‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 56 sur 190 · L EGYPTE · texte numérisé non relu

L EGYPTE

d*cxploiler le pays, sous les ordres du souverain. La première école fondée par Méhémet-Ali avait pour élèves les jeunes esclaves confisqués aux Mamelouks, et pour programme la lecture du Coran, récriture, la langue turque et les exercices militaires. La deuxième, qui n était pas autre chose qu'une école préparatoire aux écoles militaires, ne recevait pour élèves que des Circassiens et Géorgiens, des Turcs, des Kurdes, des Albanais, des Arméniens, des Grecs, dont les parents étaient au service du pacha. Elle ne recevait aucun enfant d*origine égyptienne, et renseignement s*y donnait en langue turque.-

Cet enseignement comportait, suivant la vieille méthode, le Coran, récriture, la grammaire, les littératures turque, persane et arabe ; mais en vue de préparer les élèves à entrer à TEcole militaire, on avait adjoint à ces études fondamentales des éléments d'arithmétique, de géométrie, d'algèbre, de dessin, et Tétude de la langue italienne, qui était la langue européenne parlée par la majorité des instructeurs à TEcole militaire.

AHn de compléter son oi^anisation militaire, Méhémet-Ali créa une Ecole de médecine. Pour celle-ci, le préjugé mililaire osmanli contre les Arabes n'existait pas; les élèves furent tous choisis — c'est-à-dire réquisitionnés — parmi les enfants d'origine égyptienne, et parmi les étudiants de l'université à la musulmane, les softas de la mosquée d'El Azhar.

Lorsque les nécessités du service amenèrent le Grand Pacha à créer un ministère et un conseil de l'Instruction publique, le minisire était, ainsi que la plupart des membres du conseil, nouvellement arrivé d'Europe ; le reste était français . L'idée, adoptée par ce conseil, dans lequel il n'y avait pas un Arabe (six Français, deux Arméniens et trois Turcs), de fonder un empire arabe en opposition avec l'empire turc, était une théorie européenne, rapportée d'Europe, médiocrement goûtée par Méhémet-Ali. Mais la guerre avec la Turquie gênant le recrutement du personnel en Albanais, Osmanlis, Circassiens, etc., le pacha laissa faire le conseil, qui c obtint la permission d'introduire dans les écoles l'élément égyptien de race en grand nombre, et non plus seulement, comme cela avait été fait jusqu'alors, à titre d'exception.... » Comme une conséquence

naturelle de ladmission en grand nombre, en majorité même, d'enfants de race égyptienne et parlant Tarabe, cette langue fut adoptée pour renseignement général. On dut, par suite de cette réforme s'adresser à la mosquée d'El Azhar pour fournir de professeurs les écoles secondaires... ; TinCluence de la méthode d'El Azhar continua à agir d'une manière très sensible pendant longtemps encore.

La société musulmane instruite qui s'est formée en Egypte a donc été une caste de fonctionnaires, en grande partie d'origine étrangère; les indigènes qui se sont confondus dans cette caste appartenaient à des familles sans influence dans le pays, et par ce seul fait qu'elles entraient dans la caste, i s se séparaient de leurs familles.

« Tant que Méhémet-Ali n'agit, en introduisant en Egypte l'instruction étrangère, que sur des étrangers, Mamelouks ou autres, la masse du public indigène et l'Université elle-même ne s'émurent pas trop de cette innovation; mais dès que celte instruction profane parut devoir englober toute la jeunesse égyptienne, il se manifesta dans la population une vive opposition contre l'enseignement étranger. Malgré tout, il s'établit à la longue, entre l'Université et les écoles de l'État, un modus Vivendi qui tend, de jour en jour, à les rapprocher davantage ; les femmes musulmanes ont profilé de ce rapprochement. >

L'apôtre de l'éducation des filles en Egypte a été l'uléma Rifàl Bey, élève et docteur de l'Université d'El Azhar, atlaché comme imain (aumônier) à la mission égyptienne à Paris, mort au Caire en 1875. Dans un livre publié au Caire (1292 de l'hégire), Rifàl a donné tous les arguments théologiques et canoniques de l'Islam, Hadis du Prophète, preuves tirées de la Snnna et de l'hagiographie musulmane, en faveur de l'éducation des filles. Le gouvernement a été pour peu de chose dans cette innovation. De tous les projets concernant l'instruction des femmes élaborés par le Comité de 1836, le vice-roi s'en tint à un seul, celui de la création d'une Ecole de sages* femmes. < Après quelques années, l'expérience de l'instruction professionnelle de ces jeunes filles donna, pour plusieurs d'entre elles, des résultats si heureux que l'on décida de la continuer;

L'ARABIE 5Si

ridée qu*uae jeune musulmane peut, sans honte, aller i celte école, pour y apprendre les notions nécessaires i Texercioe de cette profession, est aujourd'hui parfaitement admise. »

La caste des musulmans instruits i Teuropéenne, par ce fait qu'elle était créée, en quelque sorte, administrativement, n*a jamais eu, en Egypte, les instincts de discussion et les tendances révolutionnaires qu'ont eus, dans l'empire ottoman, les musuU mans de la c Jeune Turquie >.

