ES F1X*S DE NOÉ
les premiers liistx>riens se sont fait une liste de rois à remonter jusqp au déluge.
Ajoutons encore que sur les trois cent trente prétendus rois des Egy[)tiens , il n y en avoit aucun qui eût rien fait de mémorable ; ce qui est destitué de toute vraisemblance ; car sur trois cent trente rois , combien de caractères dtfierents? Groira-t-On que tous aient été également pacifiques , ou même oisifs , et qu'avec cela le trône se soit constamment soutenu ? Je pourrois encore faire d autres observations , mais je crois que oelles-là suSisent.
II. Gommeiit loa Egyptiens, de trois, ont fait trois cent trentcr*
J ai déjà dit dans les observations préliminaires, qucy suivant les Musulmans ' , « le nombre de ceux qui en- >} trèrent dans Tarche de Noé , étoit de quatre-vingts » personnes, quoique la Genèse n en compte que buit. » G'est que les Arabes *., dans leur calcul, ont mis un. zéro de trop , et de huit ils ont fait buitante ou quatre-^ vingts. Gomme Joseph expliqua le songe de Pharaon sur sept vaches et sur sept épis ^ en mettant encore un zéro de trop , ils ont dit aussi que Joseph parla septante ou soixante-dix langues.
Les Egyptiens n'étoient pas moins calculateui*s ; ils se vantoient même 'd'avoir inventé l'arithmétique y voyons comment ils ont. calculé , pour se faire trois cent < trente rois descendants; de Menés , des trois fils de Noé qui est le vrai Ménès^
On peut observer que ce nombre de trois cent trente procède par trois , car il est composé de trois dixaines
■ Bibl. orient. P^oy, Nouh al nabi.
' Kitab Xafaûr. Histr luâv. trad. ^ i« I, p. 5o5v,
*l8 SUCCESSEiruS DB MÈNES,
et de trots centaines, il a donc un double rapport au nombre trois , puisqu'il fait trois fois dix et trois fois cent.
. On peut encore observer que l'usage de procéder par dix en comptant, est commun à presque toutes les nations; ce qui est naturel , parce que c'est le nombre des doigts^ dont on se sert naturellement pour compter. Aussi le doigt, chez les Egyptiens ', étoit-il le symbole de l'art de mesurer, qui tient à l'art de compter.
De trois au décuple se forment trente , ensuite trois cents. Ainsi en hébreu ùclx , xlxim , xlxmauth ; en grec treis , triaconta , triacosioi; en latin très , triginta, trecenti.
Une preuve que les Egyptiens procédoîent ainsi par dix • , c'est qu'une ligne courbe au-dessus d'une ligne droite , signifioit chez eux, dix lignes planes ou de sur^ fece* Cette courbe au-dessus d'une droite , élevoit donc, pour ainsi dire , cette droite à en valoir, dix j c'étoit comme le zéro qui, ajouté à un chiffre , élève ce chiffre du décuple^
Gela posé, pour faire trois cent trente de trois , les Egyptiens n'ont eu qu'à élever trois d'un degré , ce qui fait trente ; et encore d'un degré , ce qui fait trois cents; ils auront fait trois cent trente.
Mais sur quel fondement ont-ils cru devoir faire cette élévation de deux degrés? C'est que par une bévue , ils ont cru trouver dans l'Ecriture, deux degrés d'élévation du nombre des trois fils de Noé.
Voici le texte hébreu ' : xlxè aie hni-né umale
' Hori| 1* 1 1 n. la. Ay6p<oirov <fax7vXo< «voc^elpvKriv v^uxtvtt, * Hori > 1* a ) n. a8. rpofxfiv) op6y} ^{a.y &fia ypo^^ui iicixtxctpji.ivvi , itxa ypafAp.ât; t'Ki'Ktêoiç <rv]pLatyt(.
LES FILS DB mot. aa^
nphtse 4:hl-€arts i mol à mot, îceux trois fils deNo«, et d'iceux a été peuplée ou multipliée toute la terre.
Or aie qui signifie iceux , ressemble à die ' , qui si* gnifie élévation ; et maie , qui signifie d'iceûx , ressemble à mdle^ qui signifie encoi*e une élévation. Les iiitei^ prêtes des Egyptiens ont traduit ; les fils dé Noé sont une élévation de trois, et encore une élévation. En conséquence ils ont cru qu'il falloit élever de deux degi'és le nombre des trois fils de Nôé, qui est leuB Menés,
Trois élevé d'un degré , fait trente ; et encore élevé d'un degré , fait trois cents. C'est comme avec nos chiffres ; 3 élevé par un o, fait 3o : et par deux oo, fait 3oo,. Trente et trois cents font trois cent trente , et c'est tout juste le compte des trois cent trente descendants de Menés. On voit que les Egyptiens se piquoient d'exactitude, même au milieu de leurs bévues. Ils ne sont pas les seuls qui aient fait de beaux calculs eu pure perte. Du moins si l'on ne prétendoit pas aujourd'hui calculer contre Dieu même, contre ses livi'es saints , la perte seroit moins grande.
