I. Signification du mot Aibot, et son étendue
Le mot hébreu athuth , qu'on peut prononcer athoth^ et qu'on prononce ordinaîrement othoth ', signifie signes au pluriel ; le singulier est auth , qu'on prononce oth * ; nous le retrouverons aussi dans cette histoire d'Egypte.
On trouve aussi tliu^ qu'on prononce thau, pour dire signe , et thaue , en régime thauth ^ , pour dire terme, fin, limite, du moins suivant quelques interprètes.
Cette origine du nom d'Athoth ou Thoth , est , je crois , plus admissible que l'étymologîe de M. Pluche , dont j'ai déjà parlé ^ ; car il n'est nullement prouvé que tayaut chez les Egyptiens signifiât chien , quoique les chasseurs crient encore tayaut pour animer les chiens. Je dirai d'ailleurs comment Athoth a été changé en chien, ou transporté dans la canicule.
Que les colonnes sur lesquelles les Egyptiens inscrîvoient leurs inventions et gravoient les choses dignes de mémoire, s'appelassent Thuothi et Thyothi^ comme le dit M. Larcher , d'après Jablonski * , ce sera une nouvelle preuve de ce que je viens de dire , puisque ces stèles ou colonnes étoient elles-mêmes des signes ; du moins il y avoit des signes gravés , d'où leur venoit ce nom.
Avec ce seul mot Athoth ou signes ^ on peut déjà en-^ trevoir d'où sont formés les Thoth ou Athoth ; car la
* ninfct «îgna.
* mfct «ignum.
* *in signum; nifetH» Xllfetn finis, terminus. 4 Hist. du ciel. Koy, Tayaut.
^ Supplëm. à la Philos. deThist. , nouY.ëdit.; pag. %S\, aSa.' Jablonski, Panthéon AEgypt.
^^O THOTH OU ATHOTH,
Signification du mol signe, est très- étendue , eli particulier dans l'Ecriture sainte, où l'on voit de plus en plus que les Egyptiens ont puisé , puisqu'ils en ont pris jusqu'au nom des prétendus inventeurs de leurs sciences.
' 11 y a d'abord des signes naturels , comme le soleil et la lune , en tant qu'ils servent à marquer les temps et les saisons , les jours et les années , comme Dieu luimême le dit en les formant '. L'Ecriture se sert du mot athoth. Aussi verrons-nous en son temps que Sancboniaton a pris de cet endroit de la Genèse une invention qu'il attribue à Taaut , et on peut déjà voir sur quel fondement les Egyptiens font paroître un Thoth dès avant le déluge.
Il y a en second lieu des signes surnaturels. Le Créateur de la nature est sans doute au-dessus de ses lois , et il peut les suspendre ou les changer , comme il a pu les établir , quand il veut parler aux hommes par des signes extraordinaires. Tels furent les signes qu'il opéra en Egypte par Moïse son ministre. Ces signes sont encore appelés Athoth ; et dès-lors on voit comment bien des traits de Moïse ont pu entrer dans la composition des Thoth , Hermès ou Mercures. Hérodote , comme je l'ai déjà observé , dit positivement qu'aucun peuple ne racontoît plus de signes prodigieux que les Egyptiens. On verra de plus en plus d'où ils en avoient pris un si grand nombre.
Il y a enfin des signes artificiels , ou du choix et de l'institution des hommes. Telles sont en particulier les letti'es ou l'écriture, appelées signes en hébreu,
' Gènes, i. i4,trad. de Sanctès'-PagQin. Dixit etîam Deus : sint lumioaria ia cxpaosione côeli , ut dividant diem à nocte , et siut in signa (bebr. atbot), et tempora, et dies, et annos*
comme on le peut voir dans toutes le» grammaires. Leur nom est authiuth^ ou comme on prononce, othioth % dérivé Sathuth ou othoth^ qui signifie signes. Les lettres sont en effet des signes des sons , des mots et dés pensées.
