qui nous amènent plus directement au dévo?lèment que j'entreprends dans cet ouvragé. Ce Sont dés rapports de Fliistoire d'Hérodote luî-mêirie, qui e^t nbti'e plrfs àncietiite àoWce , f)6ûr ce qui côncci'nè les Egyptiens ; des l'apports de sa manière d'écrire , et dte ses expressions mêmes, avec celles de l'Histoire Sainte. Je sais que la ressemblance est encore bien imparfaite ; mais il est toujours bon de voir ce qu'en dit un savant, quoique peut-être trop épris d'Hérodote.

Quel liVre avons-nous, dit Caméraritis ', après lés lîvi'es Saints , où l'on raconte d'aussi grands évAiements , ôà ton voie tant d'exemples si frappants de

* Joachim. Camcrarii proœm. in Hcrodot. <( Quem autem lib,rum » post sacro-sanctos illos habcmus in quo res ade6 ma|;iiae coroy» memorentur! In quo proVidentî» potentisque divin», qu» )i superbos deprimiti tottàmque luculenta exehipla conspieiantur f ï» Ubi regum potentissimôrum alioqui ( quorum superbiam et ve« p saniam nobis ante oculos saepô ponil) regnonimque adeô hor- )» rends eversiones narrentur ! Quis est ex quo certius sacrk )» chronologia cum profanîs historiis conciliari possit ? Addo etiaih 9» (qntfd Vel maxime cômmendore nobis hune scriptorem del>et) » qui rcligiosiùs de diviuâ Providentiâ » et quîdcm valdè similibus » verbis, interdùm etiam iisdera, loquatur? Omitfo prisci illius » saéculi siihplicîtatem, et htimile (in quibusda ni etiam vepbuS) 1» Tit» genus eodem. nobis' modo utrobique describi. Oniitto et » hoc, liullutn usquàm extare apud grapcos autores scribendi genus, )» quod (ut in omuinô divetsâ linguâ) ad hebraici brevitaicm simp plicitatemque magis accédât. »

20 OBSEHVATION5

la niftnière dont la provulence cl la puissance divîue ciLaisse les superbes? où Ton raconte tant de chutes et de renversements terribles de rois et de royaumes trèspuissants, don iriiislorien lui-mémea soin denoiis mettre sous les yeux Torgueil et la folie? Quel est l'auteur qui puisse servir davantage à concilier la chronologie sacrée avec les histoires profanes? J'ajoute, comme un point qui doit nous le rendre extrêmement recommandable , . qu'il n'est point d'auteur qui parle avec plus de respect de la divine providence, et dans des termes si approchants et quelquefois les mêmes que ceux de l'Ecriture, sans parler de cette simpliciu^ des premiers âges , de cette manière de vivre de plusieurs rois, sans faste et sans éclat, qu'il nous décrit, comme le fait l'Histoire Sainte; sans parler de sa manière d'écrire, si approchante , dans une langue toute différente, de la brièveté et de la simplicité de Thébreu; manière qui lui est pro- .pre, plus qu'à tous les auti'es auteurs grecs.

Camérarius cite en effet des manières de parler d'Hé- .rodote, bien approchantes de celles de l'Ecriture; mais j'encitei'ai assez de plus frappantes dans cette Histoire. Ce n'est pas seulement pour la simplicité et la briè- .veté du style, et pour la ressemblance de bien des façons 'de parler, qu'on a déjà trouvé des rapports dans l'Histoire d'Hérodote avec l'Histoire Sainte ; on y a déjà l'econnu que quelques récits ne sont que des altération^ de ceux de l'Ecriture. .

M. Rollin , après avoir exposé la manière dont Hérodote raconte la délivrance miraculeuse d'un roi d'Egypte, attaqué par Sennachérib, roi des Assyriens, ajoute ' : « Il est visible que cette histoire , telle que » je la viens de raconter ^ et qu'on la lit dans Héro-

* Uist. anc; tome L

PRÉLIMINAIRES. ai

» dote, est uiic allératîoa de celle qui est rapportéa » dans le quatrième livre des Rois <> ; c est le miracl(î de la délivrance d'Ezéchias,

Les savants s'accordent aussi à reconnottre qu'un roi de Syrie, qu'Hérodote fait vaincre à Magdolum par Nécos , roi d'Egypte, est Josias, roi de Jucla , vaincu à Mageddo par Nécliao , comme le nomme l'Ecriture.

