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XI. Difficulté de traduire ancienHemeiit les livres hébreux

S'il est aisé de se méprendre dans une histoire étrangère^ surtout loirsqu'elle est ancienne, et qu'on n'entend pas bien la langue ; beaucoup plus les méprises étoient-elles communes , et presque inévitables pour des étrangers en voulant traduire des livres hébreux , et d'autres langues semblables.

D'abord , le style des anciens livres hébreux est extrêmement concis et serré , -quelquefois figuré comme celui de tous les Orientaux, tes idées de l'Ecriture ont d'ailleurs une hauteur et une profondeur souvent bien éloignée de la portée d'hommes charnels tels qu'étoient les païens.

De plus en hébreu , un mot exactement le même , à

* Ifërodot. 4« ^2. KpV}VTi... iovov mxpit,.. xtpvf t^v T^avcy... xa7oi it • Trrv £Mv»¥ .yXnaawy I. po» ilou .

36 OBSERTATIOWS

ne prendre que les signes ou les lettres , c'est-à-dîrè , sans points, comme il paroît qu'on a long-temps écrit; un mot exactement le même pour les lettres , a ordinairement diverses significations , souvent m.ème en très^grand nombre , en sorte qu'il faut avoir beaucoup d'usage et de discernement pour choisir juste la signification précise qui convient à l'endroit qu'on lit.

Qu'on se représente des écrits avec grand nombre d'abréviations , telles que les étudiants en emploient lors^ qu'ils écrivent sous la dictée de leur professeur. A combien de méprises sur ces abréviations, ne sera pas exposé un lecteur qui n'y sera pas initié , surtout si «'est une langue étrangère pour lui, etqu'il n'ait pas bien apprise? Il en estàpeuprès commedès inscriptions anciennes, ou des légendes de médailles sur lesquelles on ne se méprénoît pas plus dans le temps et dans le pays mênae, que nous ne nous méprenons sur les Inscriptions de notre monnoie : mais on voit que les plus savants se trompent souvent aujourd'hui sur les monnoies anciennes, puisqu'ils s'accordent SI peu sur un grand nombre; et cela, parce qu'ils n'ont pas l'usage qu'avoieut les nationaux contempoi'ains.

Ceux qui n'en sont pas instruits , peuvent sentir cette difficulté de l'hébreu , tel qu'on . l'écrivoit ^uti'ef ois , par la manière dont je l'écris avec, nos caractères , en rendant seulement lettre pour lettre.

Si l'on est surpris d.e ti'ouver quelquefois des mots sans voyelle , le polonois est presque de même. Qu'on lise cette phrase que les Polonois proposent aux étrangers pour les exei'cer ; chrzonszcz chrzonszcziçi ugryzl wgrzhict , et on ne sera plus si étonné de cette manière d'écrire l'hébi'cu.

Ce n'est pas que je prétende que les Hébreux ne suppléassent point de voyelles en prouon^nt; mais je

PJIÉLIMIVAIRBS. 37

vois par les traductions, que les étrangers les ont dlversenient suppléées. La Version grecque et la Yulgate appellent Nabucliodonosor , le roi quç les hébraïsauts appellent Nebuchednesar, qui s'écrit en hébreu Nbuchdntsr. Les Arabes appellent Cabus , un des rois égyptiens qui opprimèrent les Israélites ; c est comme on verra , celui qu'Hérodote nomme Cliéops ; et Dîodore 9 Chembis ou Ghembès ; et tous ces noms viennent des différentes pi'ononciations du mot hébreu chab ' ^ qui signifie douleur, affliction.

c< C'est , dit un savant bénédictin * , une observation » qui a passé en règle parmi tous ceux qui sont versés » dans l'étude des langues anciennes , que le change-* M ment de quelque voyelle dans les mots qui ont été » portés en difTérents pays éloignés hs uns des autres, M n.'en apporte aucun dans la signification.. i>

C'est-à-dire que ce changement n'empêche pas que le mot ne puisse signifier la même chose, k Cette loi , M ajoute- t-il , a plus lieu dans les mots hébreux que » dans les mots des autres langues, parce qu'ayant été j> autrefois écrits sans voyelle, il étoit impossible qu'ils u sortissent, pour ainsi dire , du pays où ils avoient n été formés , sans que les peuples par la bouche des- >». q^uels ils passoient , altérassent le son et la pronon- » ciation qu'ils avoient dans leur origine. On a d'ailleurs là mille exemples de changements semblables arrivés H. dans les pays mêmes où les mots étoient nés ; et il M. n,'y a point de langue , soit morte , soit vivante ,. qui jt ne puisse en fournir un grand nombre. »

On voit en eflet beaucoup de pareils changements d'un dialecte d'une langue à un autre i par exemple ,

• 3KD doluit, dolor, etc.

