‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 62 sur 114 · II. Menés fut le premier des hommes qui rëgna · texte numérisé non relu

II. Menés fut le premier des hommes qui rëgna

C'est , suivant Hérodote % et plusîeui's autres historiens, ce que les Egyptiens disoient positivement, que Menés étoit le premier homme qui eût régné , ou , pour traduire mot à mot, qu'il avoit régné le premier des hommes.

Ce premier roi d'entre les hommes se rapporte parfaitement à Noé , qui fut en effet comme le premier roi après le déluge* Etant le chef de la seule famille qui restoît , il en étoit le souverain naturel ; tous ceux qui naissoient éloient ses descendants, et dès^lors soumis à son autorité. Pendant trois cent cinquante ans qu il vécut encoi'e après le déluge, il vit sa famille s'étendre considérablement ; il vit naître M esraïm , le père des Egyptiens , et les fils de Mesraïm , et probablement encore d'autres générations. Ainsi les Egyptiens avoient raison de le regarder comme leur premier roi ; car ils n'on t point compté parmi les rois mortels les patriarches antérieurs au déluge. C'est surtout de ce qui est anté-

' Herodot. a. 4* BoenXivoiat èï irpwlov Mpénwf tXtyov Vnfct,

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rieur à cette époque , comme je le montrerai dans leur mythologie, qu'ils avoient formé, long-temps avant leur histoire , les dieux et les demi-dieux , qui , selon eux , avoient auparavant régné en Egypte. On en a déjà vu quelque preuve dans ce que j'ai dit du dieu Cneph , qui étoit le Démiourgos , ou le Dieu Créateur , représenté avec des ailes , pour marquer son activité , comme nous représentons les anges. J'ai pareillement indiqué l'origine de leur dieu Phtha , formé de l'œuf , c'est-à-dire , du monde divisé en deux. Les Grecs , sur quelque ressemblance du nom, ont pris Pbtha pour Hephœstos, ou Yulcaln , quoique l'Hepbaestos ait une autre origine , comme on le verra dans les mythologies.

Le nom de Menés ^ Mines ^ ou Menas, est^ comme je l'ai déjà observé , le nom même de Noé , en hébx*eu né , qui signifie repos. M n'est qu'une lettre servile au com* mencement du mot , comme dans mnèê dérivé de nue , qui signifie également repos. Comme les mots hébreux Ont été d.iversement prononcés , du seul nom de mnéé , on trouve trois rois formés de suite , dans le livre Juchazim , ou des généalogies , cité par Bochart % les rois Manchaeus , Menas et Méuachius. Les Arabes qui , d'après l'Ecriture ^ ont commencé par placer Mesraïm à la tête de tous les rois d'Egypte , prenant ensuite ces trois prétendus rois des Egyptiens , les ont mis à la suite de Mes^ taïm , quoiqu'ils soient formés du nom de Né , Nach , ou Noé ; ou du dérivé Mnéê , qu'on prononce Ménuchah .

Manéthon (dit que Menés étoit Thinite , c'est-à-dire, du nomedeThis. Dy avoitun nome Thinite en Egypte;

* Bochart Phaleg. 1. 4; c* ^B. Scriptam autem est in Historiis regain Arabiae primum AEgypti regem fuisse Misraïm filium Chami ;... septimum Manchxum, oclavum Menam, nonum Meaachium.

l8o MÉKÈS.

mais on peut bien douter que Menés , qui est Noé , en fût originaire.

Ce qui a pu engager Manéthon , ou ses auteurs , à mettre sous le nom de Thinites , Menés et tous les autres premiers rois des temps approchants du déluge , est probablement une très-ancienne altération du récit de l'Ecriture parmi les orientaux. Elle se retrouve encore dans les rabbins et dans TAlcoran ' . Us ayoient pris le theum *, ou Tabime d*où les eaux se répandirent , pour un thnur\ ou grand four. Peut-être avoient-ils commencé par interjiréter le theum, ou l'abîme d'où sortirent les eaux , un tsnur , ou conduit d'eaux ; et comme plusieurs cbangeoient le ts enth^ ils en ayoient fait un thnur , ou four. Les Galdéens font souvent ce changement de lettres. Les mahométans parlent beaucoup de ceTannour, d'où commencèrent, disent-ils, à sortir des eaux bouillantes. Les Egyptiens avoient pris ce Tannour , les uns pour l'embouchure du Nil > près de Tanis ^ les autres pour le nome Thinite. C'est pourquoi , comme Je le ferai voir ailleurs plus au long , ils avoient surtout horreur de l'embouchure de Tanis. Ils contoient qu'Osîris enfermé dans une arche ou dans un coffre , y avoit été jeté le dix -septième jour d'un de leurs mois , par Typhon son ennemi *. Typhon est le nom même du déluge , en caldéen tuphna ^, en arabe tufan. Le dé^

« Bibl. orient. Voy* Nouh al JYabi, — Gènes. 7. 11... Septîmo decimo die mensis, rupti sunt omnes fontes abyssi magnae.