Quelques-uns * ont aussi vu que Cadytis^ grande ville de Palestine , dont parle Hérodote , est Jémsalem que lés Juifs appeloient , par excellence , Cadyta % ou la Sainte , comme on le trouve encore sur leurs sicles*

Mais ce nom même de Cadytis, sons lequel ptni de lecteurs reconhoîtroient Jérusalem, prouve qu'il est nécessaire de faire quelques observations sur la manière dont les histoires anciennes peuvent quelquefois être tellement obscurcies ou défigurées , qu'on ne les ait pas toutes reconnues pour ce qu elles sont.

Xln Caosea des aUdratioDs de« anoiennes histoires.

Jq ferois un long article , à nommer seulement toutes les causes qui ont pu obscurcir, altérer et défigurer les anciennes histoires px^ofaues « dont la plupart nous ont été transmises par les Grecs,

« Platon , comme l'cjbserve M. Bossuet ^ fait voir , » en général , sous le nom de prétres d'Egypte , que les M Grecs ignoroient profondément les antiquités.

» C'est, ajoute ce prélat, que les Grecs ont écrit tard»

■ Hardain. Chronol. vet. Tcstam. anno ante Christuin» 6t3.ic Cadytis ipsa est Jérusalem , quam deformato Tocabulo sic re- » pra!sexitat. )»

* t^np en caldden sanctns. Les Caldi^eos changent qoelqneCbÎJ jr eu ih,

^ Disc. BUT l'Hist* Univ., i.*"* partie i 7.* <^oque.

2f pBSERVATIOlfS

M. et que voulant divertir , p^r les faistoix'es ançieimes, ». la Grèce toujours cui-ieuse , ils les ont composées sur M des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de M mettre dans un ordre agréable» sans trop se soucier ». de la vérité. »

L'endroit de Platon, où M. Bossuet renvoie, est celui du Timée , où les prêtres d'Egypte disent ' en elTet à Solon: «0 Solon, Solon, vous autres Grecs, vovis vk êtes toujours enfants, et il n'y a point de vieillard » parmi vous. »

Et ce qu'il y a de singulier , c est que les prêtres d'Egypte, qui prétendoient apprendre aux Grecs les antiquités de la Grèce , et celles d'Àtbènes en particulier « qui , selon eux , existpit depuis neuf mille ans , étoient €tux-mêmes aussi enfants que les Grecs , puisque , sur Ifi ressemb^nce du nom, i|s avoient pris pour Athènes, le jardin d'Eden , ou Aden • , c'est-à-dire, le.pai*adis terrestre , comme je le prouverai ailleurs. Aussi voit-on , dans le Critias , que Platon est fort embarrassé à retrouver les quatre fleuves aux environs d'A-» ttiènes, et il avoue que l.e temps avoit bien changé la face de l'Attîque. Mais, pour ne point m'écarter ici de mon objet, on voit qu'un philosophe grec accuse lui-même les Grecs d'être enfants dans leurs histoii*es. Les Romains , quoique disciples des Grecs , ne leur ont pas épargné le même reproche ; on sait comment Pline ' et Juvénal ^ traitent toute la Grèce de fabuleuse et de men-

■ Plato in Tim. Q lo\<ov , loXtov , EUiovc; àcc iraT^ic \ç\ ^ y/fMov il

- ' py.Adn, qH'ou prononce Eden.

^ Plin. Hist. lib. 4» initio. Omuis Grsciae fabuloisil^s. . \ Juvenal Satir. lo.