Les Egyptiens se seront mépris d'autant plus aisé* ment , que cette longue suite de trois cent trente rois flattoit leur vanité , en appuyant leurs prétentions d'une antiquité supérieure à celle de tous les autres peuples. Du reste ils avouoient que ces trois cent trente rois n'a voient rien fait de mémoi*able, et mém^ tous ne les admettoient pas , comme on le va voir.
Hérodote lui-même ne lés nomme point. Si les Egyptiens les avpient dans un livre, comme il ledit, c'est qu'ils avoient pu leur faire des noms comme des statues.
' nSx isti; nhy pradus, ascensio; riT^O ^ îstis ; rtl^D gradua ; ascensio, locus supcrior.
a3q successeurs DB UÉnÈS,
Les premiers historiens de plusieurs nations modernes ont bien supposé des noms de rois à remonter jusqu'aux premiers descendants de Noé. Dailleurs ils avoient pu répéter le même nom autuit de fois qu'il leur ayoit plu, comme les Suédois ont compté douze Charles , quoiqu'ils n'en aient eu que six. De plus , j'ai déjà fait voir, et on le verra de plus en plus , comment les Egyptiens se sont fait tant de noms de rois ; ce sont souvent de pures indications des traits du même personnage , comme le nom de Tlas ou Tulis , qui signifie ravisseur, donné au roi qui enleva Sara , épouse d'Abraham. C'est ainsi que Manéthon a encore multiplié les successeurs de Menés, c'est-à-dire, les fils de Noé , quoiqu'il n'en compte que sept , qui , avec Menés , composent sa première dynastie. Les vrais noms de ces trois fils^ Sem , Gham et Japheth y ne laisseront pas de s'y retrouver,
m. Autres preuyefl de la réduotioa des successeurs de Méaés aux
trois fils de Noë«
Diodore ne compte que cinquante-deux successeurs de Menés jusqu'à Busiris , qui est le même queMyrîs , comme je l'ai déjà dit, et comme je le prouverai encore davantage.
Ce nombre de cinquante-deux, quoique bien éloigné de celui des trois cent trente d'Hérodote , est encore le fruit d'une bévue. Il est pris de l'interprétation, fautive des noms mêmes des trois fils deNoé, Sem, Cham et Japheth ; en hébreu ' , Xnty Em , Iphth.
En mettant Cham le premier, comme les Egyptiens l'ont pu faire, parce que c'étoit celui dont ils descen-
• nô> car. op»
LES FILS PE VOi. fl3l
dolent, les troisnoms sont " , Em , Xm^ Iphth. Qr ém 3cm ressemble fort au mot * emxi/n , qui signifie cinquante ; et iphth n'est pas éloigné du mot ' phth^ qui signifie fi-agment, division , et que les Egyptiens ont surtout entendu de la division en deux , comme je l'ai montré en parlant du dieu Phtha , ou de l'œuf partagé en deux.
Ces cinquante et deux font les cinquante-deux descendants de Menés suivant Diodore; lesquels se réduisent aux trois fils de Noé , puisqu'ils sont formés d'une fausse interprétation des noms mêmes de Çham , Sem , et Japhetb.
Ce n'est pas la seule fois que les noms de Sem , Cham et Japheth se trouvent traduits ^ , et mal traduits. Phi- Ion de Byblos , traducteur de Sanchonîaton , les a rendus en grec phos ^ pyrj phlox^ c'est-à-dire, lumière, feu et flamme. Ils se trouvent un peu avant Usoiis, qui est Noé lui-même, comme on l'a déjà vu; et parmi les descendants d'iEon et de Protogonus ' , la vie et le premier-né , qui sont Adam et Eve , comme je le ferai voir ailleurs.
Philon de Byblos aura interprété le nom de Sem , comme de ^ xmê , qui signifie luire , briller ; celui de Gham signifie cbaud; celui de Japbetb ressemble à iphdth , qui signifie splendeur. On voit aisément com«-
' Tlâ^ OlC^ On> Cham^ Senii Japheth.
a O^V^Drtt quinquaginta.
' Tld fragmentam.
4 Euseb. Priepar. , 1. i| c. lo. E^vi; fvtmit àir^ yWov; AISvùç xa\ IIptt>7oyoyov ytyyioO^you oaiBtç maî^otç J^mlovç ^ Ztç cTy«( oyo|xa7a , #»$ xa2 IIvp xac 4fXo^,
^ ÂiMv , yita , ut latine sevum. nid Heya; HTI vivere. Gènes. S. ao... Heva, e6 qu6d mater esset cuuctoram yîyentiam.
^ 00 Sem ; T\DV l^uâl, c]ai*uit. Qd Cbam ; calor. f)Qy Japhet; F)yQ> splendor.
;233 SUCGESSEUIii» DE MÈNES',
ment ce traducteur y aura lix)uvé trois choses qui vont si bien ensemble , le feu j la lumière et la flamme.
J'expliquerai ailleurs ces fragments de Sanchoniaton^ Passons aux successeurs de Menés dans Manéthon , où Ton va voir des vestiges plus sensibles des noms de Senv, Cham et Japheth , malgré les altérations auxquelles oq doit toujoui's s attendre.