‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 35 sur 190 · RUSSELL ET PALMERSTON · texte numérisé non relu

RUSSELL ET PALMERSTON

n*eut pas de résultat. La reine pouvait dire, dans son discours du 5 septembre : « La force de nos institutions a été éprouvée et n*a pas faibli. J'ai travaillé à conserver le peuple confié à ma charge, dans la jouissance de celle liberté tempérée qu'il sait si justement apprécier. »

Palmerston et la oour; le c( Civis romanus ». — Les événements continentaux, d'abord les révolutions, puis, à partir de 1849, les réactions, n'étaient pas envisagés de môme en haut lieu : le Foreign offîce et la cour suivaient des penchants contraires, Russell ne sachant que devenir entre le radicalisme européen de son collègue et le conservatisme européen de sa souveraine. Palmerston faisait passer son propre radicalisme européen avant son propre conservatisme anglais : « L'exemple de la France, écrivait- il, va mettre en lair notre population non votante, et faire crier pour l'extension du suffrage, le vote secret et autres choses pernicieuses. N'importe, pour l'heure présente, vive Lamartine! i» Il ne persista pas dans cette admiration, car la constitution française de 1848 ne lui parut pas viable, mais il persista dans utie attitude hostile à toute restauration royaliste, et pencha de plus en plus vers le Président. Il soutenait les insurgés des autres pays, même après leur écrasement, et les voyait avec plaisir se réfugier à Londres. La reine, mécontente de ses allures plus dictatoriales que ministérielles, lui infligea le Mémorandum suivant, qui d'abord resta secret : c La reine exige premièrement que lord Palmerston dise distinctement ce qu'il propose dans chaque cas donné, afin qu'elle sache aussi distinctement ce à quoi elle donne sa sanction royale. Deuxièmement, celte sanction donnée à une mesure, elle exige que cette mesure ne soit point arbitrairement altérée ou modifiée par le ministre. Elle considérerait un tel acte comme un manque de sincérité vis-à-vis de la couronne, et estime qu'elle aurait le droit de le punir dans l'exercice de son droit constitutionnel, en renvoyant le ministre. Elle s'attend à être informée de ce qui se passe entre le ministre et les ambassadeurs étrangers, avant que l'on prenne des décisions importantes, basées sur ces rapports, à recevoir en temps utile les dépèches de l'étranger, i recevoir les copies des réponses

soumises à son approbation assez à temps pour qu'elle puisse en prendre connaissance avant que les réponses soient dépêchées. » Ce texte est capital dans l'histoire du règne actuel.

La même année, Palmerston remporta son plus grand succès d'éloquence chauvine. Depuis longtemps il voyait de mauvais œil le gouvernement grec inféodé, selon lui, à la Russie et à la France. Il mena un bruit terrible à propos d'un marchand juif de Gibraltar, protégé anglais, don Pacifico, dont la populace d'Athènes avait pillé la maison. De là sortirent, non seulement une demande d'indemnité, mais des difficultés diplomatiques et presque la menace d'une guerre générale. Les procédés du ministre justifièrent une discussion pendant laquelle il prononça, sans aucune note, un discours de cinq heures, dont la péroraison excita l'enthousiasme : « A l'exemple des anciens Romains qui se croyaient dignes de tous les respects lorsqu'ils pouvaient dire Ci vis romanus sum, l'Anglais, en quelque pays qu'il soit, pourra avoir celte confiance que l'Angleterre le suit partout de son œil vigilant, i»

Les titres ecclésiastiques. — Depuis vingt ans, depuis dix ans surtout, l'anglicanisme ne possédait ni la même puissance légale qu'autrefois ni la même tranquillité intérieure* Les catholiques romains profitaient plus encore que les dissidents de la chute des anciennes barrières; ils faisaient des conversions dans la haute société, et un certain nombre d'anglicans, sans aller jusqu'à eux, se rapprochaient d'eux suivant un mouvement qui a gardé le nom de < puséisme ». En 1851, le pape crut le moment venu de nommer ouvertement des évèques catholiques; il provoqua ainsi une violente réaction nationale. Lord John Russell et le peuple virent dans la publi* cité donnée ainsi à la hiérarchie romaine un attentat contre les droits de la reine et de Tépiscopat protestant officiel. Une loi, qui resta sans application, déclara nulle toute nomination de ce genre, et toute donation qui serait faite aux évèques du pape. Mécontente de tout ce bruit, la reine écrivait : « Protestante sincère, comme je l'ai toujours été et le serai toujours, je regrette l'esprit intolérant manifesté par un si grand nombre de mes sujets dans les réunions publiques. » Le premier

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ministre expliqua plus lard qu'il avait seulement voulu mettre àTabri de toute contestation la légalité delà hiérarchie nationale.