Et q«iidqaid GraBcIa menj»

ludet in historia.

ingère. Ou né doit pas, après tout, en fkirv toa]oar» Wi crime aux premiers écrivains, surtout à ceux qui n'ont écrit que sur des mémoires qu'ils n'étoient pa» en état de bien entendre, parce que ces mémoires étoient en langues étrangères , fort différentes de la leur. U y a des méprises et des bévues , et d'auti*e& sources d'erreurs presqu inévitables pour un étrangei* qui n'est pas au fait de là langue ^ de la religion, des mœurs et des usages d'un pays.

te Les savants , dit M. Fourmont ' , qui ^ par la con« m noissance des langues , se trouvent en état de lire Ica 9 histoii'es d'une nation écrites pas des étrangei*s , ont » remarqué , non une , mais mille fois ,; qu'il n'y 9k » presque jamais rien d'exact.

' » Les anciens y dit-il encore ■, n'ont jamais eu , pouy A» les citations , l'exactitude des modernes; eest un^ » faute chez eux , et elle est réelle , mais une faute des u plus excusables» Quelle peine n'avoit-on pas à reco-* » pier des manuscrits? On trouve encore ce peu d'exac- » titude dans la plupart des livres orientaux. Citer à » moitié , substituer des paix>les à celles des auteurs , n citer indirectement , très-souvent interpréter ; l'on > n'a point tort de reprocher aux anciens tous ces dé- M fauts. »

Ayant été assez long-temps absent de ma patrie , s'il m'est permis de me citer, j'ai .été à portée de reconnoitre , souvent par ma propre expérience , jusqu'à quel point un étranger , qui ne sait qju'impariBitemeat la langue du pays ou il voyage , peut s'y méprendre. 11 lui arrive quelquefois là même chose qu'aux prciniei-s lilspagnols, qui,, en aboi*dant à. la côXe d'Amérique «

■ Rcflex. crit. sur les hisU, tome II > page qSu ' JM, page 96.

a4 OBSERVATION»

appelée Yucatan », demandèrent aux habitants quel étoît lé nom de cette contrée; ceux-ci , qui n'entendoient point ce qu'on leur disoit , répondirent: Vu catan , qui si^nîfioit dans Içur langue, que dites-vous? LesEs*^ ])agnols crurent que c'étoil le nom du pays; et quoiqu'on ait depuis reconnu la méprise , ce nom lui est resté. '

Quoique le frauçois soit aujourd'hui très-répandu eu Europe , j'ai trouvé quelquefois des traductions de nos livres pleines de bévues qui ne se conçoivent pas* Si j'avois prévu l'usage que j'en pourrois faire, j'en aurois apporté quelques-unes. Je puis toujours citer des exemples d'altérations , soit anciennes , soit modernes, qui tendent à mon but*

Pour y mettre quelqii'ordre, je vais distinguer diflël'entes causes qui ont contribué à obscurcir et à défigurer les histoires, sans prétendre encore les assigner toutes; il y en a de moins générales, dont je ne parlerai qu'à mesure que les fables que je voi^s dévoilerai le demanderont.

VIL Les anciens^ surtout les Grecs, ont traduit dans leurlauguo

ju8C[u'aiix noms propres*

Les anciens , surtout les (Srecs , qui noiis ont transmis 1^ plups^rt des histoires anciennes qui nous res].ent^ étant lort jaloux de leur langue , et cultivant peu le^. langues étrangères, ont soi^vent traduit: jusqu'aux noms propres.

Platpn uQus l'atteste dans sou Gritias " : a Avant quq

« Dict. de M. Vosgien. Voyez Jucatan« •

■ Plato ia Ci'ilia seu Atlantico. H^ i*fii ^pax^ ^P^ ^^^ \070v M iriXSf^t f p.'n ^o^Xaixtç ccxouoy7cç ÉXXvjytxà Ba,oÇ^«s6>y dvirjSv oyo|xa7a 3ay— |uia^io7< , TO yàp aHtoy àv7wy ^txjutvât, ^oXwy inivoSiv tlç tijv àv7ov noitiviv

