ABRAHAM, FILS DE THARÉ
On peut obsetYCi* que dans l'Ecriture, depuis lé dixième chapitre de la Geaèse , où se trouve Mesraïni , Je père des Egyptiens, il n'est rien dit de l'Egypte jusqu'au voyage qu'y fit Abraham , qui ôe trouvoit alor« ^eumidi dcf la terre de Canaan, dont l'Egypte est limi*^ .trophe.
Le Philosophe de l'histoire *, qtiî croît le voyage im* possible à cause de la distance , dans un moment sans ,d€lltéf où il n'a pas consulté Isl carte , ne laisse pas ^ quelques lignes plus bas, d'en tirer des conséquence» admirables pour la prodigieuse antiquité du royaume d'Egypte. On a déjà vu à quoi se réduit cette antiquité; laissant donc là le prétendu Philosophe , voyons ce que les Egyptiens eux-mêmes disent d'Abraham sous lé nom lie Binothris , après lequel il se trouvera encore sou» il'autres noms4
ié Nom de Binothrîg.
On peut apercevoir, sans peine , pour peu qu'on sache la marche des langues orientales , que le nom de Binothris se forme très-naturellement des mots hébreux Bn-Thrê * , ou^ comme on prononce av^c les points , Ben-Therah , qui signifient fils de Tharé. Les orîen-
« * Philosoph. de Vhïsï, , «bap. 16.
• mn"^a bn-ïharé. fiHua Th»rë^
'S^O BINOTHRIS.
taux joignent ordinairement au nom du fils celui da père ; et souvent même , au lieu du nom propre du (ils, ils disent le fils de tel. M. Fleury ' observe que chez les Israélites rc on ajoutoit souvent le nom du père , ou M pour faire distinction , ou par honneur. On voit , » ajoute-t-il , dans Homère que les Grecs prenoient n ainsi le nom du père pour une marque d^honneur ; n ils n'avoient point d^autres surnoms que ceux qu ils » tiroient de leur père ou de leur pays. Plusieurs nau tions de l'Europe en usent encore ainsi ; et une » gi*ande partie de nos surnoms viennent des noms ^ propres de pères qui sont demeurés aux enfants. >» C'est pourquoi il n'est pas étonnant qu Abraham • se trouve ici sous le nom de Binolhris ou de fils deTharé.
Comme le nom de Thré * ou Tharé ressemble au mot Thre ou Thri*^ qui en caldéen signifie deux^ Abraham , au lieu de fils de Tharé , se trouve nommé <lans Eratosthène fils commun ou fils de deux ^ Ifyos repikoinos ^ , mots grecs qui ne peuvent guère avoir d'autre sens*
Le nom égyptien est Anoyphès ; que ce soit une traduction en langue égyptienne , ou plutôt une altéra* tion du n<mi même de Binothris , l'interprétation grecque d'Eratosthène , et la place qu^il donne à ce roi inb« médiatement après Mares ou Mesr, me font penser que c'est le même personnage. Notez que le nom de Binothris se trouve dans Eusèbe changé par altération en Biophis , ce qui le rapproche d' Anoyphès. Les copistes
* Mœurs des Israâiteff, n. 5*
• rnn Tharë,
» nin duo.
^ Syncell. pag. loi. Av^v^^y S içty vi^f lirixoivo^» Anojjhe», qui fiUua communif exponitur*
ABRAHA2II, FlLS D£ THARÉ. I91
ont souvent défiguré les noms, surtout ceux qui se trouvent rai'ement.
Le nom de Tharé , père d* Abraham , a essuyé bien d^autres interprétations cbez les orientaux. Comme il approche du mot ' tsure^ qui signifie forme, figure, et qui est dérivé du mot ityr, former, figurer ; les uns ont dit quil faisoit de petits pots, les autres de petites idoles »• C'est pourquoi les Arabes l'ont aussi appelé * asar^ apostat , d'autant plus qu'en effet l'idolâtrie avolt déjà commencé, et ce fut pour en éloigner Abraham que Dieu l'appela de Caldée.
On trouve aussi dans le livre des Juchazim ou Généalogies un prétendu i^oi d'Egypte nommé Thérasar *, nom formé de Tharé et d'Asar. Thérasar dans ces listes orientales ^ précède les rois Harbiya , Kelkeli et Tuliâ ; car c'est ainsi que ces noms se lisent dans les meilleures listes.
Harbiya est un nom formé de ^rrfi, qui signifie famine ; c'est la disette qui obligea Abraham d'entrer en Egypte î.
Kelkeli est formé de^c7i/cA/, qui signifie être sus-
• flliy forma ; cbaldaicè ftlin»
* *13C^ fioxit, fbit&ayit; fictor, figulus.