* Mooaments «inguliersi pag« a83.

38 OBSÉKVATION»

de ITiébreti au caMéen ; et en grec , de rîonîcn au dorien oa à Téolicn. C'est la même chose dans les différentes langues dérivées de la langue latine ; dans les dt* Ters idiomes de Fallemand et de Fesdavon , et dans leé divers patois de nos provinces.

XIL Textes hébreux dlTersement traduits même dazu les versions

reçues.

On sera moins étonné que des traducteurs étrangers, idolâtres et très-peu versés dana l'hébreu , aient fait d'étranges bévues sur le sens des livres saints j quand on aura vu qu'il y a des textes divel^sement traduite, mèmi6 dans les versions reçues.

Il faut toutefois observer que les exemjJies que je pul$ tirer des versions admises dans l'Eglise catholique, de la Vulgate en particulier, ne renferment rien de contraire à la foi ou aux mœurs. Ce sont de ces choses qui, suivant la préface mise à la tête de la Vulgate ' même, dans l'édition de Clément VDI, ont bien paru devoir être changées , mais qu'on a jugé à propos de laissei* telles qu'elles sont, surtout par la raison queM^Bossùôt fait entendre *, lorsqu'il demande cf si de tant d'endroits n OÙ il y a de l'embarras, on en a jamais rétabli un seul » par raisonnement ou par conjecture. On a, dit -il, » suivi la foi des exemplaires ; et comme la tradition n^à » jamais permis que la saine doctrine pût être altérée; » on a cru que les autres fautes , s'il en restait , ne ser- » viroîent qu'à prouver qu'on n'a rien ici innové par » son propre esprit. »

» Pour ce qui est des versions , dit-3 auparavant ,

* Prxfat. ad Vul^at. Alia, quae'immutanda videbantur) coD8ult& immutata relicta sunt.

* Disc, sur l'Hist. unÎY., 9* partie 1 chap. a8.

PRÉLIMINAIRES. 5g

» est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, » que la langue de rÉcrîture soit si ancienne, qu'on eti » aitperdu les délicatesses-, et qu'on se trouye empéebé » à en rendre toute l'élégance et toute la force dans la n dernière rigueur? N'est-ce pas plutôt une preuve dé » la plus haute antiquité ?

p Qu'on me dise , a)Oute-t-il encore , s'il n*est pas » constant que , de toutes les versions et de tout le » texte , quel qu'il soit , il en reviendra toujours les » mêmes lois , les mêmes miracles , les mêmes prédic- » tions , la même suite d'histoire , le même corps de » doctirine, et enfin la même substance? En quoi nui-^ M sent, après cela , les diversités des textes? Que nous »> falloit-il davantage que ce fonds inaltérable des Uvrcs n sacrés , et que pouvions*nous demander de plus à la » divine ^providence ? »

Après nous être prémunis des réponses de ce grand homme aux objections qu'on pourroit faire , ne ci*aignons donc point de faire observer des diiférences dans les versions même reçues des livres hébreux*

XIII. Diversités qui proyieDoent de la ressemblance de ccrEaines

lettres en hébreu.

On avertit , comme je l'ai déjà dit « daiv toutes les grammaires hébraïques, de faire une attention particôr lière à bien distinguer certaines lettres qui se ressemblent , soit pour la figure , soit pour le son.

Comme D et R se ressemblent en hébreu p^iir la figure , les Septante dans le dixième chapitre de la Genèse ', onllvL Rhodanim, où laVulgate porte Z^orfa/MWî, conformément au texte hcbrcu.Dans le même chapitre *,

■ G«*ni»8. to. 4-

* Gcuc». lo^ k%, ■

4ô OBSERVATIONS

ils ont anssî mîs Dàsem où le texte hébreu porte Rsu, dans la Vulgate Resen,

Comme e et e *, c'est-à-dire He et Heth , se ressemblent , non-seulement pour la figure ^ mais aussi pour le son; dans le septième chapiti'e d'Ezécliiel ', où le texte bébreuporte/ie,qui signifie lamentation, la Vulgate traduit repos, sans doute parce que le traducteur a lu né, qui signifié en effet repos. La version grecque porte horaïsmos •, qui signifie beduté, parce que le traducteur aura lu nid, qui signifie beauté. Sanctès-Pagnin , dan^ sa version latine faite sur Thébreu , et imprimée avec les notes de Vatable , traduit lamentation.

