VII. Colombes qui s'étoient envolées de Thèbes
Un trait qui prouve encore combien ce que VEcrîlure dit de la thbe , ou de l'arche de Noé j a servi aux Egyptiens pour composer l'histoire de leur grande ville de Thèbes , c'est le fait rapporté par Hérodote • , que deux colombes s'étoient envolées de cette ville en différentes contrées.
Il est aisé de voir ' que c'est la colombe que Noé fit
* Gènes. 6. i4*** Bilamine Unies intrinsecùs et ezfrînsecàs.
* Herodot. a. 55. Tàc ê\ AwJwyduwv tpaicrï al «popavîuc, juo wXtta/iaç
' Grenès. 8. 8, trad. de Sanctès-Pag^n. Emisit qnoqfoe columbam à se f ut yideret an allevata essent aqos » in superficie terra.
—- io. Vulgat Rursùm dimisit colombam ex arca. Hebr. nUA
Tbbc.
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envoler par deux fois de sa thhe^ ou de son arcbe , pour s'assurer, ayant que d'en sortir lui-même, que la terra étoit à sec.
Hérodote cite à la vérité les prophétesses de Dodone; mais les Grecs, et ceux de Dodone en particulier; comme je le ferai voir ailleurs > avoîent aussi pris et al-^ téré des traits de l'Ecriture. Je puis observer en passant que la mythologie , suivant Plutarque *, faisoit mention d'une colombe queDeucalion a voit fait sortir de son arche , et qui lui avoit annoncé le mauvais temps en rentrant , et le beau temps en s'envolant.
On a déjà vu que le nom de Deucalion est le nom même de Tîoé traduit en grec. Avec cette clef, le rapport est aisé à reconnoître. La colombe qui , en rentrant , annonça le mauvais temps à Deucalion , c'est ^ la colombe qui , en rentrant dans l'arche , fit connoître à Noë que la terre étoit encore inondée ; et la colombe "qui , en s'envolant , annonça le beau temps , c'est la colombe qui , n'étant plus revenue à l'arche, fit connoître que la terre étoit à sec.
Hérodote ' dit qu'une des colombes qui s'envolèrent de Thèbes , alla se percher sur un hêtre , à Dodone , où elle parla d'une voix humaine , et fonda l'oracle. Si Hé* rodote avoit été mieux instruit, sans Têtre encore assez,
■ Plutarch. de solertia anîmalium, tom. II, p. 968. Oi fx<y ovir
7cyca6at , ^^ecpjvoç p.èv , civu ira^ty êy^vop.cyiQy , ivêiuq $€ , âiroTrlào-ay. ' " Gènes. 8. 9... Rerersa est ad eum' in arcom s aqcfae enim erant super universam terram. ' '
ia... Ëmisit columbam, quae non est reyersa ûUrà ad enm.' i3...£t aperiens Noë tectum arcaB,' aspexit'^ yiditcpe quèd exsiccata esset superficies terrée.
.' Herodot. a. 55. Ttiy <^^ moipàt9f{aç imiktàQatu 1 ÇofuVyiv J^py lir»
190 MÉnÈS.
ilauroit ajouté que cette ccdombe avoit été le père des Gi'ecs»
Pour entendre ceci, il faut se rappeler que le père du peuple Grec , nommé parmi les descendants de Noé , est Javan ' , en hébreu lun , dont un des fils fut Doda**nim. Dodone étoit du côté de la mer appelée Ionienne^ voisine du golfe Adriatique.
Les Grecs, à cause de la ressemblance des noms, avoient confondu leur père lun avec /une , qui signifie colombe ^. G'est pourquoi ils disoient qu'une des co* lombes étoit allée à Dodone*
La colombe de Noé lui apporta luie feuille ou petite branche d'olivier dans son bec , pour lui annoncer que tout commençoit à renaître , que le déluge avoit entièrement cessé. C'est de là, pour le dire en passant, que l'olivier, chez les anciens , a été un symbole de paix.
Mais il y avoit plusieurs versions parmi les anciens , comme Hérodote lui-même nous le dit au sujet des co^ lombes.
Les mots hébreux, dont il s'agit sont ^ dle-zith trph bphie , mot à mot, une feuille enlevée d'olivier dans son bec.
