‹ Histoire véritable des temps fabuleuxChapitre 76 sur 114 · IV. La première djaastie de Nanéthoa réduite à Noë et & seé · texte numérisé non relu

IV. La première djaastie de Nanéthoa réduite à Noë et & seé

trois fils.

La première dynastie de Manéthon commence par Menés '. On a déjà vu que c'est Noé.

Le second roi est Athothis. J'ai déjà dit qu'Athothis 'OU Athoth est ici le signe donné à Noé après le déluge , ou rarc-en-ciel. J'en ferai un article à part.

Le troisième roi est Cencenès. Je conjecture que c'est Cham , père de Canaan ou Chenaan , comme prononcent leshébraïsants. L'Ecriture * en fait mention immédiatement après avoir parlé du signe donné à Noé , et elle joint à son nom celte qualité de père de Canaan ou Chenaan. De Cham Chenaan on a pu par altération former Kenkenès.

beaucoup plus aisément encore a-t-on pu faire Cencenès de Cham Chna , en réduisant le nom de Canaan à Chna, comme le réduit Sanchoniaton. Afin qu'on ne doute point qu'il s'agit de Canaan, Sanchoniaton, ou son traducteur ' , ajoute que Chna fut le premier de ceux qu'on avoit ensuite appelés Phéniciens. On sait que les Phéniciens étoient Cananéens ou descendants de Ca« naan. Lorsque les Israélites conquirent la terre de Ca-

~ * Syncell. pag» Ô4 et 55.

* Gènes. 9. 18... Porro Cham ipse est patcr Chanaan. ^ £useb. Ffi^par. 1. 1 1 cap. 10. Xyâl toû «rp^loo fulono^oO/vloç

LES FILS DE WOÊ. a33

naan >, les Cananéens en conservèrent seulement un coin ou une extrémité,, d'où leur vint le nom de Phé«uiciens ou Phœni , ou Pœni ^ comme s'appeloient les Carlliaginois qui en étoieut une colonie '. P/ine signifie coin , extrémité.

Le quatrième roi est Vénéplaès. Comme Manéthon n'a pas suivi la même version qu'Hérodote , puisqu'il ne parle point des trois cent trente descendants de Mé^ nés ; les auteurs de sa version auront probablement fait le roi Vénéphès du mot * nphtse; il se trouve dans le verset qui suit immédiatement celui où il est mention de Cham, père de Canaan. Maie nphtse chl-earts i d'iceux a été peuplée toute la terre.

Aussi Manéthon dit-il ^ dans la note qui nous en reste, <jue sous ce règne de Vénéphès l'Egypte fut affligée d'une grande famine. C'est que ces auteurs auront pris ^ ma/e, qui signifie d'iceux, pour m/ee, qui signifie stérile ; et ils auront entendu que sous le roi Nphtse ou Vénéphès^ toute la terre , tout le pays d'Egypte fut stérile , et qu'il y eut conséqucmment une extrême disette.

Les mots qui suivent immédiatement auront encore favorisé leur idée. Ces mots signifient * Noé commença d'être homme de terre , c'est-à-dire , à cultiver la lerreç mais ne, Noé ressemble k^ ne qui signifie lamentation. La méprise est facile; les. hébraïsants traduisent lamen-*iation dans un endroit où la Yulgate 7 traduit repos.

' n^Ô aiiguluS) Êxtremîtas.

* Gènes. 9. 19. f nNtn'SD HM: nS^O*

* SynceU. pag, 55. 0yev«Vy)ç... ey* ov \iyî^<; x%iéx^tv nav ;(e»pay,

* nri/D Salsugo, terra sterilis.

* Gènes. 9. ao. Hebr. Cœpit aatem Noë vir berrae. ^ n3 Noë, quies; H^ lamenlatio.

7 Ezechiel 7. 11, Vulgat. Et non ent requies in eia. Saaclès- Pagnin'. Neo erit lameotum in eis.

a34 SUCCESSEURS DE MÈNES,

Les auteurs que M anéthon a suivis auront traduit : et les lamentations de Thomme de la terre ou du pays commencèrent, c'est-à-dire, le peuple se plaignitdesa misère.