^ *1Û discedeus, deficiens, apostata*
^ Bochart, l^haleg. 1. 4i c. 38. Quartus (rex) Thérasar, ({oiiitus^ Malik, sextus Charabiha, septimus Chalban, octavus Mali, nouu9^ Tutis (leg. TuHs). Hic est Pbarao primus qui fuit in dicbu^ Abraham.
' HisL nniir. trad.i tom. I, paç. 5oa* ' 391 famés } cum articulo 3y*in «r&b , Hafaidi» 7 Gènes, la. 10. Facta est autem famés ia terra t descenditcpie Abram in AFgyptum.
^ 73/3 chichi, sustentatns est* alimenta accepit. Gefics. la. a6. Abram Tcr6 bcnè uai kuaU*»
2^% BIIVOTHRIS.
tentée nourri* Abraham trouva en Egypte une ressource dans la disette.
Tulis j suivant les orientaux ^ est le roi qui enleva Sara , épouse d'Abraham. Nous le trouverons dans Manéthon après le roi Binothris.
On voit cotnbien de rois Egyptiens ont été formés de Thistoire d'Abraham. Voyons ce qui est dit du roiBino^ thris , formé des mots BnhThré, lîls de Tharé. C'est le premier titre d'Abraham , puisque c'est celui de son origine.
II. Loi portée soas le règne de Binothris en fayeur des rqine s.
Nous n'avons sur le règne de Binothris qu'utie note de Manéthon-; mais avec la connoissance que nous avons déjà que ce roi Binothris est Abraham. fils de T)i^ré, cette note , qui a embarrassé plusieurs savants , va s'édaircir et même nous fournir une nouvelle preuve de l'identité de Binothris et d'Abraham.
Manéthon dit ' que, « sous ce règne, il fut décidé que » les femmes auroient les honneurs de la royauté. »
Ce fait ne paroît nullement croyable à un philosophe moderne, quoique d^aiUeurs assez porté à faire valoir les dynasties de Manéthon pour donner atteipite au témoignage de l'Ecriture*
ce II est constant , dit ce Philosophe * , que , par les » plus anciennes institutions de l'Egypte , les femmes » y avoient été déclarées incapables de régner ; et cette » loi d'exclusion dérivoit des principes mêmes du goun vemement de ce pays-là , où aucune femme ne pou- » voit entrer dans là classe sacerdotale , ce qui les éloi-
■ Syncell. pag. 54* BtyuOp)^..... If ov ixplBn rki yvvaTxaç làot^tlûotç * Recherch, philos, sur les Eg/pt* » tom. I^ p. 36 et soir.
ABAAHAM, FILS DE THARÉ. SgS
» gnoît du XXàaè , où l'on ne parvenoit qu'après avoir «I été ss^cré et adopté dans le collège des prêtres, comme j> Platon , Plutaïque , Synésius et tous les aùciens ea 2> conviennent.
» Il est vrai , ajoute-t-il , cpie George»-le-Syncelle fait 9t mention d'un roi Binothris, cpii fit abroger, à ce qu'il » assure , la loi d'exclusion dont je parle , et déclara les » femmes habiles à succéder à la couronne. Mais cela » est impossible , et il y a ici une erreur qui provient » d'une impropriété d'expression. Toute l'histoire d'E- » gypte, conclut le Philosophe^, est pleine de contra*- » dictions. » . ,
Je puis conclure à mon tour^, qu*il ne faut donc pas faire valoir le témoignage de cette histoire contre celui de l'Ecriture ;.mais ce n'est pas encore assez. Le Philosophe nous dit bien qu'il y a dans l'endroit dont il s'agit une erreur, qui provient d'une impropriété d'expression ; mais iL ne nous apprend pas quelle est cette impropriété d'expression. Par bonheur, contre l'attefnte du Philosophe, qui ne croyoit pas la chose possible , nous avons retrouvé les mémoires originaux de la Bi'bliothèque de Thèbes, et en particulier ceux du règne de Binothris. Il n'est donc question que de consulter le texte primitif que les Egyptiens ont mal interprété* Abraham étant le roi Binothris ; Sara Son épouse est la reine du même temps. Voyons donc la loi portée en fa* Veur de Sara ^ C'est Dieu même qui la porte cette loi.
Cl Dieu dit à Abraham : Vous n'appellerez plus Saraï m votre épouse , Saraï , mais Sara. »
a Le nom de Saraï , dit sur cela dom Calmet *, si-
■ Gènes. 17. i5. Dixit quoque Deus ad Abraham : Saral uroreni^ taam non vocabis Saraï , sed Saram.
* Calmet sur cet endroit.
2g4 Bir^OTUIUS.
