LE MANUSCRIT
DE
Victor Hugo écrivait à Bruxelles, en 1851 et 1852, VHiffoire d'un Crime alors qu'il était sous l'impression des sinistres événements dont il avait été le témoin, et son manuscrit porte la trace de cette fièvre : l'écriture est cursive, fine, couchée, il semble que la main n'obéissait pas assez vite à l'impulsion rapide de la pensée. On y sent l'improvisation chaude, nerveuse; peu ou point de ratures; peu de surcharges ou des surcharges ultérieures , les lignes sont pressées les unes contre les autres d'une écriture qui varie de finesse; parfois des ajoutés en marge introduits à la suite d'une revision du manuscrit ou de notes et renseignements reçus plus tard.
Tous les chapitres datant de 1851 et de 1852 ont la même origine d'inspiration vibrante et haletante et sont sortis du même jet de colère et de révolte. A ce titre, le manuscrit est curieux parce qu'il est la reproduction photographique vivante du sentiment qui inspirait l'auteur, de la passion ardente qui l'agitait, de la conviction douloureuse qui l'animait. Aussi nulle hésitation, nul tâtonnement; la pensée se développe, nette, précise; les récits se succèdent avec un luxe de détails sans effort et sans arrêt. On croirait, en tournant les pages, que ce travail n'a subi aucune interruption, pas même celle du repos. 44 chapitres datent de cette époque, et ils forment bien en réalité l'histoire entière des événements. Ils auraient pu être publiés ainsi.
Victor Hugo a cependant voulu parachever son œuvre, et a écrit 23 chapitres en 1877; mais il nous présente surtout les à-côté, les hors-d'œuvre du coup d'Etat. Ainsi le premier chapitre : Sécurité, est une sorte de prologue ; d'autres , comme : Autres aéfes no£lurnes ou la Barricade de la rue Thévenotj contiennent des renseignements recueillis évidemment plus tard; les chapitres : les Affiches, la Comiiiipon consultative, Coinmipons militaires et Cotnmijîions niixtis , sont simplement documentaires; les chapitres : Ijouis Bonaparte de profil , Ceux qui dorment et celui qui ne dort pas, le Dedans de l'Elysée, les Familiers, un Auxiliaire indécis, ne renferment que des portraits et des anecdotes.
Le manuscrit ne comportait que 67 chapitres; un chapitre : L'autre liste, qui ne contient guère qu'une nomenclature de proscrits, a été ajouté sur la copie.
En réalité, VHiBoire du Deux-Décembre était bien écrite en 1852, et tout le manuscrit de 1877 n'était qu'un complément qui, sans changer la physionomie du livre, en relevait la partie anecdotique ou pittoresque ou en fortifiait la partie documentaire.
Le manuscrit contient 610 feuillets, les 580 premiers sont de format à peu près égal, quoique le genre de papier varie suivant l'époque. Cette différence nous servira de points de repère pour établir les trois principales périodes du travail de Victor Hugo.
Tout d'abord, il s'est servi de papier pelure, blanc, en écrivant toujours au recto et au verso ; tous les chapitres écrits sur ce papier sont datés de décembre 18 ji ou janvier 1852; c'est la première période.
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Pour la seconde, le papier est bleu, pareil à celui du manuscrit de Napoléon-le-?etit, les dates ne sont pas antérieures à mars; les feuillets ne sont remplis qu'au recto.
Les intercalations, les chapitres faits à Paris en 1877 et en 1878, sont sur papier de fil fort épais, non ébarbé; pour la Conclm'ton , qui compte 28 feuillets, le papier est de très grand format : 45 centimètres de hauteur sur 35 de largeur.
Des paragraphes entiers, des chapitres même manquent au manuscrit; ils ont été ajoutes sur la copie qui a été faite lors de la publication de VHilfoire d'un Crime ou sur les épreuves. ,