Manéthon ajoute dans sa note que Vénéphès fit bâtir les pyramides de Cochome ' . Marsham • est fort embarrassé à trouver ce pays de Cochome, dont on ne trouve point de mention ailleurs* Je soupçonne que les auteurs de Manéthon se seront encore mépris sur les mots qui suivent immédiatement dans l'Ecriture ' , et il planta la vigne. Ils auront pris ^ chrm , qui signifie vigne, pour chchm, dont ils auront fait un pays, ne sachant ce qu'il vouloit dire ; et comme le mot qui signifie planter^ signifie aussi établir, fonder; ils auront imaginé qu'il s'agissoit d'un monument tel que des pyramides ; car c'étoit le goût des rois d'Egypte.

Le cinquième roi est ^ Usaphœdus , ou Usaphaës , suivant Eusèbe. Je soupçonne que ce nom est formé d'une indication du fait qui suit immédiatement dans cet endroit de l'Ecriture 7 ; c'est l'outrage fait à Noé par Cham son fils. On a déjà vu ce fait désigné par un hippopotame , symbole de l'impudence, qui souilla Menés ; éutspha ^, d'où sera formé le nom d'Usaphaës, en caldéen signifie impudent.

Le sixième roi est Miébidus. Comme il ne reste que le nom de ce prétendu roi , ainsi que du précédent , je n'en dirois rien si toute la suite parallèle des rois de

' SyncelL pag. 55. Ou7q$ ^otpdc f^x ^Ft^ "nytipt itvpct^Saç,

* Marsham canon, p. 46 > edit. Londin. 167a.

* Gènes. 9. ao. 0*13 yD> plautavit yineam.

4 013 yinea; Q33 chchm,

s y^y plantayity stabilivit.

* Synceii. pag. 55. Ôvaa^oms- ^ 7 Gènes. 9. aa.

* Kâ2fin impudens.

LES FILS DE THOÈ. a35

cette dynastie et des faits rapportés dans cet endroit de TEcriture ',. ne me faisoit conjecturer que Miébidus est formé d'une indication de la servitude que Noé prédît à Canaan , fils de Cham. MdBd * , d'où peut venir ce nom de Miébidus, signifie qui réduit en servitude. Avec les points on prononce Méébid,

Pour les deiu derniers rois de cette première dynastie , quoique les noms soient encore un peu altérés ; ils sont plus aisés à reconnoltre. Ces deux prétendus rois €ont Sémempsis et Biénachès.

Sémempsis diffère peu de ' xm ém iphth , Sem, Gham et Japheth.

Biénachès qui suit, esti bni rie , ou, comme on prononce , bene-noach, qui veut dire fils de Noé.

Manéthon , dans une note qui en reste , fait mention de peste et de prodiges arrivés sous ce prétendu roi Sémempsis ^.

Cette peste et ces prodiges sont formés de ^ xm ém iphtmal interprété. Les auteurs de Manéthon auront lu xmmCy qui signifie désolation, mal contagieux; et ipht^ qui signifie prodige. Smj; suivant Plutarque 7 , étoit un des noms de Typhon , l'auteur des désastres.

On voit surtout par les deux derniers noms de cette première dynastie de Manéthon , comment elle est formée, et on peut juger de la manière dont sont formées les

' Gènes. 9. a5. Ait : maledictus Chanaaa , aeryus seryorom erit fratribus suis. Hebr. OnSp 13? âbd âbdim.

* "TâyO Servira faciens, servitute premens.

' Xlâ^ on OV7 un ém ipht, Sem , Cham, Japheth.

* nr^aa Bnî Ne , Bene-Noach , aiii Noë.

^ Syncell. pag. 54> Sc^u/ii^tç .... Pag. 55... Éy' ov iro^Xoc ttapoum^ iytvtlo I xai {uyiçrt ^6opa.

^ TXÙ'ÙV desolatîo; Xlâ> prodigium, portcntam.

7 Pltitarcb. de Iside, tom. Il , p. 376. Ô $\ Tv^v... 2f&\i ôyofuéÇ.lac*

236 SUCCESSEtJKS DE MENÉS, etC,

autres. On voit qu'elle se réduit dans le vrai à Noë et & ses trois fils , et aux principaux traits que TEcriture en rapporte dans le même chapitre , qui est le neuvième de la Genèse,

Or la seconde dynastie commence par Boëthus , qui est le Belthir des Arabes; le Mesr ou Mesraïm de l'Ecriture , petit-fils de Noé , et père des Egyptiens. C'est le Mœris d'Hérodote , le Myris de Diodore , comme je le ferai voir assez clairement.