Le mot a/6 ^, qui signifie feuille, ressemble à ale^ qui signifie chêne. Ou sait que la fable parle beaucoup des chênes de Dodone ; Pàusanias ^ dit que le chêne de Dodone étoit un des plus anciens arbres de la Grèce ; on voit qu'il a raison. Il y joint l'olivier de la citadelle
' Gènes. lo. 4* Fifii antem Javan : EIîm et T^rsii , CetUiûn et Dodanim.
* p> Javan, T\Xï^ colamlia.
» Gènes. 8. ii. ^03 f)^^ Xy^mhv*
^ rny folium; rt/ftC quercus» ilex.
^Pausan. 1* 8» p. 49^*** ^ ^* à,w$iirp ifiçy xcà iXatia xl "h h Axfo*
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d'Athènes; aussi le mot zitli vleat-îl Immédiatemeot après die , que les Grecs ont pris pour cbéne* Mais tous les interprètes n ayoient pas également trouvé le chêne et l'olivier* Quelques-uns réunissant les deux, en faisoient un arbre dont le gland étoit plus huileux , plus doux , plus nourrissant, tel que le hêtre. Aussi Héro* dote met-il un hêtre à Dodone , sur lequel la colombe se reposa*
Gomme le mot phe signifie bec et bouche, et que le mottrph signifie enlever et nourrir; quelques-uns donnoient du gland de chêne ou de hêtre pour nourriture aux premiers habitants de Dodone ; mais la version qu'Héi*odote a suivie, au lieu de mettre cette nourriture dans la bouche des premiers hommes SHorde ou de Grèce , a donné une bouche d'homme à \iune , ou à la colombe. Hérodote dit qu'elle parla comme un homme*
Je n'entre point ici dans le détail de la fable de Do«doue. Ge que j'ai déjà dit dans le rapprochement gé-^ néral, du motiiu^', qui signifie vase d'airain, peut faire entrevoir d'où venoient les chênes d'airain qui rendoient des oracles à Dodone. Dodanim ^ fut père d'un peuple errant ', au nord de la Grèce , d'où les Teutons peuvent fort bien venir ; leur d et leur t se confon-^ dent souvent ; et leurs prophétesses ^ avoient aussi des ceintures et des vases d'airain ; les Gimbres , po^r marque de leur respect , en envoyèrent un à Auguste.
Du reste , je ne suivrai point ici leur marche dans de
■ ^n abcnum.
• D>3TÎ Ddnim, Dodanim.
' mt vagari.
^ Strab. 1. 7. IIpo/Aaty7e(ç tcpctat... Çwofut ^^oJlxovy f;)(0V9ai xpa7v)pa
19a MENÉS.
vastes forêts, ni celle de Tautre colombe d:e Thèbes , qui alla fonder Toracle de Jupiter Âmmon. La forêt noire dont j'ai vu des restes en Allemagne, en Hongrie et en Pologne , avoit encore du temps des Romains soixante journées de chemin en longueur. Les sables de Lybie , où étoit l'oracle d'Âmmon , ne sont pas moins redoutables. Remettons le voyage à un autre temps.
Je puis néanmoins faire observer en passantxombien TaUëration du récit de ce que fit le père commun de tous les peuples , dans un événement aussi frappant que le déluge , ajm influer dans les superstitions des païens. On sait que les colombes étoient particulièrement respectées en Syrie et en Assyrie. J'en ferai voir la raison en dévoilant l'histoire de Ninus et de Sémiramîs , qui tient encore en partie au déluge. La mère de Sémiramis, Derceto, s'étant laissée corrompre, se précipita dans un lac , et fut changée en poisson. Je ferai voir que c'est une altération du déluge , envoyé pour punir une race qui avoit corrompu sa voie , drcka '. Le corbeau , dont il est aussi mention dans le récit du déluge , étoit consacré chez les Grecs au dieu des augures. On a peine à concevoir que les Romains aient fait dépendre leurs résolutions les plus importantes des oiseaux qu'ils consultoient avec la plus grande attention. Les Egyptiens étendoient leur culte à toutes les espèces d'animaux : on en a beaucoup cherché les causes ; l'article suivant nous en donnera une; car ily en a encore d'autres, que j observerai à mesure que l'occasion se présentera.
* Gènes. 6. la. Omnis quippè caro corruperat yiam suam......
— "tlt drch^ via.
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VIII. Le« animaux , suivant les Ef^ptiens , formels d*abord en Egypte ; leur preuve tirée du canton de Thébes.