Je pourrois, s'il en étoitbesoin^ citer beaucoup d'autres exemples d'interprétations différentes occasionnées par là ressemblance de quelques lettres en hébreu.

Xiy* Interpréttitioxia difilërentes oocasioxmë«a par la reAsemblanoe

des mots.

n se trouve aussi beaucoup d'interprétations différentes occasionnées par la^ ressemblance de quelques mots hébreux, qui font cependant un sens tout. différent; ou par les divers sens dont un même mot est susceptible , surtout lorsqu'il est écrit sans points.

Dans le Cantique de Débora , qui se tax)uve au livre des Juges , ces mots hébreux ' ibér aleim édxim, sont traduits dans la Vulgate * , noi^a bella elegit Dominus , le Seigneur a choisi de nouveaux combats ; dans la version grecque, Hérethisan theous cainous , ils ont choisi de nouveaux dieux.

' n3 lanientatid ; HiS relies; >13 pulchritudo. Ezëciiiel 7* ix^ £t non erit reqaies in eîs.

^ Ibid, Ov^c wpafo'fAo; <v «uto7(.

^ Judic. V. 8. Nova bella elegit Dominas. Hpf'^torav ^lovç muvovçw

PUÉLIMIN AIRES. 4l

Cette différence d^interprétation vient sans doute de laressemblancedumot/em S qui signifie guerre,coinbat, avec le mot aleim, qu'on prononce Elohim, et qui signifie Dieu , tant au singulier qu'au pluriel ; car c'est le sens qui le détermine*

Autre exemple sur le même mot lém, et dans le même verset.

j4z lém xdrim • est traduit dans la version grecque^ édition de Grabe ^ H6s arton crithinon , comme du pain d'orge; dans la Vulgate, et portas hostium ipse subpcrtit^ il a renversé les portes des ennemis, Sanctès-Pagnin traduit , tune hélium fuit in portis > alors la guerre fut aux portes.

On voit le même mot lém pris^ dans la version grecque , pour pain ; dans la Vulgate , pour renverser ; dans Sanctès-Pagnin , pour guerre. C'est qu'il est en effet susceptible de ces diverses significations.

Le mot xdrim * est pris pour portes et pour orge , parce que xdrim , portes , et xdre , orge , se ressemblent.

Combien d'autres exemples d'interprétations différentes pourrois-je tirer de ce seul cantique de Débora , ainsi que du chapitre de la Genèse, qui contient les bénédictions de Jacob à ses fils? On verra, dans cet ouvrage , la traduction singulière de ces bénédictions de Jacob , de la façon d'Hérodote , ou plutôt des Égyptiens qu*il avoit consultés , ou de ceux qui leur avoient Êiit leur histoire extraite de l'Histoire Sainte.

Jacob , comme on sait , mourut en Egypte , et y fut le père d'un peuple considérable. C'est pourquoi il n'est

• OnS. BeUum ; t=î>nSK Deus , Diî.

• onyip tsnS îk Judic. v. 8, »« opiov %piâiwv.

* C3nyi27 port» , rtnyiP hordeum.

42 OBSERVATIOWS

pas étonnant qu'il se trouve dans cette histoire, et qu'il y soit même un des personnages les plus distingués.

On trouvera aussi dans une auti'e partie , la traduction du Cantique de Débora , de la façon des Grecs ou de leurs interprètes* Il a même servi de germe à un de leurs plus beaux ouvrages y et je le prouverai , tant par le rapprochement du Cantique et de l'Iliade d'Homère , que par des témoignages de leurs historiens ; car Débora ^ sous le nom de Daphné ou Phémonoé , est la pre«> mièse de leurs Sibylles , qui avoit fait des vers singu- Iiéi*s , dont Homère avoit beaucoup profité. Les noms gi^cs Phémonoé et Daphné, ne sont même que la traduction de celui de Débora , femme de Lapidoth , ou , comme d'autres l'entendent, qui avoit soin des lampes du tabernacle. C'est ce que je développem et prouverai dans les mythologies.

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