DISPERSION DE BABEL
EiiATOSTHèwE , après ses deux Athotliès, (fie nous venons de reconnoîlre , tioitime des rois différents de ceux de Manéthon dont j'aî déjà montré l'origine. Eratostkèhe nomme : I. Diabiès , II. Pemphos , III. Tœgar- Amachus-Momchiri , IV. Stœchus, V. Gosormiès , VI. Mares. J'ai déjà fait voir, et on le verra de plus en plus, que Mares est Mesr ou Mesraïm , le père des Egyptiens, nommé dans le dixième chapitre de la Genèse.
Il s'agit de voir d'où sont pris ces prétendus rois antérieurs à Mesr ou Mesraïm, et par conséquent à la séparation des pères des nations , qui se fit à Babel, après la confusion des langues.
Comme ce ne sont que des noms sans aucune notice historique , il seroit impossible d'en reconnoître l'ori- . gine , sans leur rapport avec les noms des faits qui se trouvent dans l'Ecriture jusqu'à la dispersion des hommes , en y joignant l'interprétation qu Eratosthène nous donne lui-même de ces noms, quoique plusieurs soient altérés ou en eux-mêmes , ou dans leur interprétation.
I. Le premier est Diabiès, qu'Eratosthène interprète en grec Philesteros , ou Philetaeros ' , car il y a une variante.
* Syacell. pag. 96. Aca^cvîç lîhç A0»9ic»v..... îv1o( ip^nvivilai f tX<(- 1cpo(. al. fiXtlMpQç,
DISPERSION DE BABEL. d53
En combinant ce nom et son interprétation , je croîs entrevoir ce que dit rEçrituré au (iommencement du chapitre onzième de la Genèse , « que tous les hommes » n'avoient encore qu'une même langue % une même » manière de parler, » Diables , en ôtant la terminai ^ son grecque , ressemble au mot hébreu dbb *, qui signifie parler , et à dba , qui signifie parole , du moins sui* vaut plusieurs interprètes; il approche du mol dbr^ dont l'Ecriture se sert en cet endroit pour dire que les hommes n'avoient qu'une même manière de s'expri mer • L*interprélation qu'en donne Eralosthène , y revient assez , en prenant Philetseros ^, qui aime la société , car tous les hommes ne faisoient encore qu'une même so-^çiété ; ils étoient tous réunis , et ils ne vouloient point se séparer.
n. Le nom qui suit immédiatement dans Eratosthène^ vient encore à l'appui ; c'est Pemphos ♦, qui ressemble aux mots dont l'Ecriture se sert , en disant que \ei hommes craignoient de se disperser^ pn-nphuts i crainte de dispersion. Eratosthène l'interprète Eraclidès. Ce nom peut signifier ici, qui aiiae à se nessérrer ^y et il revient à la crainte de la dispersion. Eeut-être est-» ce moins une ^interprétation du nom même de Pemphos, qu'une traduction dç ce qui eat dit au même endroit de l'Ecriture , que les hommes vouloient se faire uif nom , une gloire , une illustration ; car le nom d'Héra-
■ Gènes, ii. i. Erat autem terra labii unius, et eermonum eoramdem ; hebr. dbrinu tlS^'lD'î
* 33*1 loquij 1^3*1 sermo, *)3t loipii,- termo, yerbum* ' $(Xe7aTpo;, stodicMUft ^ociorum. r
. ^ Syncell. pag« ^ BefA^ç S <V<v HpaxAcK^v);.
^ Gènes. 1 1. 4» trad. de Sanctès-Pagnin. Faciamus nobis nomen; ne forte dispergamur. Hebr. l^ldO^fâ pn-ophuts.
* Bpay liomcro, res grata; K^ctt^ou, Claudo.
l54 SUCCESSEURS d'aTOTHÈS,
dès OU Hercule , clans la mythologie grecque ^ vient de kleos, qui signifie gloire , éclat, célébrité '; c^est une traduction des noms dlsmaël , et surtout de Samson ^ dont les Grecs se sont formé en partie leur Hercule. Ils ont traduit ces noms comme formés du mot * a^m , qui signifie nom , gloire , réputation , dans le même sens que Fentend ici la Vulgate *. L'Hercule grec est une altération de plusieurs personnages distingués dans TE* criture par leur force , par leur valeur et par leurs exploits ; c'est surtout Samson , sous le nom d'Héraclès ou d'Hercule, et Josué sous le nom d'Alcide , qui en est la traduction ^. Les plus savants de l'antiquité païenne voyoient bien qu'il devoit y avoir plusieurs prototypes d'Hercule ; mais les poètes pour embellir leur héros , réunissoient tout en un seul. J'expliquerai ailleurs toute l'histoire d'Hercule , jusqu'au gobelet dont le soleil lui fit présent; c'est le miracle opéré à Gabaon par Josué , le soleil arrêté dans sa course : les païens ont interprété Gabaon un gobelet ^.
in. Le troisième roi d'Eratosthène est Tœgar-Ama« chos-Momchiri ^, nom qui , en retranchant la terminaison grecque , se réduit à Tœgar-Amach-Momchir : il peut être formé des mots thg rm eqm qir, qui , en héloreu, signifient faite fort élevé, construction d'une ville* ^
* KX/oç, glorîa, splendor, nominîs celebritas..
