Barbier de Meynard, Dictionnaire turc-français
les sociétés musulmanes, est représenté exactement par celui de Tuniversité d'El Azhar, au Caire : 1. Sciences rationnelles : Syntaxe. Grammaire. Rhétorique. Versification. Logique. Droit canon. Terminologie de la tradition. — 2. Sciences imposées : les leçons et Torthoépie du Coran. Les traditions. Exégèse du Coran. Droit, jurisprudence. Succession. — 3. Sciences tenant des deux : Dogmatique.
Bien d'autres obstacles s'opposaient à l'organisation d'un enseignement secondaire en Turquie. Les deux bases sur les; quelles le nôtre est fondé en France, l'internat et la rétribution scolaire, sont contraires à l'esprit e aux usages des musulmans '. A ces difficultés s'ajoutait l'obstacle des distances et des voies de communication. D'autre part, il était plus facile aux familles rurales et aux petites gens de procurer à leurs enfants le bénéfice de l'exemption du service militaire et un gagoe-pain à peu près assuré, par l'instruction à la mosquée, que d'en faire des fonctionnaires, en cherchant à les placer dans les Ecoles du gouvernement. Enfin, le premier de tous les éléments, un corps enseignant indigène, faisait absolument défaut. Ce sont des autodidactes, élevés à l'ancienne manière, puis, curieux des choses de l'Occident, les ayant apprises par fragments, qui ont d'abord formé les esprits, en Turquie, jusqu'à 1810. Le nombre des jeunes fonctionnaires élevés en Europe a été trop petit, et ils ont été trop vite absorbés par leurs fonctions, pour qu'ils aient exercé une action sur les esprits des jeunes gens. Ceux qui ont exercé celle action, comme Chinasi Efendi, Soubhi Bey, Zia Bey, Tahsin Efendi, Djevdet Pacha, Kemal Bey, etc., ne sont jamais venus en Occident, ou, quand ils y sont allés, avaient déjà des idées arrêtées jusqu^au parti pris.
L'éducation comportant des programmes occidentaux était
1. Encore aujourd'hui un musulman de Turquie fort nslruit, esprit des plus distingués, M. F... Bey, mVcrit, au sujet d'un projet de fondation de collège dans sa province : • Par collège, je n'entends pas un col le e à la façon française; la vie de pensionnat est tellement incompatible avec nos habitudes qu'on Ta déjà essayée plusieurs fois sans succès; mais les élèves externes n'en travaillent pas moins... Les gens, chez nous, sont si peu faits à V dée (ju'il faut payer pour apprendre, qu'il est difficile, même lorsqu'ils ont de l'argent, de leur faire donner. »
d'autant plus diFOcile à organiser que toute par tie littéraire, celle qui est représentée, chez nous, par le grec, le latin, Thistoire etFesthétique classique, était occupée, pour des Turcs, par Tarabe, le persan, Thistoire et la littérature musulmanes. Les Turcs devaient donc, bon gré mal gré, rester attachés à leur éducation classique orientale, islamique par les textes litlé* raires, par l'esprit, par la méthode, et en acquérir les éléments, ce que nous appelons chez nous c les humanités >, avant de s'initier aux études occidentales. D'ailleurs, les gouvernements musulmans n'ont jamais eu l'idée de fonder des universités distribuant une instruction occidentale. Ce qu'ils ont voulu, c'est former, par les méthodes occidentales, un personnel pour les services publics; ils n'ont pas conçu autre chose que des espèces d'écoles professionnelles, techniques.
« L'enseignement, dépendance directe de l'institution ecclésiastique, se partageait en deux branches : les écoles primaires dites çibiân et ruchdiyés donnaient l'instruction aux deux degrés inférieurs. L'on apprenait dans les unes l'alphabet turc et la lecture du Coran en langue arabe, dans les autres la lecture et l'écriture turques, quelques notions de calcul et de géométrie, l'histoire et la géographie de l'empire*. »
Cette organisation a donné les « écoles pour les commençants, Mekiaiib i iptidayiè», les « écoles pour les jeunes garçons, Mekiatit i çibianyiè », et les écoles primaires supérieures dites « de bonne direction », Mekiatibi rtichdyiè. Chaque village, ou bourg d'au moins 600 maisons devait être pourvu d'une école de ce genre, où l'instruction se donnerait gratuitement. On y enseignait, outre les trois langues musulmanes, arabe, persan et turc, les éléments d'histoire, de géographie et des sciences, et la tenue des livres.
Le même programme un peu simplifié régit les écoles de filles, qui n'ont jamais rencontré d'opposilion sérieuse en Turquie. La durée de l'enseignement dans les écoles ruchdytè était de quatre ans. Dans les ruchdyiè spéciales qui servent d'écoles primaires militaires, « ruchdyiè i askeryè » , on enseignait en plus le français.