On voit sur quel fondement les Egyptiens atlrîbuoient à Thoth l'invention des lettres, et un nombre prodigieux de livres. Manétlion , suivant lamblique *, ne comptoit pas moins que trente-six mille cinq cent vingt-cinq volumes, P(iut-être les Egyptiens avoientrls fait le calcul des othioth ou lettres qui comfposoient les livres attribués à Tlioth ^ comme les Juifs dans lent Massore ont compté toutes les lettres des livres de Moïse '. D'ailleurs les prêtres d'Egypte mettoient sous le nom de Thoth , dont ils s'étoieut fait une divinité , tous leurs propres ouvrages *.
Je puis toujours obsciTcr que, suivant Sanchoniaton ou son traducteur , lis donnoicnt à Thoth li; nom de Thoor> qui semble pris de la Thora ou loi de Moïse. Porphyre , cité par Eusèbe * dans le même cha[;itre, a aussi fait de la Thure ou Thora de Moïse, une femme liommée Thuro , qui avoit expliqué la doctrine mystérieuse de Thaaul ^. C'est ce que je ferai voir ailleurs.
■ nVT\^H liUer».
* lambiicli. de Myster. AEgy^t,
' Richard Simon , Hist. du Vieux Test. , l. i , ch. 26. ' ♦ lambiicti. de Myster., ch. 1. Ocoç ô tSv Xoytav 4iyeiiè}v, éo^inç y xaXat Moxlctt xailSç âfcoivt roXç uptvatv tivar xoiv^c... ^ ih x«( oi ytfjJlepot itpoyovoi jk àvlSv T^ç ço<f(otç ivpv^ialot àvcItOcaoïy, ÈpfAÔu irày7at Ta oixcia 9\*yypaifXjULla rTrovop.aÇovI^s.
5 Enseb. Prapp. 1. 1, c. 10, pag. 36 edit. Paris. Taav%ç, oçTvpt
iXXiiveq SI Ep^viv cxoU(9ay.
^ Eusc'b. ibid. pag. 40. Oc^ç Zovp^ov^yjXoç ^ dovp<k>7( xtxpvitjumv
Tov T(x(xviov trjv ÔcoXoytav »y»1t<yav. HTin leX, doctrina.
li% THOTH OU ATHOTH,
Sur ridée générale que je viens de donner des différentes espèces de signes , appelés en hébreu Aihoth , on voit que les Egyptiens , surtout avec leurs altérations et leurs commentaires , avoient été fort au large , pour attribuer à leurs Thoth ou Hei^mès , quantité d'inventions ) d'écrits et de prodiges. Le nom même de Thoth ou Athoth, et de Thoor, qu'ils leur donnoient, fait voir qu'ils avoient commencé par profiter, pour leurs lettres saci'ées , des lettres des Hébreux , puisque ce nom en est pris , et pris en particulier de» lettres et des autres signes qui se ti^ouvent dans les livres de Moïse* Cette idée générale suffît pour le présent.
Revenons à TAthoth ou Athotis , premier successeur de Menés;
n. Âthothisi successeur de Ménèsi
Nous venons de voir que le mot Athoth , d'où se forme le nom d' Athotis ou Athothès , signifie les signes. Manéthon et Eratosthène donnent Athothis ou Athothès pour le fils et le premier successeur de Mènes. Eratosthène le compte parmi ses rois de Thèbes.
J'ai dé}à fait voir que l'histoire de Menés , et de son royaume de Thèbes , n'est qu'une altération de celle de Noé et de sa thbe , ou de son arche. Nous avons vu de plus , que les prétendus rois successeurs de Menés , soit les trois cent trente d'Hérodote, soit les cinquante-deux de Diodore , soit ceux de la première dynastie de Manéthon , se réduisent aux trois fils de Noé, qui est le vrai Menés. Il ne nous manque qu'Athothis^ DU Athotès , le premier de ces successeurs , suivant Manéthon et Eratosthène, car Hérodote et Diodore ne le nomment point parmi les rois ; ils n'en parlent que dans la mythologie que }'expliquerai ailleurs.