* X^V nomcni famay dècus, gloria.
^ Gènes, ii. 4*** Celebremus nomeu noftrum.
^ yVW Jehoaua aeu Josue, abytV^lH salvayit; faluli, aaxilio fuit. kXxtiè-n^ , ab a>xvi , robur, auxilium ^ tutamen.
^ Josue lo. la. Tune lo^utus est Josue Domino*.» Sol , contra Gabaon n« movearis. y3j gbà, scyphus.
*> Syncell. pag. ^ To1V«p AfAonoc Mofi^tipl f 2îw7es If^ti^nltu t^
DISPERSION DE BABEL* l55
Thg * se trouve chez les bébreux pour dire faîte ^ élé^ yation, Tagy dans plusieurs langues orientales, signifie aussi montagne, élévation, couronnement* Rm* signifie haut , élevé* Eqm * signifie construire s qir * signifie ville.
C'est ce que dirent les hommes en entreprenant dé construire la tour de Babel : «faisons-nous une ville et » une tour qui atteigne jusqu'au ciel * . »
Le Philosophe de l'histoire ne veut pas que les hommes aient pu raisonnablement entreprendre d'élever une tour jusqu'au ciel , comme si l'Ecriture ne traitoit pas elle-même leur entreprise d'insensée^ d'aiW leurs, il ne faut pas prendre à la lettre le mot ciel : un poète doit savoir mieux qu'un autre , à quoi se réduisent de pareilles expressions : un des plus célèbres n'a point craint de dire d'après l'Ecriture , ce qui n'est encore que trop vrai s
J'ai va l'impie é\^yé sur la terre \ Pareil au cèdre » il portoit dans les CieuX Son front audacieux^
Je ferai voir ailleurs que c'est de l'entreprise de Babel que les anciens poètes ont pris originairement le trait des géants qui voulurent escalader le cîel : Eratosthène lui-même , autant qu'on peut l'entrevoir dans son texte altéré ^ a cru qu'il s'agissoit d'un roi de taille gigantes-
' ^T\ ^^gt apeZ) cnlmen^ fastigium.
• C3*1 '•'» » altu8.
^ tZ3pn e<l'n t crigere,
4 1>p tfir, ciyilas.
' Gènes, ii. 4* ^t dîxeraot : Venite, facîamus nobis ciTitatem, et turrim , cujus culmen pertingat ad cœlum. ^jl aj>eX| fasti^om. CDl altus* CZSpn extruere. "^^p civita«.
l56 SUCCESSEURS d'ATHOTHÈS,
que : îl interprète le nom de Tœgar*amach-niomcliSri , Andros perissomelès ' , mots qui signifient celui qui a les membres d'une grosseur extraordinaire.
IV. Le quatrième roi est Stœchus •. Ce nom peut être formé du mot hélireu xthq *, qui signifie se taire, ne plus parler, et ce nom a rapport à la confusion des langues , par laquelle Dieu réduisit les hommes à ne plus sVntendre^, et conséquemment à ne pouvoir plus se parler les uns aux autres.
Eratosthène interprète ce nom Arcs anaisthètosy mots qui signifient celui qui ne parle point , et qui n'est point entendu. On peut voir dans Suidas, au mot Ares ^, cette interprétation que j'en donne. Gomme les hommes ne pouvant plus se parler, furent obligea d'abandonner la constniction de leur ville ^ , les Egyptiens dans leur mythologie , ainsi que je le ferai voir, se sont formé de ce prodige un Dieu du silence , nommé Harpocrate , nom qui signifie cesser de bâtir la ville 7.
V. Le cinquième roi est Gosormiès • , nom qui semble formé de goi, qui signifie nation au singulier, et même en régime , nations ou peuples au pluriel : surim ou sorim , signifie qui se retirent , qui se dis*
■ ncpcotrofiicXiQç , membris redundans.
• Syncell. pag. 96. lloT/^oç Z «çiv Ap»? àvai<T0i»j7oç.
^ pD0 tacuil, siluit, cessavit.
- 4 Geoes. ii. 7... ConfbndBmuâ ibi lingiiam coram, ut non ao« dîat unusquisque yoccm proximi «ui. Afnn , non loqnens. Âvaiv- 6v)7oç , qui non sentit > aiit non sentitur, non anditur.
^ Suidas. 5. Api^... irapa rb pS to ^ty(A. o fi.AXwy p^tota , pfriç, xa\ fulâc ToO çtprUixoZ a y apvK*
^ Gènes. 1 1. 8. Atque ita divisit eos Dominus... et cessayerunt sdificare riyitatem.
y rtâin erpe , desistere. TYlp ^^^} «^ivitas.
• Syncell. pag, 96. ToaoppitYiç , t içiv ÈlinviieoLvloç. — >T3 goi natio, nationes ; CSHIO surim , disccdentes, divertcntes, séparantes.