Crise et Exposition universelle (1851). — Pendant la discussion de cette loi platonique, un changement ministériel faillit se produire. Depuis quelque temps propriétaires et fermiers s'agitaient pour le rétablissement des corn law$. Les tories ruraux, toujours dirigés par Disraeli, sommèrent le ministère de prendre des mesures contre le malaise agricole, c'est-à-dire de rétablir la protection ; ils échouèrent dans cette tentative, mais ils réussirent à obtenir un vote en faveur de l'extension du suffrage dans les campagnes. Russell se retira, mais devant l'impuissance où se trouvaient ses adversaires de lui succéder, il dut reprendre le pouvoir.

Ce qui sauvait provisoirement le navire ministériel désenx<paré, c'était la grande entreprise du prince Albert, la première Exposition universelle, sorte d'illustration du Libre-Échange et de la paix générale. Précisément à cause de cela, les patriotes ombrageux la redoutaient. Un député célèbre par ses moustaches, le colonel Sibthorp, y voyait l'invasion du papisme et de l'incrédulité, voire même d'autres périls : c Gardez, disait-il, vos femmes et vos filles, veillez sur vos propriétés, veillez sur vos propres existences. » Le Palais de Cristal devait, ruiner et déshonorer l'Angleterre; en réalité il lui valut, ainsi qu'au couple royal, un splendide succès.

Kossuth et le Deux-Décembre ; chute de Palmerston. — Deux circonstances aggravèrent le désaccord de la cour et du Foreign office. Palmerston protégeait l'ex-diclateur hongrois Kossuth contre les demandes d'extradition que l'Autriche adressait au sultan. Après un internement de deux ans en Turquie, Kossuth vint à Londres. Très bon orateur en langue anglaise, il donna des conférences à des foules enthousiastes. Le déplaisir de la reine et du prince égalait presque celui de l'ambassadeur d'Autriche. Toujours embarrassé, Russell tomba d'accord avec la reine sur ce point que Palmerston, qui venait de se compromettre par un discours radical en faveur de Kossuth, ne pouvait sans grave danger lui accorder une audience. 11 obtint difficilement cette concession.

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Les choses restaient fort tendues, Iorsqu*eut lieu le coup d*Etat de Paris. Elles s'envenimèrent grâce à un singulier renversement des rôles. C'était maintenant le césarisme français que Palmerston accueillait avec sa fougue indiscrëie, le césarisme blâmé par la cour constitutionnelle aussi bien que par la démocratie. Au fond, rien de plus logique : le grand Anglais détestait les héritiers de Louis-Philippe et les Bourbons d'une branche quelconque, dont il craignait la restauration. De plus, il connaissait l'anglomanie de Napoléon et augurait de son prochain règne des arrangements utiles à l'Angleterre. Donc, tandis que le gouvernement prenait une attitude froide, presque hostile, le chef de la diplomatie, à lui tout seul, félicitait bruyamment l'ambassadeur français. Les autres ministres répondirent à cette démarche intolérable en excluant Palmerston. Le Parlement s'élant réuni le 3 février 1852, Rœbuck demanda des explications sur ce départ. Au cours de sa réponse, Russell produisit le fameux Mémorandum, Le démissionnaire -se laissa écraser avec une modération et un tact qui assurèrent son prompt retour aux affaires; mais, sur le moment, on le crut fini.

Le premier ministère Derby et 1' « enterrement de la Protection ». — Il eut bientôt son « prêté-rendu » avec Russell. Celui-ci présentait un projet de loi sur la milice, motivé par les craintes d'invasion qu'éveillait de nouveau l'avènement d'un Bonaparte. Le projet, critiqué par Palmerston, tomba, et le ministère avec lui. L'expérience s'imposait d'un cabinet conservateur : il n'allait pas durer longtemps. Deux grands orateurs brillaient à sa tète : Slanley devenu comte de Derby, Disraeli, chancelier de l'Échiquier. Lord Malmesbury recevait le dangereux portefeuille des Affaires étrangères à cause de ses relations personnelles avec le futur Napoléon IlL Les autres membres jetaient si peu d'éclat que ce nom leur resta : « le ministère des Qui-Qui ». Voici pourquoi : Wellington mourant recevait la visite du nouveau Premier ; il lui demanda le nom de ses collègues, et ces noms étaient si peu connus que le vieux guerrier demandait : « Qui? Qui? » De plus, aucune harmonie entre les deux têtes : lord Derby acceptait le pouvoir pour rétablir le

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