V. Les Thébaina se disoient les plus anciens des hommes
Les Egyptiens en général vantoient beaucoup leur antiquité; mais entre les Egyptiens, c'étoient ceux de Thèbes , suivant Diodore * , qui se donnoient pouf les plus anciens , puisqu'ils disoient être les plus anciens de tous les hommes.
Cette prétention des habitants de Thèbes en particulier est upe nouvelle preuve de ce qu'on a déjà vu , que sur la ressemblance des noms, ilsavoient pris pour leur ville de Thèbes ce qui convient à la ihbe , ou arche deNoé.
La thbe^ ou arche de Noé , porta en effet dans son sein les pères de tous les hommes , et par conséquent
* Plutarch. de Iside. Etc t^v Afyvirloy X'^* icodoÛ9i«t
* 'VIVO niger ; "nn^ï^ Nilus.
s Et Yiridem iEijptam nigra faoundat areni.
VlaoïL. Gêtrgé 4* s^l*
^ Alyoteioç , veteiibus vultiir.
* Diodor. lib. i^ n. 3a« 0{ êï &vi&uot çcevtv iafAo\fi à^j^mo'h'^^^ ity«t iravittv Mpamuf.
iS6 MÊNâs.
les plus anciens de tous , du moins à dater du déluge , qui fut comme un renouvellement du genre humain.
VI. Grand navire f dç près de trois cents coudées de long , construit à Thébes.
. Une preuve assez frappante que les Egyptiens , sur la ressemblance du nom, ont transporté à leur ville de Thèbes ce qui convient à l'arche de Noé , c'est que voici cette arche inême qui s'y trouve transportée « avec ses dimensions , ou peu s'en faut.
Diodore i*apporte ' qu'on avoit construit un grand navire de bois de cèdre , de deux cent quatre-vingts coudées de long, doré en dehors et argenté en dedans , et qu'on Favoic consacré au dieu le plus honoré à Thèbes.
Diodore attribue la construction de ce navire au fameux Sésoosis ; mais , comme on sait déjà , et qu'on verra de plus en plus , quel est le vx'ai Sésoosis , ou Sésostris; on peut tenir pour certain que ce navire n'est pas de lui , à moins que Jacob ou ses descendants n'aient voulu faire en Egypte une représentation de l'arche de Noé*
Les auteurs de l'Histoire universelle composée en Ânglois , obsei'vent * , « que ce navire doit avoir sur- » passé en grandeur et en capacité les plus considéra- ■> blés de nos vaisseaux modernes , leur Royal-Souvett rain n'ayant en longueur que cent soixante-quinze » pieds sur le second pont, et qu'environ soixante-dix B pieds de largeur. »
* Diodor. 1. a, n. Sy. Éyocviroyioaralo it xa\ Tr)o7ey x/^ptvov , t^ ft^v liTixùq tmx^* ^cocxotftuy xac hyioinxoiila , t^v ê^iifi^dutwf <xoy rnv fùv
"Uist* univ. trad. tom. i. p. ^|ijj.
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Je croîs pouvoir dîre de plus, qu'on ne trouve dans l'histoire d'autre exemple bien constant d'un navire de cent quatre-vingts coudées de long, que la thhe^ ou l'arche queNoé construisit par Tordre et sous la direction de Dieu même. Cette arche fut construite pour une raison unique, et qui ne se répète point. Ajoutons que les Egyptiens, dans ces premiers temps , ne paroîssent pas avoir beaucoup pensé à construire des navires, parce qu'ils n'aimoient pas la mer. Un philosophe ' moderne va même beaucoup plus loin ; il prétend que le bois de construction leur manquoit absolument ; on verra ce qu'il en dit à l'article de Sésostris*
La thbe^ ou Tarche de Noé * avoit trois cents coudées en longueur. Les deux cent quatre-vingts coudées que les Egyptiens donnoient à leur grand navire de Thèbes, sont une mesure bien approchante. Encore les savants peuvent examiner si ce qui semble une différence n'est point plutôt une évaluation que les Egyptiens auront faite des coudées des Hébreux , relativement auat leurs , peut-être un peu plus grandes. M. Maillet, consul au Caire, danssadescription.de l'Egypte, prouve , par ses observations , que l'ancienne coudée Egyptienne étoit du moins plus grande que la nôtre.
Le navire de Thèbes , suivant Diodore , étoit de bois de cèdre. La thbe , ou arche de Noé ' , suivant le texte hébreu, étoit de bois de gopher ^. Le paraphraste cal-*déen l'interprète bois de cèdre; les interprètes égyptiens ont bien pu l'entendre de même. Si c'est la vraie signi-
' Hecb. philos» ftnr 1m Egyptiens.
* Gènes. 6. i5. Trecentnrum cubitortim erit longitudô arcie. ' Gènes. 6. 14 , trad. de Sanctés-Pagnin. Fac tibi arcam è lignis Gopher.
*♦ 131 gp'^fj «sedri species. Voy, Buxtorf.
l88 MÉNÈ8.
'fication du mot hébreu , les Egyptiens Tont bien rendu; si c'est une méprise, les Egyptiens ont élé aussi capables de la faire que le paraphraste caldéen*
Qu'ils aient attribué la construction de ce superbe navire à Sésostris, comme au plus grand de leurs rois; c'est une méprise conséquente à l'idée qu^ils s'étoient formée de la magnificence de ce prétendu grand conquérant*
* Le navire étoit , selon eux , doré en dehors, .et argenté en dedans. L'arche de Noé fut aussi, suivant l'Ecriture , enduite en dehors et en dedans ' ; ce ne fut à la vérité, qu'un enduit de poix ou de bitume; mais comme les Egyptiens nemontroient pas le navire à Dio^ dore , ils étoient maîtres de l'embellir dans leurs récits* On voit du moins qu'ils n avoient pas tout imaginé ; et que si jamais pareil navire fut construit à Thèbes en Egypte, c'est que cette ville, en imitant la thbe ^ ou l'arche de Noé , aura voulu se faire des armes parlantes.