‹ HistoireChapitre 130 sur 134 · JULES MIOT · texte numérisé non relu

JULES MIOT

(Jules Miot, avocat, représentant du peuple, avait ctc arrêté et emprisonné, puis condamné à mort par un conseil de guerre sans débats contradictoires. II avait été transféré des prisons de Paris dans celles de Bourges en vertu d'un mandat d'amener du capitaine Lebœuf , agissant comme substitut du rapporteur du conseil de guerre fonctionnant dans le département du Cher. La commission mixte de ce département le désigna pour la déportation à Cayenne. Puis, le 28 février 1852, il fut averti verbalement qu'il allait être transféré dans un des forts de Paris. Jules Miot protesta contre un semblable avis, demandant en vertu de quel décret ou de quel arrêt cette disposition était prise. Pour toute réponse, on le transféra le 4 mars des prisons de Bourges au fort d'Ivry à Paris; le 7, il fut conduit au Havre, dirigé sur Brest et de là sur l'Algérie. On le retint prisonnier pendant sept jours au lazaret d'Alger, puis on le fit rentrer en France sur un bâtiment de l'État, on le débarqua à Toulon où on l'enferma dans les cachots du fort Lamalgue. Le 4 mai , on le ramena en Afrique et on le conduisit près d'Oran , à Mers-el-Kébir. Gardé au cachot de ce fort pendant plusieurs semaines, on ne l'en retira que pour le conduire au désert, dans la redoute de Sebdou.

II est resté détenu là pendant trois ans, dans l'ancienne poudrière d'Abd-el-Kader qu'on lui avait attribuée comme cellule.)

Déclaration adressée à M. le général commandant la sous-division de Tlemcen, par Jules Miot, représentant du peuple, transporté à Sebdou :

Monsieur le général,

J'ai été arrêté le 2 décembre 185 1, à six heures du matin, chez moi, lorsque j'étais représentant du peuple, c'est-à-dire inviolable. Depuis je n'ai point été interrogé, jugé, ou condamné, d'une façon régulière. On m'a même laissé ignorer jusqu'aux prétextes dont on entendait se servir pour me transporter, deux fois de suite, en Algérie, après le 2 décembre.

Depuis que je suis ici, on ne m'a fait signifier aucun jugement, aucune condamnation, aucun décret qui me permettent de savoir combien de temps je dois passer sur une terre de proscription aussi brûlante et aussi sauvage que celle sur laquelle j'ai été jeté.

J'ai accepté, sans me plaindre, toutes les mesures qui ont été prises contre moi. Je n'ai adressé aucune demande en grâce et je n'en adresserai point, car je n'ai aucun reproche à me faire, et qu'on ne peut m'en faire aucun.

Ma dignité et ma conscience s'opposent à ce que je demande grâce et merci pour la rémission de fautes, de crimes que je n'ai point commis, et je ne demanderai rien.

J'agis ainsi pour sauvegarder mon honneur, car j'y tiens plus qu'à la vie.

J'ai encore assez bonne opinion de mes adversaires politiques pour croire qu'ils respecteront ce sentiment chez celui dont ils ont compromis la santé, la fortune, le bonheur, la vie peut-être.

Gagner l'affection de ses ennemis politiques est chose impossible, je le saisj il n'en est pas de même de leur estime : on l'obtient, même malgré eux, lorsqu'on s'en montre digne. C'est à quoi je me suis toujours attaché par une conduite honorable et que je crois irréprochable.

Agréez, monsieur le général, l'expression de mes sentiments distingués.

Redoute de Sebdou , lo septembre 1852.

Cette déclaration a été faite à la suite de la sommation qui m'a été faite verbalement, de la part du général Pélissier, d'avoir à faire ma soumission à L. N. Bonaparte, ou de lui adresser une demande en grâce, sous menace d'être envoyé aux travaux forcés d'Algérie si je refusais.

A mon refus, on n'a pas exécuté la menace, mais on a continué à me garder à Sebdou jusqu'à janvier 1856.

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