Tov( Ti AtyvWItovç ^cvç irp(i»7cv{ ixccvov^ àv7a(. ypavjfOjjLcyovç , tlç TY)y àvTwv ^wy-TiV fu7!yv}vo;(o7a;. o(u7o; xt av'iraÀty ixoiçov T/^y ^ca^^oiay iyo^a7o; àyct—

PliÉtlMINAIRBS. %S

» d^entrer en matière , il faut , dit Gritias , vous préi> » venir d*une cliose, de peur qu'entendant souvent » doûner à des barbai'es des noms grecs , vous n'en » soyez surpris : en voici la raison. Solon ayant dessein' » de metu*e en vers l'histoire dont il s'agit , s'infonna M de la signification des noms ; il apprit que les Égypn tiens, qui avoient les pi*emiers écrit cette histoire , » avoient aussi traduit les noms en égyptien. S'étant » instruit de ce que chaque nom y signifioit , il les a » de même traduits en grec. »

Yoilà donc un exemple de traduction sur traduction, et de traduction de noms propres , dont la signification est souvent douteuse et arbitraire. On conçoit aisément combien de pareilles traductions ou interprétations de noms doivent obscurcir une histoire , et souvent la rendre méconnoissable. On en peut juger par l'embarras que causent ^ dans M. de Thou , les noms franco; s que celui-ci a traduits en latin ; il faut les deviner , et sou-f veut on s'y trompe , comme l'observe le P. Daniel , dans là préface de son histoire de France; il a fallu faire un dictionnaire tout exprès pour en donner la clef*

Comme bien des littérateurs , du XVI.* siècle surtout, ont voulu se donner des noms grecs ou latins , on ignore souvent leui*s noms propres dans leui* langue. Le commun des lecteurs ne sait pas que Mélanchton s'appeloit , en allemand , Schwartzerdt qui signifie terre noire ; Oporimus , Herbst , qui veut dire d'automne ; Chimerinus, Winter^ d'hiver; Torrentius, Van-dcrhccken ; et ainsi de bien d'autres.

Je puis citer des exemples tirés d'Hérodote , qu'on n'a pas reconnus jusqu'ici , que je sache , parce qu'on n'a guèrp pensé à rapprocher les noms grecs des noms esclavoiis.

a6 .OBS£,RYATIOirS

. Hérodott)» et les auteurs qui l'ont suivi, tant lei ^recs que les Latins, ont toujours appelé les Slaves \ovk Ësclavons » /^uchatœ , Auchetœ , Euchatœ, Alazones^. i»oiu$ qui signifient glorieux en grec , comme slawa, «ignifie gloire en slave, ou esclavon. C'est pourquoi on est encore , je crois , à découvrir, dans l'histoire » 4'où viennent au juste ces peuples nombreux de Slaves, et , par altération , Sclaves , ou Esclavons , qu'on voit paroi tre tout à coup sous leur vrai nom , vers la fia du V.' siècle.

, Personne non plus, que je sache, n*a encore recon- BU les anciens Bourguignons , en latin Burgundi^ Bur^ guntœ, ou Burgundiones , dai;is les centurn pagi ' , ou cent bourgs , dont paille Tacite dans ses mœurs d^s 6ei*mains. Burg signifie bourg, en allemand , et Jiun^ dert signifie cent. Le nom de Seninones leur étoit donné pai*ce qu'ils faisoient une assemblée générale de la nation , comme le dit Tacite. Zusammen signifie en-* semble, eïL allemand; «Se^m, enpolonois, Mgnifie diète» Ce peuple étoit dans le pays appelé aujourd'hui Silésie> et aux environs. Le nom même de Silésie n^en est qu'une traduction , en ancien poldnois, ou esclavon , où iiYa signifie bourg ; les Slaves, ouËsclavons , prirent la pIdC9 A^s Bourguignons.

Je pourrois de même dévoiler , dan.s Tacite , le noii^ des Francs , qui s'y trouve déjà traduit , quoiqu'on pe l'ait pas reconnu ; et les noms de plusieurs autres

' kyyjt^y glorior. £u;(oç, gloriatio. AXaÇQ>r, glôriosuR. Pline, 1. /{ , cap. 12. Per contiuenteiii introrsùs tonent AucbeUej apud quo« Hjpanis oritur.

