Pluriel arabe de Senf
de Tancien régime. Le parti du nouveau régime remporta en 1831, et le résultat de sa victoire fut la promulgation de la Charte ottomane dite < khaii de Gulkhané ».
De 1836 à 1856, une série d*édits ' émanant du bon plaisir des sultans Mahmoud et Abd-ul-Medjid ont modifié les anciennes lois organiques de Tempire ottoman et les rapports de ses populations entre elles; ils ont modifié les rapports de Musulmans à Chrétiens, et ceux de Musulmans à Musulmans. Ces édits ont préparé et suivi les deux rescrits souverains ' de 1839 et de 1856, considérés comme les chartes de Tempirc ottoman. L'ensemble des deux chartes de 1839 et de 1856 et des édits qui s'y rattachent s'appelle Tanzimal, pluriel arabe employé en turc comme singulier, du verbe nazzam, « mettre en ordre, organiser », d'où le substantif nizamy < ordre, organisation ».
Il y avait sans doute, dans cet acte d'autorité du sultan Mahmoud, une part destinée à conjurer l'Europe, à l'empêcher de s'entendre pour partager la Turquie; mais il y en avait une autre destinée à améliorer la Turquie pour l'usage des Turcs et du gouvernement turc, par des réformes dont un certain nombre d'Ottomans proclamaient la nécessité dès lexvm® siècle. Le petit nombre des libéraux osmanlis qui collabora au coup d'État du sultan Mahmoud crut sincèrement que les réformes étaient la panacée à tous les maux de la Turquie, et que le pays renaîtrait, du jour au lendemain, en pleine prospérité. Mais le pays n'était aucunement préparé au nouveau régime; le gouvernement n'avait pas de personnel pour l'appliquer ; les indigènes n'avaient pas d'instruction pour le comprendre. Dans des provinces habitées par des populations à l'esprit ouvert et disposées à profiter de réformes, elles se heurtaient au particularisme et au droit coutumier.
Pour remplacer d'anciennes forces usées, ou brisées, il eût fallu former une nouvelle génération par l'éducation, et notamment par l'instruction européenne ; le Terdjuman odasi, « cabinet
1. ïradé (de l'arabe; vouloir, décider) : ordre, volonté souveraine.
2. Khail-i'Chérify KkaU-i-humayoun, « Écriture impériale, ordre souverain tracé de la main même du sultan ». Khalt-i-chérif i\\\. de Gul-Kliané (1839); Khatt-ihuînayoun (18 février 1856).
des traducteurs », créé à la suite de Tinsurreclion grecque, lorsque l'éloignement des Phanarioies des affaires nécessita rétablissement d'un collège pour les rapports internationaux de la Porte, fut un premier collège, d'où sont sortis les hommes qui ont gouverné la Turquip jusqu'en 1870, Ali Pacha, Fuad Pacha, Ahmed Véfik Pacha, Namyk Pacha, Savfet Pacha, etc.
En même temps que le cabinet des traducteurs initiait un certain nombre d'Osmanlis aux choses de l'Occident, la presse commençait à jouer un rôle dans la transformation des musulmans de l'empire ottoman. C'est à des Français que revient l'honneur d'avoir créé la presse en Turquie. En 1825, Alexandre Blacque fondait à Smyrne la première feuille périodique de Turquie, Le Spectateur de VOrient, Appelé par sultan Mahmoud à Constantinople, il y créa le Moniteur ottoman, journal officiel du gouvernement (1831), qui parut d'abord en français. L'année suivante (1832) parut simultanément, en turc, le Taqvim i Vaqaïeh, « la Table des événements », qui était la reproduction du Moniteur *. L'édition française, en bulle à Thostilité des ambassades, cessa de paraître en 1843, et fut remplacée par le Djendé i havadis, « Registre des nouvelles », journal polémique gouvernemental, le Taqvim i Vaqaieh restant la feuille officielle. C'est en 1860 que parut le premier journal turc qui tenta de faire sinon do l'opposition, du moins de la discussion, le Terdjuman i Ahval, « l'Interprète des circonstances »; puis, en 1861, le Tasvir i Efkiar*, « la Peinture de l'opinion publique », journal à tendances libérales. Le Tasvir i Efkiar marque une étape dans l'évolution des idées musulmanes en Turquie; le premier, il introduit une ponctuation dans la phraséologie; il publie en feuilleton et dans le corps du journal des ouvrages d'érudition, l'histoire des Séleucides et des Parthes, par Soubhi Bey, accompagnée de la reproduction
1. Pour la partie officielle. Le Moniteur en français contenait une partie non officielle ouverte à la discussion.
2. Fondé par Cbinasi Efendi, l'un des hommes qui ont exercé la plus grande action sur l'esprit et la littérature turcs, et contribué à la formation d'une langue nouvelle. Parmi ses élèves européens, je cite l'éminent turcologuc Pavel de Courteille.
de médailles à images ; la bibliographie d'Avicenne ; un extrait du Droit des gens de Vatlel, etc.
t Trois ans plus lard, il s'est déjà formé en Turquie, parmi les Musulmans, de véritables partis, avec une presse pour soutenir leurs doctrines, le Baçiret^ « le Perspicace > (conservateur) ; le Vaqyty « le Temps »; VIstiqbal, < l'Avenir »; le Çadaqaty « la Vérité » (progressistes).