OTHOTH Otr LÉS SIGlfBS. j45
Pour trouver cet Athothis, dont le nom veut dire signe , et qui succède immédiatement à Menés ; il suffit de voir dans TEcritui'e , quel est le signe que Dieu donne à INoé , aussitôt après le déluge, dans le chapitre neuvième de la Genèse , où nous avons trouvé tous les autres rois de la première dynastie de Manéthon. Cen« cénès , successeur d'Athothès , est formé de Cham , père de Chanaan , dont il est mention dans le verset dix-liuitième. Immédiatement auparavant, il s'agit de l'arc-en-ciel donné pour signe à Noé. Dieu lui donne ce signe , en lui disant expi^essément : zath auth * , voici le signe. Il est aisé de recônnoitre l'origiiie du nom même d'Athoth , de Taûth ou Thoth.
Dieu le lui dit , et le lui répète. Aussi Eratosthène inet'il deux A thoth de suite, tous deux immédiate^ ment après Mines oïl Menés , qui est Noé.
Il y a long-temps qu'on a bien tu que Noé et Athoh, que les Grecs appellent Hermès, ont été du même temps. Tzetzès *, qui étoit savant pour son siècle , dit positivement qu'Hermès, surnommé Trismégiste ou le trois fois grand , a été , ainsi qu'Osiris et Bacchus , contemporain de Noé. On peut mêfne croire qu'il en identifie du moins quelqu'un avec ce patriarche ; et il a dû le faire, pour peu qu'il ait été conséquent , car on ne peut guère placer en même temps plusieurs grands conquérants , tels qu'Oiris et Bacchus, à qui la
« Gènes. 9. la , trad. de SaiiCtès-Pagnin. Et dixit Dca» t hoo •ignum; hebr. m^ /IKT T. 17* Et dîxit Deus ad Noach t Hoc 8Îgiium..«« ■ Tzetz. Chil. 4 > ▼• 837 et aeq.
"Epftni ft-if o Aiyvirlioç, Iptvfuyiçoç xaîkiuaa ^ 0( avy;(poy5v Oaipi^c , Tu Nue , à.toyjovta , ifptZpt viSaç Tc ^cov , Kai Tvirovç twv ypocpf&oleay , Kcd Tcxv<X($ xa7cxoap}0'i ^ Koà ov^iraat tov 6Ut.
244 THOTH OU ATHOtH,
fable fait conquérir presque toute la terre; et surtout du temps de Noé, où les hommes n'étoient pas en grand nombre. Quelques savants , pour fournir aux nombreuses armées et aux grandes conquêtes de Ninus et d'autres anciens rois défigurés , se sont trop pressés de multiplier le genre bumaîti dans les temps voisins du déluge.
L'Ecriture du temps d'Abraham ne parle encore que de simples peuplades. M. l'Abbé Fleuiy , dans les mœurs des Israélites * , observe fort bien « que tout ce que » nous avons d'histoires dignes de foi , ne nous fait voir » en ces temps-là que de fort petits royaumes , même » en Orient ; et dans les autres pays , nous les trouvons V encore fort petits long-temps après. » Ce n'est que par ignorance ou par mauvaise foi que le Philosophe de l'histoire ' nous représente comme de grands rois et de puissfints monarques les quatre rois que vainquit Abraham. Mais ne perdons pas de vue Athothès.
Vu la manière dont les Egyptiens se sont forpié les autres rois successeurs de Menés, on ne doit plus être étonné qu'ils s'en soient aussi fait un de l'arc-en-ciel donné pour signe à Noé ; d'autant plus qu'en Egypte , où il pleut très-rarement , l'arc-en-ciel n'étoit pas bien connu. On pouvoit même n'y en avoir aucune idée , et s'imaginer par conséquent toute autre chose , en traduisant l'endroit de l'Ecriture où il en est fait mention.
On vient de voir et par le nom d'Athoth ou Athoihis, qui signifie signe, et par la place où ce prétendu roi se trouve, immédiatement après Menés; on vient de voir que c'est le signe donné à Noé. Les traits que
' Mœurs di»8 Lsrac^litps, a. 8- ' Philos, de Thist. , chap. f6.
OTHOTH OU LES SlGïfBS. 2^3
Manéthon en rapporte , dans la noie qui nous resle , servent encore à le prouver.
