Voir ci dessus, t. V, p
Histoire oi&ni&rale. XI. 49
seigneurs ou daïmios, mais le domaine shogounal ou Koryo était administré : 1*^ par le Shoshidaî (gouverneur de Kioto) ; 2'' par les Jodai, Djoban et Kaban (gardes des châteaux de Nidjô, Osaka et Sumpu); 3*" par les Matsibugyô (charg-és de Tadministration générale dans les villes principales de Kioio, Osaka, Sumpu, Nara, Fushimi, etc.); 4** par les Bugyô (chaînés soit de l'administration des ports de commerce comme ceux de Nagasaki, Sado, Sakaï, Ouraga, soit de Tadministratioa des terres sacrées comme celles de Yamada et de Nikko); 5"" par les Daikwan (ou sous-préfets, destinés à percevoir les impôts et à rendre la justice dans chaque district du domaine shogounal). — L'administration municipale générale des villes était dirigée par les Matsibugyô ou préfets, et ladministration locale était dirigée par les vieillards (Matsidoshiyori) et les maires (Manushi ou Shôya). Les villages étaient administrés par les Murakatasanyakuy (\m comprenaient \^^ Manushi, ou maires élu par les paysans, les Kumigashira ou adjoints aux maires et les Hyakushôsodai, conseillers municipaux \ L'on voit que les communes étaient très libres. On désignait sous le nom de Bakufu ou Ha-fu le gouvernement du shogoun, qui se composait de ce chef, et du cabinet de ses ministres (Vâbeya), comprenant un ministre ou Tah^o, trois Rôdjû et cinq Wakadoshiyori. L'inégalité de traitement, la corruption des vassaux du shogoun, la jalousie des daïmios, et en particulier des princes Satsuma et de Shoshiu, devaient amener la chute des Tokugawa, lorsque les étrangers parurent avec des forces que ne soupçonnaient pas les Japonais.
Les étrangers au Japon. — Nous avons vu que les Hollandais étaient, avec les Chinois, les seuls étrangers admis à résider à Deshima au xvii* siècle. Ce fut en vain qu'en 1807 les Russes essayèrent d'alterrir à Yesso, et les Français d'établir des relations soit dans l'archipel japonais, soit aux îles Lieou-Kieou. Nous n'avons des connaissances sur l'empire du Soleil-Levant que par les rares voyageurs qui ont pu y débarquer : Engelbert Kaempfer, qui fît un séjour de deux ans au
1. Ces détails sont empruntés à un ouvrage récent de M. Yorodzou-Oda.
Japon (1690-92) et dont V Histoire^ quoiqu'il fût Westphalien, parut en 1727 en anglais; Charles-Pierre Thunberg, Suédois, envoyé au Japon en 1772, ancien élève de Linné; et Philippe Franz, baron de Siebold, auteur du volume Nippon^ Archiv zur Beschreibung von Japan^ qui fut publié à Leyde en 1832-1851. L'arrivée du Commodore Perry allait changer la situation.
Les Américains au Japon. — Nori-hito (Komei Tennô, 1847-1856) était alors mikado et lye-Yosi shogoun (1838-1853) ; les prédécesseurs de ce dernier avaient été Mina-moto-no lyeyasû Ko (1603-1605); Hide-tada Ko (1605-1622); lye-mitû Ko (1623-49) ; lye-tûna Ko (1650-1680) ; Tnua-yosi Ko (1681-1709) ; lye-nobu Ko (1709-1712) ; lye-lùgu Ko (1713-1715) ; Yosi-mune Ko (1716-1746); lye-sige Ko (1745-1762); lye-haru Ko (1762- 1786); lye-nari Ko (1787-1837). Ses successeurs, derniers shogouns de Tokugawa, furent lye-sada ko (1853-1858); lye-motsi Ko (185&1866) et Yosi-hisa Ko (1866-1867). Les intérêts commerciaux des États-Unis dans TExtrôme-Orient étaient si importants que le président Fillimore se décida à envoyer au Japon, a(in d*obtenir la signature d*un traité, une escadre ayant à sa tète le commodore Matthew Calbraith Perry. Celui-ci arrivait porteur de ses instrucUons à lentrée de la baie de Yedo, à Uraga, en juillet 1853. Il naviguait encore pendant quelques mois dans les mers de Chine, abordait aux iles Lieou-Kieou, et, le 31 mars de Tannée suivante, malgré Topposition du prince de Mito et les ennemis des shogouns de la maison de Tokugawa, il signait avec le bakufu, à Kanagawa, un traité comprenant douze articles dont le plus important était pour les Américains Touverture des ports de Shimoda, dans la province d'Idzu, et d'Hakodate, dans Tile de Yesso. Ce traité, signé par le commodore Perry pour rAmérique et par Hayashi, Dai-gaku-no-Kami, Ido, prince de Tsoushima, Iza-wa, prince de Mimasaka, et Udono, membre du ministère des Finances, pour le Japon, était ratifié en 1854 par le président des États-Unis et les ralifîcations étaient échangées le 21 février 1855 à Shimoda. La signature de ce traité amena d'autres conventions avec les puissances européennes; tour à tour TAngleterre, la Russie et la Hollande obtenaient par traités des avantages importants ; celui
de Nagasaki (14 octobre 1855), signé par Tamiral sir James Slirling, ouvrait aux Anglais les ports de Nagasaki (Hizen) et d'Hakodate (Matsmai) ; celui de Shimoda (7 février 1855) et celui de Nagasaki (30 janvier 1856) étaient successivement signés par le vice-amiral Euthyme Poutiatine et le chevalier Jan Hendrik Donker Curtius.
