‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 4 sur 190 · L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

mal gardé, la foule y entra et envahit la salle des séances en criant : Vive la Pologne! Un des chefs, Huber, dit : « Au nom du peuple l'Assemblée nationale est dissoute » ; puis on proclama un gouvernement provisoire où L. Blanc et Albert, malgré leurs protestations, figuraient i côté de Barbes et Blanqui. Une autre bande s'était emparée de THôtel de Ville. Mais la révolution fut courte. On battit la générale. La garde nationale et la garde mobile accoururent et délivrèrent l'Assemblée. Albert et . Barbes furent arrêtés (et condamnés plus tard par une Haute Cour à Bourges); Louis Blanc,. menacé, s'exila.

L'Assemblée irritée décida de détruire les ateliers nationaux, et nomma une commission qui prit pour rapporteur Falloux, légitimiste catholique. Les ouvriers, menacés de perdre leur unique moyen d'existence, étaient organisés pour résister; le 19 mai leur avait enlevé leurs chefs politiques; mais ils avaient encore le comité du Luxembourg et les délégations des ateliers nationaux; ils étaient encadrés parleurs chefs d'escouade des ateliers nationaux et, comme gardes nationaux', ils étaient armés. Aussi l'Assemblée hésita-t-elle quelque temps à engager la lutte.

Enfin le rapport de la commission conclut à la suppression des ateliers nationaux. Le 21 juin, le ministre des Travaux publics, par un arrêté, déclarait les ateliers nationaux dissous et invitait les ouvriers à s'enrôler dans l'armée comme soldats ou à se tenir prêts pour aller faire des terrassements en province.

Une délégation de 12 à 1500 membres avec leurs bannières, envoyée par le comité du Luxembourg et les ateliers nationaux, vint réclamer auprès du gouvernement. Le ministre Marie répondit : « Si les ouvriers no veulent pas partir, nous les y contraindrons par la force > (23 juin).

Le soir même, à 6 heures, une grande assemblée d'ouvriers se réunissait au Panthéon ; un ouvrier, Pujol, prononçait un discours. — Le lendemain, à 6 heures du matin, Pujol réunissait une foule de 7000 ouvriers devant la colonne de la Bastille, les assistants s'agenouillaient et criaient : « La liberté ou la mort! » Une jeune fille apportait un bouquet à Pujol qui l'attachait à la hampe d'un drapeau, et la guerre civile commençait.

Les ouvriers retirés dans leurs quartiers s*y barricadèrent et envoyèrent demander au gouvernement le rétablissement des ateliers nationaux et la dissolution de T Assemblée. L'Assemblée proclama l'état de siège, puis donna pleins pouvoirs au général Cavaignac, ministre de la guerre. La Commission executive démissionna, Cavaignac resta seul maître. Il avait 20000 soldats, la garde mobile et la garde nationale des quartiers de rOuest. Puis arrivèrent les gardes nationaux de la banlieue et des départements.

La bataille dura quatre jours (du 23 au 26 juin). Les insurgés se maintinrent sur la défensive ; il fallut les forcer dans leurs quartiers sous une fusillade meurtrière. Le 24 on leur prit les faubourgs du Nord (Poissonnière, Saint-Denis) et le quartier du Panthéon ; le 25 le faubourg Saint-Marceau ; on les cerna alors dans leur principal quartier, le faubourg Saint- Antoine S où,'le 26, les derniers combattants furent pris. Des deux côtés la lutte avait été acharnée ; on s'accusa mutuellement d'avoir massacré des prisonniers ou des blessés. Les insui^és prisonniers (11 000 environ) furent entassés et maltraités, puis l'Assemblée décréta la transportation en masse. Les journées de juin laissèrent un long souvenir de haine entre les ouvriers et la bourgeoisie et achevèrent la ruine de l'organisation socialiste. Le gouvernement supprima 32 journaux.

La Constitution de 1848. — L'Assemblée conserva Wétat de siège jusqu'au 29 octobre. Cavaignac, maître du pouvoir exécutif, constitua un ministère de républicains anti-socialistes et prit pour commandant en chef de la garde nationale de Paris un officier royaliste, Changarnier.

Puis l'Assemblée fit la Constitution. Elle commença par voter une déclaration des droits. « En présence de Dieu et au nom du peuple français, l'Assemblée proclame : La France s'est constituée en République ji.... c La République française est démocratique. » Un légitimiste, La Rochejacquelin, dit : c Je désire que ce mot soit entendu de telle façon qu'il ne soit pas

I. C'est le 25 qu'au faubourg Saint-Marceau fut massacré le général Bréa, et qu'au faubourg Saint-Antoine l'archevêque de Paris, AfTre, en allant parler aux insurgés, reçut une balle qui le tua.

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