III, Athothifi , grand anatomiste»
Manethon dit qu*AthotIii$ passoit pour avoir composé des livres d^anatomie ' , car il étoit médecin. S'il savoit Fanatomie, ilétoit médecin pour ces temps-là, où la médecine beaucoup plus simple qu'anjourd*hui, consistoit principalement dans quelques opérations de chirurgie*
Pour faire atti'ibuer des livres à ce prétendu roi , son nom seuld'Athothis aura suffi , puisque le mot Athoth, comme je l'ai dit, signifie signes ou lettres , et donne dès-lors l'idée d'un écrivain.
Mais pour les livres d'analomie en particulier, on ne voit pas d'abord comment ils peuvent se trouver dans le signe donné à Noé.
C'est que ce fut un signe d'alliance ^ comme le dit expressément l'Ecriture *; et que les Egyptiens n'ont pas mieux entendu cette alliance , que quelques-uns de nos philosophes ne veulent l'entendre. Je pourrois citer le Philosophe de l'histoire; mais il ne faut pas nous écarter.
Le mot hébreu , qui signifie alliance, a rapport au mot qui signifie couper; il en est dérivé, suivant plusieurs dictionnaires ^ , parce qu'on faisoit anciennement alliance en immolant des victimes , et en les coupant, ou en les partageant. On voit cet usage dans un
* Syncell. pag. 54* ABSOtç.,... Zv tptpoVlai Bc^oc àvalof&cxac, lalpoç
* Geneff. 9 i3. Dixitque Deus : Hoc signam fœderis : hebr. Zath aat ebrith, UnDH IllK HBtî*
' 'Buxtorf. Jin3 fœdas, pactqm... à \3C\1 caedendo, quia TÎetiinae caedi in fœderibub pangendis solebant.
a46 THOTH bu ATHOTH,
sacrifice qu Abraham offrît au Seigneur pour faire alliance avec lui* Après avoir coupé les victimes , il passa
entre deux ' Jln latin , pour dire faire alliance , on
se sert aussi de mots qui signifient frapper, à cause des victimes qu'on immoloit; icere^ percutere Jbedus ; et même en grec on se sert du mot qui signifie couper *.
Le mot hébreu qui signifie alliance , signifiant originairement couper, disséquer ; les Egyptiens , au lieu d'alliance, ont entendu dissection , et conséquemment anatomie , parce que Fanatomie est la dissection des corps. On voit comment Athothis , dont le nom d'ailleurs signifie lettres ou écriture , est devenu auteur d'écrits ou de livres d'anatomie.
Les Egyptiens prenant le mot hébreu qui signifie alliance, dans le sens de dissection, y auront d'autant mieux trouvé Tanatomie , qu'il s'agit d'une alliance avec toute chair, avec tout corps animé , avec les hommes , avec les oiseaux , avec les animaux terrestres * , ce qui sigpifie que Dieu s'engage à ne plus les faire périr par. un nouveau déluge universel.
Leurs interprètes avec leurs bévues n'auront pas manqué de l'entendre d'une dissection ou d'une anatomie de toutes sortes de corps, d'hommes, d'oiseaux, de quadmpèdes.
Dieu promet de ne pas oublier l'alliance qu'il con»
* Genefi^ i5« lo. Qiû toUena oniversa haeo > ^yisifc ea per médium.
Jerem. 34* i8. Et dabo TÎros, qui prœyaricantor fœdus meuin..é.* Titiilam quem conciderunt in duas partes , et transierunt inter divisionss ejiis.
