RUSSELL ET PALMERSTON
lîmiles,^ non du possible, mais de ce qui lui était possible. A la noire misère, Tabus des travaux publics remédiait mal. Tel faisait de Touvrage de singe bien payé par TEtat, gâtait, par exemple, les routes sous prétexte de les entretenir, et refusait de Touvrage sérieux qui se présentait commercialement. Le gouvernement rétablit les principes économiques ; en revanche il élai^it Tassistance publique par les secours à domicile. Insuffisant d*ailleurs tout remède, tant que la population excéderait le maximum que pouvaient nourrir les produits du sol. Aussi, loin de regarder Témigration comme un malheur, le ministère Tencouragea et la dirigea de son mieux. Pénurie et départs diminuèrent rapidement le nombre des Irlandais d*Europe, pendant que la foule croissante des Irlandais d'Amérique, ennemis acharnés de leurs anciens dominateurs, menaçait sérieusement l'avenir de l'Angleterre.
Entre landlord et tenancier, Russell cherchait un double moyen d'apaisement : rendre le propriétaire moins besogneux, et le cultivateur moins dépendant. Quel tëte-à-tète, en effet! un maître écrasé d'hypothèques, dont le total dévorait plus qu'à moitié la rente du sol; un fermier menacé d' « éviction », sans indemnité pour le labeur qui avait fécondé son champ. Le ministre proposa donc un double bill, pour la vente des domaines hypothéqués au delà d'une certaine limite, et pour assurer au tenancier évincé une indemnité en raison de ses travaux. L'état de l'opinion en Angleterre ne permettait pas encore le succès de cette seconde partie; la première réussit seule et prit le titre i'Encumbered Estâtes Act. Isolée, cette loi n'a peut-èlre pas mérité l'admiration de son auteur, ni le voyage qu'il entreprit pour en assurer l'application. Les vieux propriétaires héréditaires, tenus à certains ménagements par leurs anciennes relations avec des cultivateurs, héréditaires aussi, cédèrent trop souvent la place à des spéculateurs étrangers au pays, et qui le firent exploiter sans merci par leurs agents. Cependant, soit à cause de cet Acte, soit à cause des mesures sévères de lord Grey, ministre de l'Inlérieur, le nombre des crimes agraires baissa rapidement, dans la proportion de dix à un pendant une période de vingt années.
La révolution de 1848 et les chartlstes. — Ces
années si difficiles dans les -Iles britanniques comme sur le continent faillirent être ensanglantées par une guerre avec la France, tant les mariages espagnols excitèrent les passions. Les articles, les dessins injurieux contre Louis-Philippe et sa famille remplissaient la presse. Dans les hautes régions, Russell, presque aussi irrité que Palmerston, travaillait avec Wellington à un plan de défense nationale.
La révolution parisienne de février déplut moins qu'elle n'aurait déplu en d'autres circonstances ; mais ce brusque renversement d*un trône libéral selon le modèle britannique, ce brusque saut dans Tablme noir du suffrage universel au sortir d'un régime censitaire trop serré, étaient ce qu'on pouvait imaginer de plus anti-anglais. Aussi, tandis que notre seconde révolution, celle de 1830, analogue à celle de 1688, avait exercé l'influence la plus directe sur l'histoire constitutionnelle de l'Angleterre, notre troisième révolution, comme jadis la première, produisit plutôt un effet de réaction. La haute Chambre refusa d'admettre les Juifs au Parlement : toute innovation déplaisait.
On s'en aperçut lorsque le chef des chartistcs, le député à moitié fou Feargus O'Connor, convoqua un meeting monstre dans Kennington Park pour porter au Parlement une pétition monstre pareillement, chargée, disait-il, de plus de cinq millions de signatures. Le gouvernement rappela qu'il était illégal d'amasser une foule pour présenter une pétition, et offrit le bâton de constable spécial, c'est-à-dire temporaire, pour la journée du 10 avril, à tout homme de bonne volonté. Deux cent mille se présentèrent, véritable démonstration nationale contre la révolution cosmopolite. Quant à la démonstration des chartistes, elle tomba dans le ridicule lorsque la foule des manifestants se trouva très inférieure à celle des constables volontaires, et lorsqu'on vérifia au bas de la pétition les signatures de M. Jambe-de-Bois, de M. Pain-et-Fromage, de Wellington et du prince Albert. En Irlande, ce fut moins comique, mais plus limité : Smith O'Brien attaqua sans succès un poste de police. En Ecosse, l'émeute encore moins comique de Glasgow