• Tacit. de Mor. Germ. c. la. Adjicit auctoriUtem fortuna Scmttouum; ccnluin pagis habitantur.

peuples; je le ferai dans la dernière partie de cet ouvrage.

'M, 'Bosquet a fort bien observé ' combien les ancfenpes histoires, ont dû être obscurcies parlons ces changements de noms.

ce U reste encore , dit ce prélat , à vous . découvrir » une de$ causes de Tobscurlté de ces anciennes hls- ». toires. jC'est que comme les roiafid'Orient prenoient »^ plusieurs noms , ou , si vous voulez, plusieurs tlti*es, » qui ensuite leur tenoient lieu de nom propre^ et u que les. peuples les tradulsolent ou les pronopçpient ». difTéremment , selon ^s divers idiomes de chaque M, langue; des histoires si anciennes, dont II reste si »./peu de bons ménfiolres , ont dû être par-là fort », obscurcies. La confusion des noms en aura sans ». doute beaucoup mis da,ns les choses mêmes et dans ». les personnes. »

On peut voir les exemples que cite M. Bossuet, de Cyaxarès , probablement le. même qu'Assuérus; de Nabuchpdqnosor , en hébreu Nebuchednetsar , ap-> gelé dans le Canon de Ptolémée , Nabocolassar ; d'Ozias , appelé aussi Azarias ; de Sédéclas , nommé auparavant Mathanias , et de quantité. dWtres pareils chan* gements. .

<c On pourroit 9 ajoutert-Il , faire une longuQ liste » des Orientaux , dont chacun a eu , dans les histol- » res , plusieurs noms différents. »

M. Bossue! observe d^ plus , que cette coutume n^est p^ iucQnnu.^ au;2^ Latins, parmi lesquels les ti* U^es et les' adoptions ont multiplié left iu>ms en tant 4e sQxi^* U çiUi r^^emple dssL. fils d'£mile , nommé

■ Dise. surTHist. aniv,, i,*"' partie, 7.* époque.

a8 OBSERVATIONS

iSicipîon; d'Octavien, nommé aussi César, et suràoftimé Auguste. On peut ajouter qu elle n'est pas non plus m- ' connue parmi nous, puisqu'on voit le même petsonuage changer jusqu'à trois ou quatre fois de nom ou de titre dans notre histoire.

On ven-a que ce sont des changements pareils , et des traductions de noms ou de titres, qui ont tant multiplié les rois d'Egypte dans Manéthon , où un seul personnage fait quelquefois une dynastie entière, ou même plusieurs.

Si l'on ne sait pas démêler tous ces cliangements et toutes ces traductions de noms , est-il étonnant qu'on trouve bien de l'obscurité , de la confusion , et même des contradictions dans les anciennes histoires ? Dans deux mille ans, si le monde àure encore , on ne saura peut-être pas que Charlemagne est le même que Charles P' et Charles-le-Grand ; que Saint-Louis est Louis IX ; Henri-le-Grand , Henri IV ; Louîs-le 'Grand , XiOui« XIV. Charles - Quint , c'est-à-dire, Charles cinquième du nom entre les Empereurs, est Charles I*' pour les Espagnols ; Sigismond- Auguste est compté en même temps pour Sigismond II , et pour Auguste I**' ^ parmi les rois de Pologne; le roi régnant est appelé , en France , Stanislas II ; en Pologne , Stanislas-Auguste IV. Quelle source de méprises pour la postérité î

VIIL Exemples de fubleii foBclëcs sur des interprétations de noms.

Pour citer quelques exemples de fables fondées sur des inteiprétations ou des traductions de noms , Hérodote ', parlant des Scythes ( je ferai voir ailleurs qu'il s'agit , en cet endroit , des habitants des bords de

* Uo'rodot. 4* 5. Tovç yovca; \tyovcrt iTvat (^fwi ficv ov inçcc X/yovlc;|

lHjpanls, en polonois le Bog), rapporte qu'ils se dounent pour descendants de Jupiter et d'une ilUe du Boryslbène.

