‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 65 sur 114 · NOÉ · texte numérisé non relu

NOÉ

dit ' que tous le^ animaux sortirent de la thbe , ou de l'arche. Les Egyptiens auront encore pris thbjB pour leur canton de Thèbes.

Dieu venoit de dire à Noé , en lui donnant otdre de faire sortir les animaux *, ce quHls rampent en terre , » qu'ils croissent , et qu'ils se multiplient sur la terre. »

lies Egyptiens auront entendu que les animaux commençoient à ramper en terre ^ dans ce sens , qu'ils ram^ poient étant encore à moitié terres C'est ce que les Egyp^ tiens disoient à Diodore, que les animaux commençoient à se mouvoir , étant encore en terre ^ ou ayant encore la moitié du corps composée d'une boue informe 9 qu'ils croissoient ensuite , ou achevoient de se former; qu'ils se multîplioient étonnamment, et qu'en certain temp^ on voyoit des rats en quantité , qui s'engendroient.ainsi*

S'ils ne parloient que de rats , c'est qu'ils avoient assez de sens commun pour ne pas citer de plus gros animaux ; la chose eût paru trop absurde.

Je puis de plus observer que le corbeau qui était auparavant sorti de l'arche , alla j suivant l'hébreu , mot à mot, en allant et en revenant , jusqu'à ce que les eaux fussent desséchées stti' la terre '.

' Le mot drb ^ qui si gnifie corbeau , signifie aussi amas , mélange de différents petits animaux. L'aller et le retour auront pu être entendus par les Egyptiens dans

> Gènes. 8. 19, trad. de Sanctès-Pagnia. Oimis beâtia, 6iniie reptile , et omne volatile , emne quod movetur super terram S6cundùm familias suas , egressa sunt ex arca* Heî>. Thbe,

* Ibid. 17 Repant in terra^ et crcstianti et nudtîplieeBtur

saper terrant.

' Gènes. 8. 7 , trad. cle Sanctès-Pagnin. Et emisil cenram , et egresaus est egrediendo et redeundo, doUec siecarentur aqua super terrain.

^ mHy corTUS , collavies animalium.

ce sens , que Tamas de petits animaux alloit ou ayançoit d'une partie du oorps , tandis que le retour , ou- le reste du corps , n'étoit encore que de la terre mouillée , ou de la boue.

On voit comment se sont formés des contes que rignorance populaire a ensuite appuyés. Je pourrois ajouter tles systèmes ; car celui d'Epicure , pris en partie de la cosmogonie des Egyptiens , vient originairement d^altérations semblables ; j'en parlerai ailleurs. On peut se rappeler les ruisseaux de lait que Lucrèce fait couler dans la bouche d'enfants qui se forment au milieu de la boue. Sémiramis , enfant , fut aussi nourrie par des colombes , qui lui portoient du lait dans leur bec; et le mot iune , colombe ', ressemble à iun , qui signifie lioue ; mais ceci trouvera sa place dans l'histoire des Assyriens , et dans les mytbologies.

Les Egyptiens s'étant mis dans l'esprit que tous les premiers animaux avoient été £Drmés dans leur pays , on doit être moins surpris qu'ils aient porté la superstition jusqu'à leur rendre un culte. Chaque contrée en honoroit une espèce particulière. Peut-être avoientils encore mal entendu le pacte que Dieu fit avec les honunes et avec les animaux ^, c'est-à-dire , la promesse qu'il voulut bien faille à Noé de ne les plus détruire par un déluge ; et Tordre qu'il lui donna de s'abstenir de leur sang.

Je puis ajouter que dans Idur mythologie formée bien antéiûeurement à leur histoire , sur des traditions

' n3V -colnmba ; tVcœnum, lutum.

* Geues. 9. 9, trad. de Sanciés-Pagnin. Et ego, eeoeego statuo pactam meam yobiscum...

io.«. Et cum omni animÀ vivente quae yobiscam, tàm iu volatili, quàm in jumentOi et omni besliâ terrae yobiscum, ex omnibus egressis ex arcâ ( hebr; Thbe), et omni bcslift terrie.

KOÉ. 197

altérées de la création , du délire , et des prodiges opérés en Egypte , ils disoient ' que les dieux étant en petit nombre , et accablés par la multitude et la méchanceté des hommes engendrés de la terre , s'étoient déguisés en animaux , et avoient par-là échappé à la violence et à la cruauté de. leurs ennemis.

