‹ HistoireChapitre 108 sur 134 · ESQUIROS · texte numérisé non relu

ESQUIROS

(Alphonse Esquiros était un littérateur et un poète j à vingt-trois ans il publiait un roman en deux volumes, le Magicien, et à vingt-six ans une CharloUe Corday. Son Eva>iç-ile du peuple, qui parut à la même époque, en 1840, lui attira huit mois de prison; et, pendant qu'il était à Sainte-Pélagie, il écrivit un volume en vers : les Chants du prisonnier. Il produisait sans cesse; en quelques mois il donna les Vierges martyres, les Vierges folles , les Vierges sages , puis il travailla à une Hiffoire des Montagnards en deux volumes, qui parurent en 1847. Une élection partielle en Saône-et-Loire l'amena à l'Assemblée législative en 1849; en 1851, il essuya le feu des barricades. II fut expulsé après le coup d'État, et, retiré en Angleterre, il profita de son séjour pour envoyer à la Revue des Deux-Mondes des études sur la vie anglaise. Il rentra dans la politique comme député en 1869, et mourut en 1876.)

Le premier jour (2 décembre) je me rendis à la réunion du x" arrondissement. Il y aurait, je crois, à décrire les figures des hommes de la droite. Celle de Vatimesnil surtout, longue et pâle, était tout un drame. Il montra d'ailleurs de l'énergie. Un adjoint du maire ayant fait quelques objections et ayant parlé du président de la République : — Il ne l'est plus, s'écria vivement M. de Vatimesnil, il a violé la Constitution.

Je mis mon nom sur une page volante à côté de celui de Marc Dufraisse, puis, voyant que cette réunion était une souricière et ne me souciant pas du tout d'être pris en si mauvaise compagnie, je m'esquivai.

Quelques curieux attendaient à la porte le dénouement bien prévu de cette comédie. J'étais en rapport avec une vingtaine d'hommes solides, anciens membres du club Raspail et du club Blanqui, dont j'avais rallié les débris en 1848 dans le club du Peuple. Je les retrouvai presque tous, ce jour-là. Ils me donnèrent rendez-vous sur les boulevards, où la fermentation, disaient-ils, était extrême. J'y fus. En effet, un aide de camp, suivi d'un chasseur à cheval, venait d'être démonté. Telles étaient du reste les dispositions bénévoles de la foule qu'on le remit en selle, disant : «Ce n'est pas sa faute, si l'autre a fait des bêtises. »

Je fus reconnu. Pendant deux heures environ, je parcourus les boulevards au bras de Mauduit, ancien chef de bataillon de la 11% nous étions suivis par un groupe de deux ou trois cents personnes, parmi lesquelles bon nombre de gamins qui criaient à tue-tête. Toutes les têtes se découvraient sur notre passage au cri de : Vive la République! Je remarquai que le cri de Vive la Constitution ne prenait pas. L'enthousiasme était vraiment extrême. Nous fûmes chargés à la Porte Saint-Denis et jetés dans les rues

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