Revues, vulgarisation, sociétés. — A la même époque (entre 1860 et 1863), se fondaient, en Turquie, la première société savante et les premiers périodiques, soit scientifiques, soit de vulgarisation, avec des illustrations reproduisant la figure humaine; en 1861, la Société scientifique ottomane (Djemiiei'i-ibnié'i-Osmaniié) S publiant une revue scientifique {Medjmotta-i-Funoun) ; en 1863, la Société littéraire {Djemiiet-i-Kitabet), publiant une revue mensuelle illustrée, puis une revue militaire. Quand on compare les articles publiés par ces revues a ceux qui paraissaient dans les plus anciens journaux turcs, on est frappé du changement des notions sur rOccident, des idées, et du vocabulaire qui commence à se former pour exprimer ces notions et ces idées. En 1848, le Taqvim i Vaqaïeh essaie, en ces termes, d'expliquer à ses lecteurs ce qu*est Tlnstitut de France : « La plus célèbre des académies en France est la grande maison des dilTérents enseignements, qui comprend cinq académies. La première s'occupe des finesses des différentes langues; la deuxième de différents enseignements, du dessin, de la sculpture, de rarchitecture, de la musique, de la poésie, de la rhétorique et des autres arts, qu'on appelle les beaux-arts ; la quatrième, des sciences philologiques; la cinquième, des sciences politiques. > Dès 1865, on trouvera, dans les revues ottomanes non seulement des notions exactes sur rinstitut, mais des comptes rendus partiels, écrits dans un turc barbare au point de vue de Torientalisme, hérissé de mots français, qui, peu à peu, deviennent indigènes. En cinquante ans, et plus rapidement dans ces trente dernières années, la
\. Avec une bibliothèque ouverte aux lecteurs trois fois par semaine, et des cours publics sur l'économie politique, la langue, récriture et la composition française, l'arithmétique, les langues turque, anglaise, italienne et grecque.
langue turque osmanlie s'est profondément modifiée. « Noire code a servi de modèle aux essais de législation formulés dans le Destour K Nos écrivains classiques et surtout les deux grands frondeurs du xvni** siècle, Voltaire et Rousseau ont été étudiés, traduits, abrégés et souvent mutilés dans toutes sortes de livres et de journaux. Le grand dictionnaire turc Lehdjé-i-Osmaniy publié en 1875 par Ahmed Yénk-Pacha, fait à un point de vue patriotique, puisqu'il n'admet dans son lexique que les mots vraiment turcs et le petit nombre de vocables arabes, persans et étrangers auxquels Tusage a donné une acception particulière, a codifié celte langue nouvelle; il a frayé une voie nouvelle à la lexicographie ottomane, non sans causer quelque scandale au début ^ >
Ces modifications dans les idées et dans la langue sont provenues surtout de la presse, de la littérature, du théâtre naissant, des essais de discussion politique et de régime parlementaire; rinstruction publique y a contribué pour très peu de chose. Les intellectuels de Turquie, qui ont écrit ou agi depuis 1850, étaient des autodidactes.
Instruction publique. — La sécularisation de rinstruction publique en Turquie date de 1846. A cette époque fut créé un < conseil » ou « commission de Tlnstruction publique » {MedjlîS'î-Méan'f'i'Oumoumné), qui figure sur le plus ancien annuaire {Salnamé) de Tempire ottoman, publié en 1847. En 1857, ce conseil fut changé en département ministériel {Méarif-i'Oumoumiié Nazarèté).
Avant 1846, l'enseignement, concentré tout entier entre les mains des ulémas, était demeuré ce qu'il était au temps des khalifes. Il y avait deux sortes d'écoles : les écoles élémentaires {Mekleb) confiées aux imams des quartiers, et les Medressés (à la fois séminaires et écoles de théologie) annexées aux grandes mosquées, et entretenues sur le vaqouf (fondations de mainmorte). Les professeurs des medressés recevaient leurs grades universitaires sous forme de brevets délivrés par leurs maîtres. Le programme de l'enseignement, qui est le même dans toutes