///. — L'Arabie.

Dans l'intérieur de la péninsule arabique, l'Islamisme, depuis sa fondation, n'a subi aucune influence étrangère. Les invasions passagères des Turcs et des Egyptiens n'ont pas laissé de dépôt dans la population, qui est restée sans alliage, pure de tout mélange. Les Arabes de la péninsule, dogmes et pratiques islamiques mis à part, sont retournés à l'état moral et social dans lequel ils étaient, non pas après Mahomet, mais avant Mahomet. Le seul chargement qui se soit produit parmi eux depuis le siècle dernier a été un retour à un puritanisme idéal, un essai de restauration de la société, telle que les Musulmans se figurent qu'elle élait du temps des < quatre bienheureux compagnons », Abou Bekr, Omar, Osman et Ali; c'est le Ouahabisme *.

Le fondateur de la secte, Mohammed Ibn Abd-el-Ouahab, né à Derayèh, dans le Nedjd, en 1691, mort en 1787, rejetait l'autorité des quatre Imams ou Canonistes (Abou Hanifa, Hanbal, Chafi et Malîk) acceptée par les musulmans orthodoxes, et prêchait le retour au Coran et à la SunnUy c'est-à-dire à l'imitation de Mahomet et des c quatre bienheureux compagnons », dont le modèle est conservé par la tradition évangélique {Hddis).

l.Je garde ce nom, que les Turcs et les Européens ont donné à la secle, d'après le nom de son fondateur Aàd el-Ouahab, • le serrileur de celui qui Tait des largesses >. Ouahaày celui qui fait des largesses, esl un des quatre-vingt-dixneuf qualificatifs de Dieu. Les Ouahabites s'appellent eux-mêmes Mouahidoun, « Unitaires », par opposition aux autres Musulmans qu'ils appellent Mouchrikoun (Associeurs d'un autre être à Dieu, polythéistes).

Avec la législation des quatre Imams, et à plus forte raison, le réformateur condamnait les pratiques et les superstitions introduites dans rislam, les pèlerinages {Ziaret) autres que celui de la Mecque (Hadj), Tinvocalion de Mahomet, le culte des saints, des anges, les reliques, les prières surérogaloires, les litanies, le rosaire, et toutes les innovations (Bida) à la vie telle qu*on la menait d'après la Sunna. Quelques extraits d' nu Riçala ou traité d*Abd-el-Ouahab donneront une idée de sa théologie.

« Vouloir associer quelqu'un à Dieu, c'est-à-dire faire participer celui-là au culte dont nous ne sommes redevables qu'à celui-ci, serait méconnaître étrangement ce culte, en le marquant au sceau de Tidolâtrie... Ceux qui, dans leurs prières, s'adressent à quelqu'un en dehors de Dieu, dans le but de se faire donner par eux ce que Dieu seul peut accorder, soit pour obtenir un bien ou se préserver d'un mal, ceux-là font entrer dans leurs prières le levain de l'idolâtrie... Ceci s'applique également à tous ceux qui dévouent leur âme au service d'un objet étranger à Dieu (c'est-à-dire aux monuments du culte, aux chapelles, aux tombeaux de saints), qui espèrent en un autre que Dieu (le souverain, imam ou khalife*), qui redoutent secrètement le courroux d'une puissance autre que celle de Dieu, qui invoquent une autre assistance que celle de Dieu, tous ceux-là sont autant d'idolâtres. »

Le puritanisme républicain dlbn Abd-el-Ouahab trouva crédit parmi les petites républiques du Nedjd, et dans la famille du principal de leurs chefs héréditaires, Mohammed Ibn Saoud (mort en 1765), qui épousa la fille d'Ibn-el-Ouahab. Groupés en confédération autour de la famille des Saoud, qui exerçait une espèce de protectorat à Riadh, les Ouahabis n'ont jamais reconnu à leurs chefs Y Imamat ou pouvoir khalifal ; ils sont restés une république, choisissant son représentant dans la même famille '.

1. Fondé sur le Hadis d'Omar II : « L'obéissance à la créature est une révolte contre le créateur ».

2. Mohammed Ibn Saoud, mort en 1765; Abd el Aziz, assassiné par un Persan en 1803; Saoud ibn Abd £1 Aziz, mort en 1814; Abdallah Ibn Saoud, décapité par les Turcs en 1818; Tourki Ibn Saoud, assassiné en 1834; Faïzal, mort en 1865; Abdallah, dépossédé par Saoud, puis dépossédant Saoud en 1875, après avoir fait sa soumission à la Turquie, et avoir accepté de Midhat Pacha le poste de Kaïmakam du Nedjd; 1872, retour de Saoud à Riadh.

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