Tous les rois qui précèdent ce Boè'tlius, Mœris, Bufiiris ou Myris , soit les trois cent trente successeurs de Menés dans Hérodote , soit les cinquante-deux de Diodore , soit ceux de la première dynastie de Manéthon , répondent donc à Noé et à ses trois fils , qui sont les seuls hommes de la génération intermédiaire entre Noé et Mesraïm.

Si ces auteurs ne s'accordent pas, c'est qu'il y avoit diflerentes versions , comme Hérodote et Diodore l'avouent eux-mêmes en plusieurs endroits de leur histoire* Ces diflerentes versions venoient de ce que les inter-r prêtes égyptiens ne s'étoient pas accordés en faisant leurs extraits de l'Ecriture ; ils s'étoient souvent mépris chacun de son coté , et il est difficile en eflet que des traducteurs ignorants s'accordent.

On va voir combien les Egyptiens avoient mis de confusion dans ce qu'ils contoient des sources mêmes de leurs connoissances, de leurs Hermès, Thoth ou Athoth, auxquels je serai obligé de revenir plusieurs fois.

Le premier Athodi est le successeur immédiat de Menés , suivant leur histoire. C'est le fidèle conseiller d'Osiris dans leur mythologie, formée long-temps avant leur histoire. Je m'en tiens pour le présent à ce premier successeur de Menés ou de Noé.

ATHOTHIS.

i OUR ne pas couper le fil des roîs successeurs de Menés, qui , comme on la vu, se réduisent aux trois fils de Noé ; j'ai remis à donner ici de plus amples éclaircissements sur Athothis ou Albothès, que Manétlion et Eratosthène donnent pour le premier de ces successeurs. Eratosthène interprète ce nom en grec , Hermogenès , c'est-à-dire , engendré d'Hermès , ou de Mercure '.

Athothis est donc de la famille des Thoth , Hermès ou Mercures, si fameux chez les Egyptiens, qui leur attribuoient quantité d'inventions , en particulier celle des lettres ou de l'écriture.

L'histoire de ces Thoth a paru jusqu'ici fort em-" brouillée , et elle l'est en effet.

c< Manéthon cité dans Eusèbe, dit le Philosophe de M rhistoire*, parle de deux colounes gravées par » Thoth , le premier Hermès , en caractères de la lan- » gue sacrée. Mais qui sait en quel temps vivoitcetan- » cien Hermès? >»

L'auteur du Supplément à la philosophie de l'histoire ' , lui répond « que le même Manéthon auroît » dû lui apprendre que c'étoit avant le déluge , et que

' Syncell. pag. 91. ÔiiÇa(<ùv SvjUpoç tSaffiXtvttiiÊ Âdoidtçvi^ç Mme»;.

" Philos, de Thist. , chap. ao.

' Supplém. nouy. édit., pag. a5o.

a38 THOTH ou ATHOTH,

N les écrits de ce premier Hermès ayoient été traduits M après le déluge par Agathodémon , le second Her- » mes. Mais, ajoute M. Larcher, qu'est-il néces- » saire de faire des recherches sur le temps auquel » vivoit cet ancien Hermès? Tout ce que les an- M ciens ont dit de Thoth , est enveloppé des plus » épaisses ténèbres. Le plus ancien auteur qui en ait n parlé , est Platon , dans le Philèbe et dans le Phèdre. » Il enseigna , suivant ce philosophe , les lettres , » l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie. C'est » le cinquième Hermès , au rapport de Cicéron. Les M Egyptiens le font contemporain d'Osiris, et son » greffier des choses sacrées.

» Il y a grande apparence , conclut M. Larcher ' ^ » que cette prétendue divinité n'étoit que symbo- M lique. M

On va voir en effet que c'est quelque chose d'approchant; mais il entre aussi dans sa composition des traits vraiment historiques ; et M. Huet , comme je lé prouverai dans la suite , n'a pas été mal fondé à y trouver des ti^aits de Moïse.

Le seul nom d'Athotis ou Athoth, dont Thoth, Theuth, Taaut, Toyt, ne sont que des altérations ou des prononciations différentes, va nous initier daiks le secret des Hermès ou des Mercures égyptiens ,. et de ceux de quelques autres nations.

Ce n'est pas que je prétende ici tout dévoiler ; mais on aura du moins une idée générale de ce qui peut entrer dans leur composition ; et il sera ensuite aisé d'en faire des applications particulières à mesure qu'il se présentera de nouveaux traits des Thoth , Hefrmès ou Mercures.

■ Supplëm. à la Philos, de lliist , nouT. ëdk., paf^. a5i.

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