On a déjà vu ' que les Thébaîns d'Egypte se donnoient pour les plus anciens de tous les hommes ^ et que leur prétention venoit originairement de ce qu'ils s'étoient approprié ce qui convient à la Uibe , ou à l'arche de Noé, laquelle fut en effet comme le berceau du genre humain , à dater du déluge.
Les Egyptiens pretendoien t • pareillement que c'étoi t dans leur pays que les animaux s'étoient d'abord foimés , et la preuve qu'ils en apportoient étoit tirée du pays de Thèbes. On y voyoit, di soient-ils , se former en certain temps de si gros rats ^ et en si grande quantité , que ceux qui les voyoient en étoient étonnés. Le plus étonnant , c'est que quelques-uns de ces rats commençoicnt à se mouvoir, n'ayant encore que le devant du corps formé jusqu'à la poitrine, et le reste n'étant qu'une boue informe.
Les physiciens conviennent assez aujourd'hui qu'il n'y a point d'animaux qui s'engendrent ainsi de la terre ou du limon. Les Egyptiens n'avoient donc jamais vu des rats se former de cette manière. Aussi disoient-ils eux-mêmes que cela n'arrivoit qu'en certain temps , et que c'étolt dans le canton de Thèbes ; ce qui les dis* pensolt d'en faire voir Îles exemples aux curieux , parce
■ Diodor. 1. 1 , n. 6. *aal toîvu» Aryu-w^lcot xa7« t*)v «5 ApX^$ ^* Z\tù'9 y/yco-(v Trpulovç àvOpuTrovç ycvcoOat xala r^y KlyMitlow,
• Diodor. ibid. T^ç i*cÇ àpx''î '»f«p*âv7otç Çeo^yovta; Texftviptoy irct— pwvîat tfipsiv^ x6 xal yvv cv t^ Ovi^af^t X'^P? ^^^f^ Ttvaç xacpovç Toaov7ovç xal TV}}ltxov7ouç fjivf ytyyâlv , éiçt tov{ liovlaç x)> y(vo|Acyoy txisXvi'tUaOat. eytovç yap àvlSv ttaç pic y tov çiqOovç xal vSv ifi'KpooBttùf itoiSv êtaltlumiv^ Oat , xa) x(vt}0-ty ^apSavecv, to S\ Xoctt^v toû (7u/Aa7oç fx'tv à^ta7v'Trcii7ov , fuyov9i9ç fil xcûa ^vatv ffnç Sii'kov.
IQ^ MENES.
que la Thébaïde étx)ît moins à portée des étrangers, et que s'ils y allolent , on pouvoit leur dire, que ce n étoit pas le temps où cela arrivoit.
La chose étant impossible en elle-même , les Egyptiens ne l'assuroient donc pas pour l'avoir vue , mais parce que leur histoire la contoit; et leur histoire n'étoit encore en ce point qu'une altération de ce que dit FEcriture. La Thébaïde, où ilsfaisoient naître ainsi les animaux , en est une preuve , après tout ce que nous avons déjà vu ; car la Thébaïde étant im pays aride , où les animaux par conséquent dévoient le moins s'engendrer de la boue , si le fait d'ailleurs étoit possible ; les Egyptiens , sans quelqu'autre raison , n'auroient pas cité ce canton de préférence à tout autre.
Les Thébains , comme on l'a déjà vu , disoient être les plus anciens des hommes , parce qu'ils avoient pris pour eux ce qui convient à la thbe , ou à l'arche , où furent conservés les premiers pères des peuples. Dieu y fit aussi conserver les animaux pour en repeupler la terre. On voit sur quel fondement les Egyptiens disoient aussi que les animaux s'étoient d'abord engendrés dans leur pays , et pourquoi ils citoient la Thébaïde plutôt qu'aucun autre canton. Ils disoient la chose pour l'avoir ouï dire à d'autres; comme les poètes ont dit que les cignes chantent merveilleusement lorsqu'ils sont près de mourir. C'est une fable dont plusieurs savants ont recherché l'origine, que je n'aurois jamais devinée, si toute la suite de la mythologie grecque ne m'avoit amené à l'endroit même d'où elle est formée par une bévue , que j'expliquerai à sa place ; car , détachée du reste , elle ne seroit pas croyable.
Pour m'en tenir ici aux animaux formés d'abord en Egypte » et dans la Thébaïde en partiaulier ^ TEcritore