Malgré les altérations*, dVutant plus grandes, que la mythologie des Egyptiens s'étoit formée sur des traditions plus vagues , on peut entrevoir que ces prétendus dieux sont Noé et ses eniants, qui étoient de la racç appelée dans FEcriture les enfants de Dieu *. Les hommes engendrés de la terre, sont les enfants des hommes, appelés aussi les géants '. Comme Noé et ses enfants furent conservés dans l'arche avec Içs différentes espèces d'animaux , les Egyptiens, dans leurs traditions altérées , disoient que ces dieux s'étoient confondus avec les animaux, ou déguisés en différentes espèces , et que par ce moyen ils s'étoient sauvés de la fureur de leurs ennemis.

Une nouvelle preuve, çest que le chef de ces ennemis des dieux étoît Typhon. Or, tuphna ^est le mot constamment employé par le paraphraste caldéen pour dire le déluge ; les Arabes l'appellent aussi tufan ; mais Typhon , dont les poètes ont fait un monstre ^ ^ est en

' Diod. 1. 1 , n. 54. ^CKff\ y2(p xovç t| àpjf^i yevofji/yov^ JSftovçy ôXcyouç

Opuitci»», op,otû>d^a( xt<rï 'tSif Çttov^ xat êihirciv xolovIou tpénov ^ta^uycT» T^v »p.o7v)7a xa) ^oiv àvlciîv.

* Gènes. 6. a. Filii Dei...

^ Ibid. 4* Gigantes autem erant 8u)peT lerram ia diebus illis.

^ K^âltd tuphna, tophana^ diluvium. Caïd. Parapb. Gènes. 7. 17, et alibi.

^ ApoUodor. 1. 1. TU^va fu/Aiy/AevnV t-^o^lcL ^v7tv , ouxïp^s %cà

3^prôv..... àtùi ^*y wç cT<}oy âv7bv lie* ivpavbv 6pp»|<,cyov, tlç A<yuit7o»

igS MENÉS.

effet un composé monstrueux de diverses parties ; du déluge, de la confusion de Babel, de la submersion dans la mer Rouge, et des autre3 grands désastres. Aussi les Egyptiens en faisoient-ils le mauvais principe, l'auteur de tous leurs maux. Ils lui donnoient trois noms , suivant Plutarque ' ; je les expliquerai dans les mjthologies.

Les Egyptiens , sur leur tradition altérée du déluge , étalât persuadés que les dieux mêmes s'étoient déguisés en différentes espèces d'animaux ; on ne doit plus être étonné de leur superstition à cet égard. Chaque canton respectoit particulièrement l'espèce dans laquelle il s'imaginoit que s'étoit confondu ou déguisé le dieu qu'il adproit. Il craignoit de s'attaquer au dieu même , en attaquant l'espèce qu'il avoit choisie.

Je donnerai encore d'autres raisons de cette superstition, soit dans cette histoire, soit dans les mythologies. Revenons à Thèbes.

IX' Leç Thébaîn« se rantoient d'avoir ëté les premiers à bien

compter l'année.

Hérodote * attribue aux Egyptiens en général cette prétention d'avoir été les premiers à trouver le compte ju§te ou la mesure exacte de l'année , en la divisant en jdouze parties , c'est-à-dire , en douze mois.

Mais Diodore nous apprend qu'entre les Egyptiens , c?étoient les habitants de Thèbes qui s'attribuoient cette découverte '. « Les Thébains , dit-il , se va4tent d'être

' Plutarçh* de Iside.

* Herodot. a. 4* Hpwlouç Àfyvir7^ov; Mpwttav â'irotvitty c^cvpcetv t^y tvioevTov, Suwêcxa p./peoi ^aaajxcvovç tuv wpcwy iç àv7oy.

' Diodor. 1. l ^ n. 3a. Ot et ôiq^oi?oi ^aa2y cavlovç dcpp^atoloTovç ctvate «rfléyloay àyOpoircoy, xoà «rap ico/loTç irptolotç i^tXoç«^f«y xt cvpv{(r6ae xat tviv

lir' àxptÇlç êiçpoïoytoLv lèioiç et xa\ râc icepï xovç fAviva; àvlo?; x«i xoh^

tytatxtlovq <)talc7«;(0at. xaç yop i^fiepocç ovx «youo-t x(xlk vtXinrniif àfXXhi xa^k voy ^toy y Tptaxoy7y}fjicpovç p.cy TtO/fuvot xoltç /Avjvaç.

Page 1