LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE
Commerce, Marie, adversaire de Louis Blanc. Il s'agissait d'occuper les ouvriers sans travail, très nombreux à Paris où la révolution avait fait fermer la plupart des usines (il en arrivait aussi beaucoup de province). Louis Blanc aurait voulu les employer chacun suivant son métier dans de véritables ateliers de production, subventionnés par TEtat. Le gouvernement adopta le nom, mais non la chose. Aux ouvriers sans travail réunis en ateliers- nationaux on fit faire des travaux de terrassement dans Paris. Un élève de TEcoIe centrale, Thomas, fut chargé de les diriger; il organisa les ouvriers militairement en escouades de 10 hommes, brigades de 8 escouades, lieutenances de 4 brigades, compagnies de 16 brigades. Le salaire fut fixé à 2 fr. par ouvrier (2 fr. 50 pour le chef d*escouade, 3 fr. pour le brigadier).
Mais bientôt il ne resta plus de travail utile à faire et le nombre des ouvriers s*accrut : de 25 000 le 16 mars, à 66 000 le 16 avril, 100 000 en mai. On réduisit chacun à deux journées de travail par semaine à 2 fr., avec un salaire d'inactivité de 1 franc (8 fr. par semaine en tout) ; et on les envoya au Champ de Mars remuer de la terre ' . Ainsi se forma une masse de mécontents réduits presque à Tindigence, qui passaient leurs journées ensemble à discuter et à écouter la propagande socialiste.
Les deux institutions, la commission du Luxembourg et les ateliers nationaux, paralysées systématiquement par le gouvernement, ne produisirent aucune réforme sociale; mais en groupant les ouvriers elles leur donnèrent des chefs qui en firent une force de cTombat. Ce fut le comité du Luxembourg qui organisa la manifestation du 16 avril et c'est des ateliers nationaux du Cham{) de Mars qu'elle partit.
I. Ë. Thomas raconte qu'il avait deniandë à Marie d'employer Targenlà sut> ventionner les imiiistriels pour leur permettre de conserver leurs ouvriers chacun dans son métier, et que Marie refusa en ajmitant • que Tintention bien arrêtée du gouvernement avait été de laisser s'accomplir celte expérience, quVn elle-même elle ne pouvait avoir que de bons résultats, parce qu'elle démontrerail aux ouvriers eux-mêmes tout le ville et toute la fausseté de ces théories inapplicables et leur ferait apercevoir les conséquences désastreuses qu'elles entraîneraient pour eux-mêmes; qu'alors dèsnbusés pour l'avenir, leur idolAtrie pour M. Louis Blanc s'écroulerait toute seule, et que désormais il perdrait ainsi tout son preâtige, toute sa force et cesserait <l'être jamais un danger •.
RlSTOinB OÉNéRALS. XI. 2
///. — L'Assemblée Constituante.
Réunion de la Constituante. — L'Assemblée nationale, élue au suffrage universel le 23 avril et réunie le 4 mai, fut républicaine démocratique. On avait rétabli la pratique révolutionnaire de rindemnité parlementaire, soigneusement évitée par la monarchie censitaire; les représentants du peuple recevaient 25 francs par jour. Un personnel presque entièrement nouveau arrivait au pouvoir; sur 900 représentants près de 800 républicains. Mais une assez forte minorité de propriétaires, élus sous rinfluence du clergé, sans se déclarer ouvertement contre la République, voulait une politique de réaction (le mot n'était pas encore employé avec une nuance défavorable) contre les tentatives des démocrates socialistes.
La grande majorité était hostile aux ouvriers de Paris, elle voulait la république démocratique et pas de révolution sociale. Elle le manifesta en déclarant que le Gouvernement provisoire avait bien mérité de la patrie; en élisant (9 mai) une commission executive de cinq membres chargée du pouvoir exécutif (Arago, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine, Ledru-RoUin), anciens membres du Gouvernement provisoire et hostiles à Louis Blanc; en refusant de créer un ministère du Travail.
Le 15 mai et les Journées de juin. — Les ouvriers de
Paris, très mécontents des élections et de TAssemblée, refusé-
rent de prendre part à la fête de la Concorde. Les clubs décidèrent d'aller en masse à TAssemblce présenter uiys pétition pour rintervenlion de la France en faveur de la Pologne opprimée. Le 15 mai, une foule énorme d'ouvriers et de gardes nationaux armés se porta sur l'Assemblée. Il semble que les chefs de la manifestation n'avaient pas tous les mêmes intentions : le Comité du Luxembourg, Louis Blanc et Albert ne pensaient qu'à une démonstration paciflquc. Mais les chefs des clubs, les vieux révolutionnaires (Blanqui, Barbes) voulurent profiter de l'occasion pour faire une révolution. Le Palais-Bourbon étant