* Tepvciy I Mcare ; Tcf&ycty o-irev^ocç , percutere fœJQSk
^ Gènes. 9. 10. Et ad omnem animam yiventem , quaé est to« biscum , tan; in yolucribus quàra in jumentis et pecudibus terras «uuctis j que «agressa sunt de arcâ » et (iniversis bestiis terre*
tracte avec toutes les créatures, à la conservation des- <}uelles il s'engage à veiller '• Comme le mot qui signifie se souvenir, signifie aussi mémoire , monument * ; ces interprètes y auront encore trouvé mieux exprimés les mémoires ou les livres d'anatomie de leur prétendu Athoth, Voila, certainement, une origine de TanatCH mie fort ancienne* Ce n'est encore ici que l'histoire des Egyptiens ; je ferai voir ailleurs le même récit de l'Ecriture, altéré autrement dans leur mythologie formée antérieurement à leur histoire. Athoth ou Thôth n'y £st plus simplement un roi mortel , successeur de Menés ; il y est un demi-dieu , fidèle conseiller d'Osiris ; il y est transporté dans le chien ou dans la canicule, qui est le grand Thoth ou signe des Egyptiens, parce que c'est son lever qui leur annonce l'inondation prochaine du!Nil , si intéressante pour tout le pays dont elle est la ressource. N'ayant plus connoissance de l'arc-en-ciel , parce qu'il pleut très-rarement en Egypte , les Egyp^ liens avoient entendu ce signe de celui xjui précédoit l'inondation : c'est ce que je développerai dans la mythologie. Les Grecs qui n'ignoroient pas l'arc-en-ciel , parce qu'il pleut en Grèce , avoient mieux interprété le signe donné à Noé, comme on le voit dans Homère. Celui-ci dit expressément que Jupiter plaça l'Iris dans une nuée pour servir de signe aux hommes divisés de langues '. J'ai déjà dit que Jupiter est une altération de Jéhova , ou du vrai Dieu , et je le prouverai par toute la mythologie grecque.
* Gènes. 9. i5. Et rècordabor fœderis mei vobiMumi et eùm omni anima vivante quae carnem végétât.
* *13T recordari, memoriale, monumentum.
* lliad. iif V. 27, 28. I ptçrg-cv joi^o7ic, iç t< Kpovfwv £y vlfu ^rip^U Wpoiç {Aipoir«ay à^Opcoirwv.
a48 . THOTH OU ATHOTH,
En rétablissant le nom du yrai Dieu à la place de celui de Jupiter^ qui en est une copie informe et bien défigurée par les absurdités du paganisme^ il n'est guères possible de méconnoitre dans Homère ce que dit l'Ecriture elle-même , que Favc-en-ciel ' formé dans une nuée, avec la promesse que Dieu y avoit attachée^ devoijt servir de signe et d'assurance aux hommes *. Ou peut encore observer qu'Homère dit ici aux hommes divisés de langues *. L'épithète, pour revenir souvent dans Homère , n'en mérite pas moins d'attention , surtout lorsqu'il s'agit vd'un signe qui se trouvé dans l'Eicritui'e peu éloigné du récit de la division ou du partage des langues ; prodige qui va se retrouver aussi 4ans l'histoire des Egyptiens,
Le Philosophe de l'histoire y qui veut en imposer fiux lecteui*s superficiels, fajt mitendre que r£critui*e n'a fait que suivre un préjugé pppulaire, en parlant de l'arc-en-ciel pomme d'un signe donné par Dieu même , pi il cite Homère k ce siijet *.
a Personne , dit-Il, ne s^voit ce que c'est que l'arc- P en-ciel ; il étoit regardé comme une chose sumatu- » relie, et Homère en parle toujours ainsi : l'Ecriture ^ l'appelle l'arc de Dieu , le signe d'alliance. ><
Pour prouver par Homère , que l'Ecriture n'a fait que suivre un préjugé populaire , il faudroit commencer par prouver qu'Homère est antérieur à l'Ecriture dle-méme, et que ce n'est point lui au contraire qui ^ suivi en ce point, ou le récit de Moïse , ou une tra-
■ Qenes* ii* iS, trad. de Sanctès-Pagnîn. Arcum meum pontun in nube . entque in signum foederis inter me et inter terram. * S. Athauas. de comm. essent. tom. I, pag. 2i4i ^<^>^* Colon
Aiayopot ylSxlat , ^t^ xai ayôp^iroi fucpoirt; Aiyoylat, ^ Philos. dei'hi8t.| chap. 47.