* QirtU abyssQs ; *113I1 fumus ; Ti^TC canalis^ aqna dnctus.

' Plutarch. de Iside, tom. a, pag. 356. ï^v Tù^you.... ^i^ovâr ^upov àvlô» Tviv ^apvaxoc... ifnÇaivla t^v Oo-tpcy... p,c6c7yac Stk toû Tayaf— 7ixov ç'O^aloç tU "^y âaXavtTctif ^ % ^ik xovlo p.tory}7^y Içi,^ T«y1a ^\ icpa;(— 6v|y«t ^cyouffiy cv^opLY) 1^) J/xa fAvjyoç

^ K^âin tuphna, diluyium. Gènes. 7. it..... Septimo decimo

die mensis..... i3. In articulo diei illiua ingressus est Noé ia

arcam.

XiOé. i8i

luge commença en effet le dix-septième jour du second mois ; et ce même jour Noé se renferma dans Tarche*

Les Syriens, comme on le voit dans Lucien ' , avolent aussi une ouverture par laquelle Ils disolent que les eaux du déluge avolent commencé à se répandre ; et c'est probablement ce qu'Homère appelle le lit de Typhée cbez les Arimes ; oar Aram est la Syrie , et Typbée est encore Typhon , dont je parlerai ailleurs. La tradl7 tlon altérée des Egyptiens leur aura fait regarder comme Thinites tous les rois des temps approchants du déluge. Manéthon en compose ses deux premières dynasties.

Eratosthène dit que Menés étolt Thébinite * , ou du nome deThèbes. On va voir qu'Eratosthène aété un peu mieux fondé, quoique le fondement ne soit pas encore fort solide ; puisque tout porte sur la ressemblance du mot thbe^ qui signifie arche , et du nom de Thèbes , ville d'Egypte.

m. Toute l'Eg^rpte inondde , du temps de M^nès , excepte le

nome de Thèbes.

« Les Egyptiens , dit Hérodote ' , ajoutoient, que du » temps de Menés toute l'Egypte , excepté le nome de » Thèbes , n étoit qu'un marais. »

C'est dire équivalemment que tout le pays étoit inondé , submergé; en un mot, que toute l'Egypte étoit couverte d eau ; et qu'il n'y avoit que le nome ou canton de Thèbes qui ne le fût pas.

" Lucian. de deA 5yr&.

* Syncell. pag. 91. Ilpuloç /ffavTXfvny Vlitm Oviffiytlnf Ok}^?os , S cpfiv)vevc7at A(oviO(.

' Herodot. a. 4* ^''^^ touIov, trHv «où 9iQ$afxov >0|uio\)y «Svay Âiyvirloy f7ycu «loç.

l8a MENES.

Hérodote a fait une très-belle dissertation sur ce témoignage des Egyptiens ; et nos philosophes à leur tour ont fait des raisonnements à perte de vue; ils en ont tiré des conséquences merveilleuses pour la prodigieuse antiquité du monde. Veut-on entendre sur ce point le Philosophe de l'histoire ' ? Voici ce que l'oracle nous dit dès son premier chapitre , où il avertit cependant de se garder bien de mêler le douteux au certain, et le faux avec le vrai.

ce Hérodote , qui ne ment pas toujours , nous dit sans » doute une très-jgrande vérité , quand il raconte que , w suivant le récit des prêtres de TEgypte, le Delta n'a- » voit pas été toujours terre.»

Il faut avouer que le Philosophe a un discernement admirable pour démêler entre les fables d'Hérodote les irès-grandes vérités.

Je ne m'arrête point à montrer l'impossibilité et même l'absurdité , que l'Egypte entière, excepté le nome de Thèbes , se soit formée peu à peu du dépôt du limon du Nil, comme Hérodote l'infère en raisonnant sur ce récit des Egyptiens ; ou qu'elle se soit découverte ou desséchée par la l'etraite fort lente des eaux de la mer, comnie le prétendent nos philosophes. Il est plus court de faire voir tout de suite sur quoi porte originairement le récit des Egyptiens.

Avec toutes les preuves que nous avons déjà que toute leur histoire , et celle de Menés en particulier, est un extrait de l'Ecriture plein de bévues, le dénoûment est très-simple ; je l'ai déjà indiqué.