Nouveaux traitéâ. — Le nouvel envové américain, le général Townsend Harris, profilant des victoires francoanglaises en dhine, signait à Yedo, le 29 juillet 1858, un nouveau traité, par lequel Kanagawa était ouvert au commerce étranger, et les Etats-Unis autorisés à établir un agent diplomatique à Yedo. Un autre traité fut signé par le Japon avec la Hollande, le 18 août 1858; avec la Russie, le 7 août; avec TAngleterre le 26 août; avec la France, le 9 octobre de la même année. A parlir du 13 août 1859, le baron Gros, qui représentait la France, obtenait Touverture de Hakodate, de Kanazawa et de Nagasaki au commerce français. Venait ensuite l'ouverture de Ni-i-gata, le 1*' janvier 1860, et de Hiogo, le 1*' janvier 1863. Le Japon autorisait les sujets français à résider à Yedo, à partir du 1" janvier 1862 et à Osaka, à dater du 1" janvier 1863, mais seulement pour y commercer. Le shogoun lye ya-sada étant mort subitement en 1858, on essaya de le remplacer par Hitolsubashi. Le premier ministre (taïro) li Kamon fit avorter ce projet, et lye-motsi monta sur le trône.
Hostilité oontre les étrangers. — li Kamon no Kami fut un des rares hommes du Japon qui comprit Timportance et la force des étrangers. C'est lui qui avait signé les derniers traités avec eux, malgré le mikado et les daïmios; s*il n'avait pas agi de la sorte, non seulement les Tokugawa, mais encore le mikado, auraient essuyé un désastre. Ce grand ministre paya de sa vie sa clairvoyance : il fut assassiné en 1860. L'agitation contre les étrangers augmentait : la légation d'Angleterre était attaquée le 5 juillet 1861; le 14 septembre 1862, les gens, du daïmio de Satsuma assassinaient près de Yokohama un Anglais, nommé Richardson : il fallait sévir. Le 5 septembre 1864, Anglais, Français, Hollandais et Américains réunissent leurs flottes pour attaquer les forts de Shimonoseki et les détruisent.
Deux ans plus tard, Hitotsubashi, plus connu sous le nom de Keiki, devenait shogoun, il est le dernier de la lignée d'Iyeyas. Chute des Tokuga^w^a. — Cependant Komei Tennô était mort et remplacé comme mikado par son fils Mutsu-hito, né à Kioto le 3 novembre 1852. Le nouveau souverain prend le nengo (nom de règne) de Met dji (1868); la révolution éclate, le shogounat est aboli; les Impériaux écrasent les Tokugawa dans plusieurs rencontres et la résistance de ceux-ci se termine à Hakodate Tannée suivante. Mutsu-hito accepte les traités avec les étrangers, ouvre Kobe, Osaka (1868),Ni-i-gata, Yedo (1869) au commerce; il transfère sa capitale de Kioto à Yedo, qui prend le nom de Tokyo (cour de TEst; équivalent de Tong-King). Une transformation complète de Tempire du Soleil-Levant allait s'opérer; nous verrons que, malgré son extraordinaire rapidité, elle rencontra de grandes difficultés ^
1. Pour la Bibliographie de ce chapitre, Toir ci-dessous, t. XII, à la fin du chapitre Extrême-Orient.