dition bien fondée : or^ c'est ce que le Philosophe ne prouvera jamais. Ce savant universel , qui a prétendu mettre Newton à la portée de tout le monde, explique sans doute au mieux comment Tarc-en-ciel se forme très-naturellement ; l'Ecriture ne dit pas le contraire. Que la formation de l'arc-en-ciel soit naturelle, cela n'empêche pas que Dieu n'y ait attaché une promesse , et n'ait fait envisager à Noé ce signe éclatant > comme propre à le rassurer lui et sa postérité , contre la crainte d un nouveau déluge , à cause de la diflërence extrême qui se trouve entre une pluie passagère , sur laquelle le soleil ne laisse pas de luire , et une pluie universelle et affreuse conmie celle du déluge qui avoit enveloppé et obscurci toute la nature '. De plus , il faudroit décider si la pluie étoit bien connue avant le déluge , et si l'arc-en-ciel n'étoit pas-nouveau après ce désastre; car, outre que le déluge a pu causer des changements , il y a encore des pays où il ne pleut point. C'est donc un point sur lequel je ne crois pas le Philosophe en état de prononcer d une manière bien convaincante. EnGn l'arc-en-ciel formé dans une nuée , par les rayons du soleil , et donné pour signe à Noé, avec la promesse expresse d'une alliance avec les hommes , pouvoit figurer aux yeux de ce saint patriarche , une alliance sublime que Dieu devoit un jour contracter • , et en vue de laquelle il s'engageoit à conserver les hommes mêmes, et tout ce qui est à leur usage; mais ce n'est pas ici le lieu de m'étendre sur un si haut mystère, dont
' D. Thom. quodlib. 3, art. 3o.
' Apocal. lo. 1... Angelum fortem descendentem de cœlo amictum nube , ci iris in capite ejus , et faciès ejus erat ut sol. • . • 4* 2... Ecce sedes posita erat in cœlo> et supra scdem sedens. 3... £t iris erat in circuitu sedis...
a5o THOTH OV A^HOT»,
TEcrîlure elle-même ne laisse pas de nous indiquer une annonce dans ralliance promise à Noé,
Pour m'en tenir à ce que dit Homère de l'arc-en-ciel, on peut déjà voir d'où il est pris originairement, et j'en donnerai ailleurs d'autres preuves.
Je me contente de faire observer ici que, comme Dieu, suivant l'Ecriture, attacha, pouraînsi dire, à l'arcen-ciel une promesse et une annonce de sa part ; aussi les Grecs , dans leur mythologie , donnent Iris , qui est Tarc-en-ciel , pour la messagère de Junon , comme ils ont fait Hermès ou Mercure messager de- Jupiter* Le nom d'Iris en grec ', signifie une annonce , comme Athoth, nom primitif d'Hermès ou de Mercure, signifie signes. C'est sous ce rapport de messager et d'envoyé , que les Grecs ont aussi travesti en Mercure dans leur mythologie , les anges ou envoyés de Dieu ; car , comme je Tai déjà dit, je ne regarde pas l'arc-en-ciel donné pour signe à Noé , comme le prototype de tous les Hermès ou Mercure. Outre les anges que Dieu envoie , nous trouverons d'autres Athoth où signes dans l'Ecriture , et r identité du nom a souvent fait confondre les traits. Je ne parle ici que de l'Athothis , successeur immédiat de Menés dans le royaume de Thèbes, lequel est, comme on voit, celui des Athoth ou signes, qui se trouve dans l'Ecriture immédiatement après le déluge , lorsque Noé fut sorti de sa thbe , ou de son arche.
On voit en effet i .** d'où vient le nom d'Athothis ou Athothès. Ce nom qui signifie signes , est pris du signe donné à Noé. â.® Pourquoi Athothis est donné pour un des rois de Thèbes ; c'est que ce signe est donné au sortir de la tA&e ou de l'arche. 3*® Pourquoi Athothis
* I ft(y ab ftp« y Quntio.
OTHOtH Otr liÊS SIGNES. aSi
est le premier successeur de Menés ; c'est que ce signe se trouve dans FEcriture après les traits de Noé , dont les Egyptiens ont formé le roi Menés. 4*° Comment Athothis est devenu grand anatomiste; c'est que le^ Egyptiens ont pris, par une bévue» le mot qui signifie alliance , pour dissection , parce qu'il signifie originairement , couper, disséquer.
On a déjà vu d'où sont formés les rois que ManéthoQ dans sa première dynastie, place après Athothis, voyons ceux qu'Eratosthène , dans sa liste des rois de Thèbes , donne aussi pour successeurs de ses deux Athotbès.'