» gnifie ma dame ou ma princesse ; et celui de Sara , la » princesse ou la dame. Le dernier, ajoute^t-il, est plus » absolu , et dit une plus grande étçndue de pouvoir. w Saraï ne sera plus considérée comme la reine d'une M seule famille. Elle sera reine de plusieurs nations. »
ce Saraï y dit un autre commentateur ' , n a été jusn qu à présent que la dame d'un époux et d'une famille; n mais elle sera désormais Sara , c'est-à-dire , qu'elle » sera désormais sans restriction la princesse et la -3» damie; parce qu'elle sera la mère de plusieurs, et ^ même de toutes les nations , étant mère d'Isaac , n dont descendra le Messie , qui sera pour toutes les 4» nations. »
Quand ces commentateurs auroient parlé toul exprès -pour mon objet présent , ils ne l'auroient pas fait d'une manière plus expresse. Du reste, Ils ne font en cela que développer le vrai sens de l'Ecriture ; et tous les commentateurs disent équivalemment la même cbose;
On voit donc clairement d'où les Egyptiens ont pris Je droit de royauté établi en faveur des femmes du temps de Binothris , qui est Abraham ; puisque Sara , épouse de ce patriarche , est déclarée reine dans !'£« criture.
Ce n'est pas que je suppose les interprètes égyptieus aussi instruits que les commentateurs que je viens de citer; je pense tout le contraire, et on voit asses de preuves de leur ignorance dans toute leur histoire; il suffit qu'ils aient compris la signification du nom de Sara * , qui en eflèt signifie reine ou princesse , pour qu'ils y aieut trouvé les droits de la royauté établis çn
* Cornet, à Lap, in hune locttm.
* "1\C7 jtr, princeps f t\')V xre , Sara y Domînt;
•.«■S^MMibJM
ABIIAHAM, PILS DB THAR*. %^i
faveur des femmes '. Je puis même ajouter à ce qu« nous avons découvert du roi Binothris , cpie les Egyptiens ont été jusqu'à dire qu'il avoit été réglé ancienne* ment « que la reine auroil plus de pouvoir et seroit plua^ » honorée que le roi , et qua dans les contrats de ma-> *» riaçe des particuliers , la plus grande autorité étoit M donnée aux femmes , les maris pix>mettant de leur » obéir en tout. » On peut voir l'origine de ce conte des Egyptiens dans le nom de Saraï , qui signifie ma d^me. Les interprètes égyptiens ayant pris ce titre à la* lettre , en avoient conclu que la femme avoit plus d'autorité que le mari. Ils faisoient ce conte dans leur mythologie au sujet d'Isis , en même temps sœur et épousa d'Osiris , comme Sara , nommée aussi Ische ou Ischah , fut en même temps la sœur et l'épouse d'Abraham* Mais la fable d'Osiris et d'Isis est trop compliquée , et composée de trop de parties pour l'expliquer ici en entier.
L'auteur des Recherches prétendues philosophiques, que j'ai cité ci-dessus, doit être content de voir rectifier dans l'histoire d'Egypte une contradiction qui allumoit sa bile ; mais il doit avouer en même temps qu'il n'est pas si absurde de recourir à l'histoire des Juifs pour réformer celle des autres nations , puisqu'on y trouve la solution toute simple de ce qui lui pai*oissoit inconcevable.
Du reste , si les interprètes égyptiens ont bien vu dans cet endroit la signification du nom de Sara ; ils
* Diodor. lib. 1 1 n* l6. NofioOcIvScrat et fctçi toxfç Acyvirlcovç iroipâi xo xotvoy tBoi 'Puv avBpétmy yoficTv à^eXy«ç ^t^ to ytyovhç «v tov7oc( xSç ictioç i'KtltyjyfM..,,, iioi Svi Tavlaç tocç àtica; xalaStjfiTiyqki fAc'cÇovoç fÇou-» aiaç xa) Tifi^ç Tuy;(déyiiy Tvtv 'RotviXiovav toO Boi9tilc«*$| xa} wapdi toî^ t^tot'Iacc xuptcvcty rriv yvvctîxot T*av<îp^ç , lv tyJ t^ç ^pocx^ç ffuyypay^ irpacofieXoyovvlwv xitf y9C{jLouy1c«y anotylas, «KQotp^^viffiiv i^^ yafit.oyp.iy]^
J396 BIKOTBAIS.
Font oubliée dans la «aile de leur histoire , puisque , par une bévue que j^expliquerai , ils y ont trouvé la hine.
Nous avons déjà reconnu Abrabam dans le roi Binodiris y dont }e nom signifie fils de Tharé ; et Sara son épouse dans la loi portée sous ce règne , pour établir la royauté des femmes. Mais le fiait qu^on doit le plus s attendi'e à trouver dans l'histoire des Egyptiens, c'est l'en^ lèvement de Sara^ puisque ce fut un roi d'Egypte qui lenleva. Aussi ce joi va-i-il en faire non un seul , imiis prois tout de suite ^près Biuothris.
TLAS-SETHENÈS-CHŒRÈS.