VICTOR-EMMANUEL ET NAPOLÉON IH
toute liberté constilutionnelle, emprisonné ou exilé les plus purs patriotes et remis en honneur les persécutions religieuses. Pour plus de sûreté, il se faisait garder par 12000 soldats autrichiens. Dans les Deux-Siciles, Ferdinand II (le roi Bomba)^ avait supprimé la constitution de 1848, rétabli les privilèges et le bon plaisir ; la police était souveraine, les exécutions politiques étaient encore nombreuses, les galères et les prisons reg'orgeaient de bons citoyens, le peuple restait ignorant et misérable. Dans l'Etat pontifical, les Autrichiens occupaient la Romagne, où les légats du pape étaient sans pitié pour les patriotes (dont plus de cinq cents furent condamnés i mort et exécutés, en huit années). A Rome la présence des troupes françaises (que Louis-Napoléon n'osait pas rappeler de peur de perdre Talliance de TEglise) ne permettait pas de pareils excès, — mais même en cette ville le gouvernement se montrait fort rigoureux et ne se relâchait en rien de Tabsolutisme théocratique dont Pie IX s*était fait, depuis son exode à Gaête, comme un dogme intangible. Vainement le chef du gouvernement français, qui rougissait de paraître complice d'une telle réaction, suppliait ou sommait le Saint-Pcre de se montrer plus clément, de séculariser son administration, de moderniser les lois, de faire une part raisonnable à la liberté. Sous Tinfluence autoritaire d*Antonelli, Pie IX se refusait à toute concession ou n*en faisait que de pure forme *, gardait le droit de nommer à tous emplois et de décider en toutes matières, maintenait avec les juridictions ecclésiastiques une législation odieuse, surannée, et ne montrait qu'aversion pour les idées de progrès ou d'innovations. II n'avait de sympathie et de complaisance que pour l'Autriche. Aussi le pontife que l'Italie entière avait salué de ses acclamations en 1846, parce qu'elle le croyait patriote et libéral, avait-il depuis longtemps cessé d'être populaire.
Victor-Emmanuel, ses débuts. — Ce n'était plus de Rome que les Italiens attendaient leur affranchissement, c'était de Turin. Là régnait depuis 1849 le seul prince italien qui fût resté fidèle à la cause nationale et n'eût pas rétabli le
1. Par le motu proprio du 12 septembre 1849 et les éd ils du 10 septembre 1850.
pouvoir absolu. Au lendemain de Novare, Victor-Emmanuel *, à peine assis sur le trône chancelant que lui abandonnait Charles-Albert, avait pris vis-à-vis de Fétranger, comme de son peuple, Tattitude la plus digne, la plus loyale et la plus ferme. Ce roi jeune et brave, sans être un grand esprit, cachait sous la rondeur toute militaire de ses façons et de son langage beau, coup de bon sens et de sagacité. Il comprenait qu adossé aux Alpes, appuyé sur la France, qui en haine de l'Autriche devait tôt ou tard lui venir en aide, le Piémont pouvait devenir pour les patriotes italiens un foyer d'attraction et un point de ralliement. Pour cela, que fallait-il? — Que le chef de ce petit État restât en communion de cœur avec son peuple, respectât le régime constitutionnel, méconu et détruit par les autres souverains de la péninsule, enfin et surtout regardât TAutriche en face. Aussi s'était-il gardé d'abolir le Statut fondamental àe 1848 et les libertés qui en assuraient le fonctionnement. Vainement la cour de Vienne, en concluant avec lui la paix du 6 août 1849, lui avait-elle oCTert d'en rendre les clauses moins onéreuses pour le Piémont s'il voulait supprimer celte constitution et renoncer ouvertement aux revendications nationales dont Charles-Albert s'était fait le champion. Victor-Emmanuel avait mieux aimé subir toutes les exigences du vainqueur, pour qu'on ne pût lui reprocher aucune compromission avec l'étranger, et, au lieu de reprendre le drapeau particulier du royaume de Sardaigne, il avait fièrement conservé le drapeau italien aux trois couleurs, symbole de revanche et d'affranchissement. Grâce à lui et à son intelligent ministre d'Azeglio % le Piémont servait d'asile à un grand nombre de proscrits venus de tous les points de la Péninsule et dont le dévouement et les promesses entretenaient sa foi dans l'avenir. La patrie italienne semblait s'être pour un temps resserrée dans les limites de ce petit Etat. On sentait bien qu'elle les briserait quelque jour pour porter de nouveau son drapeau jusqu'à l'Adriatique et à la Sicile. En attendant, le Piémont grandissait par le développement rapide
1. Né à Turin le li mars 1820, roi de Sardaigne par Tabdicalion de son père Charles-Albert, le 23 mars 1849, roi d'Italie en 1861, mort à Rome le 9 janvier 1878.