L'Egypte qui , du temps de Menés, n'étoit toute qu'un marais , excepté le nome de Thèbes, c'est i dans le vrai,

* Philos, de J*hîst.) çh. i.

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non-seulement TEgypte y mais la terre entière , jjvli , du temps deNoé, fut toute inondée^ toute submergée par le déluge.

Et le nome de Thèbes, qui seul ne Pétoit pa9, c'est Farche , en hébreu thbe ' , qui seule se sauva du déluge* On peut voir dans le texte hébreu de la Genèse , que thbe y qu'on prononce thehah , est le mot constamment employé pour signifier cette arche.

J'ai déjà cité plusieurs exemples , et j'en pourrois citer mille autres, qui rendent croyable que les Egyptiens, sur la ressemblance du nom, ont transporté à leur grande ville de Thèbes ce qui regarde la thbe^ ou l'arche de Noé. Il est peu de nations qui n'aient , dans les commencements de leur histoire , des prétentions pareilles, et qui portent uniquement sur des ressemblances de noms. Il en est des origines des nations comme de celles des familles qui commencent à s'élever; celles-ci s'attachent souvent à la plus légère ressemblance de nom, pour s'enter sur d'autres plus illustres.

C'est dommage que, dans des temps moins éclairés , on n'eût pas encore découvert que le nom de Paris vient de Baris , qui signifie barque ou navire ; car on trouve Baris , dans quelques auteurs , pour dire l'arche de Noé; quelques-uns de nos historiens des siècles d'ignorance eussent faithonneuràParis de quelques traits pris de l'arche de Noé, comme les Egyptiens , fondés sur le mot hébreu thbe , en ont fait honneur à leur ville de Thèbes. Toute la suite va en effet prouver de plus en plus que c'est la thbe^ ou arche de Noé , qui a fondé plusieurs de leui*s prétentions.

■ n3n aica, Gènes. 6, 7, 8.

l84 MENÉS.

.IV. Toute TEgypte étoit anciennement appelée Thèbea.

Cesl ce que dit Hérodote ' , qu anciennement TB^ gypte 8 appeloit Thèbes , qu'elle étoit toute comprise sous ce nom , dans une étendue de six mille cent vingt stades de circuit*

Comme il s'agit d'anciens temps , pour lesquels les Egyptiens paroissent n'avoir eu d'autres Mémoires que leurs extraits de l'Ecriture ; et que l'Ecriture ne dit nulle part que l'Egypte ait été toute comprise sous ce nom de Thèbes ; on peut encore voir que ceci est pris de la thbej ou de l'arche deNoé confondueavec la Thèbes d'Egypte.

Non-seulement toute l'Egypte, mais encore toute la terre, c'est-à-dîre, tout ce qui devoit la repeupler, se trouva dans un sens très-vrai, compris sous le nom de thbe , puisque tout se trouva réduit à l'arche qui renfermoit Noé et sa famille , avec les différentes espèces d'animaux qui ne pouvoient pas vivre au milieu des eaux du déluge. Aussi les Egyptiens ne manquoient-ils pas d'ajouter, conune on va le voir, que les premiers

hommes et les premiers animaux étoient sortis de Thèbes.

Tout ce qui devoit peupler l'Egypte , ainsi que le reste de la terre , s'étant trouvé concentré dans Tarche , en hébreu thbe; les Egyptiens avoient donc quelque raison de dire que toute l'Egypte avoit été comprise sous le nom de Thèbes ; car il ne paroit pas qu'elle l'ait été autrement. L'Ecriture l'appelle presque toujours Mesraïm ; les orientaux l'appellent encore Mesr ou Misr. Elle se trouve appelée dans les Psaumes , terre de Cham,

K^ ktptiulpùv çv^tot ii<xi JU09C xttt jxa7oy xa} i^ouf^x^Xtoi.

iroÉ. i85

parce qu'elle fut du partage de Cham , père de MesraYm; de là vient le nom de Cbémia ' , dont Plutarque fait mention.

Les Grecs , pour le dire en passant, lui ont donné le nom d^iEgyptos, ou d^Egypte, en traduisant le nom du Nil ; en hébreu xiéur, qui vient de rcér, noir • ; parce que le limon de ce fleuve est noirâtre , comme le dit Virgile *• Homère appelle jEgyptos le fleuve même * , ce qui signifie de couleur de vautour, et revient à xiéur^ ou noirâtre. De là le nom chez les Grecs s'est étendu à tout le pays ; mais que toute l'Egypte ait jamais été ap* pelée Thèbes , je n'en vois d'autre raison que celle que je viens de dire. Tout ce qui suit vient à 1 appui.

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