C'est une fable fondée sur rinterprétatîon du nom même de Bog , qui en polonois , et dans les autres dialectes esclavons , signiiie dieu. U y a eu des hérétiques appelés bogimiles, des mots esclavons bog » dieu , et milj ^ cher 4 agréable; parce qu'ils se disoient agréables à Dieu.

Les anciens Grecs avoient rendu le nom de Bog par celui de Jupiter , le plus grand de leurs dieux ; et 5 en conséquence , ils avoient imaginé que les enfants du Bog, c'est-à-dire , les habitants de ses bords, se donnoient pour enfants de Jupiter.

Hérodote ' parle aussi de peuples des mêmes contrées , qui se changeoient tous les ans ep loups dui*ant quelques jours , et qui Tassuroient , dit-il , avec serment : il est , à la vérité , assez sage ])our ne les pas croire. Les Polonois disent encore aujourd'hui la même chose en badinant; parce qu'en hiver ils ])or'tent des founiires de peaux de loups. C'est ce qu'on appelle vilchoure , du mot polonois wilczura , qui signifie peau de loup; wlk signiHe loup.

Tacite, quoique d'ailleurs judicieux, a fait nomhra de bévues pareilles sur les Germains^ comme je le ferai voir ailleurs.

Pline •, en relevant une fable dllérodote , fait luimême une bévue. U dit que l'antiquité fabuleuse, Hé^

' Hrroiiot. 4* to5. Êmo^ txoi'^ou âica$ tSy Ntvpwy sxotçoç \\fxoç ytyc— lac r^ixtpoii ôXiya;.

* Piiii. Hist. , lib. la , cap« 19, Cinnamomum et casîaA fabuloM narrât autiquitas , priDcepsve Ilorodolus ,avium niiiis , etprivaiiui phœuicis... decuti. ^

3o OBSERVATtON»

rodotc en particulier, raconte qu'on fait tomber le cinnamotneet la canelle, des ttîd^ de quelques oiseaui, et surtout du nid du phénix*

Hérodote dit bien en effet qu'on les fait tomber do hids d'oiseaux ; et c'est une fable fondée sur les nonis mêmes de cinnamome ' et de canelle , en hébreu qnith et qne , noms approchants du mot qnim , qui signifie nô/f. Mais Pline lai prête , par une bévne qui est à lui, de les faire tomber du nid du phénix * en particulier, Hérodote dît seulement que c'est des Phéniciens que le» Grées ont prîs le non! de ciiinamome ; Pline a pris les Phéniciens pour le phéùit. On sait , pour l'observer en passant , que la langue des Phéniciens ressembloît beaucoup à celle des Hébreux ; c'est pourquoi je cite des mots hébreux comme phéniciens.

Je pouiTois citer bien d'autres fables qui portent stir des noms mal interprétés. J'en ajouterai seulement encore une qu Hérodote rapporte sans la croire '. Il parle de peuples situés dans le mont Caucase , qui avoient des pieds de chèvre. On ne'devineroît pas que ce sotit les Cosaques ,'qui des environs du Caucase , où il y en a encore , se sont étendus jusqu'aux frontières de Pologne. Koza en Polonois , signifie chèvre ; et le nom. des Cosaques peut fort bien en venir, parce qu'ils sautent en effet comme des chèvres.

On voit comment un seul nom mal pris , peut occasionner des fables touchant des peuplés étrangers, dont on n'entend pas bien la langue. Combien d'autres sortes

' Oip cmnàmomum; HSp casîa; O^^p i^ài, * Hérodot. 3. iii.HjxcTç, à'ir^ ^otvtxuv ^mc^ovIcç , xtvvocfAUfjiov xa^/ô— fUy. ^o^tnv èï rbùçopyi^'aç I; veocrd'cât;..'...

J»îlÉLIMlWAinKS. 5l

de bévues peuvent faîl% des écrivains quî se tnêlent d'eu parler , de traduire leurs livres , d'écrire leur histoire saus être assez insti*uits ?

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