ÉTABLISSEMENT DE L EMPIRE
étaient arrêtés dans leur lit et les soldats occupaient la salle des séances. Une proclamation du Président au peuple annonçait que le Président avait dissous TAssemblée et < rendait le peuple entier juge entre elle et lui ». Une proclamation aux soldats leur disait qu*il comptait sur eux pour faire respecter la première loi du pays, la souveraineté nationale, et les appelait à c voter librement comme citoyens ». Théoriquement le coup â*Etat était fait au nom de la République et du droit souverain du peuple. En fait, c'était une révolte du pouvoir exécutif et de la force armée contre les représentants réguliers de la nation.
L'Assemblée, désorganisée par Tarrestalion de ses chefs, essaya pourtant de résister. Plusieurs groupes de représentants se formèrent; le principal, composé de 217 représentants, la plupart monarchistes, se réunit à la mairie du X' arrondissement '. L'Assemblée s'y constitua, vota la déchéance du Président, suivant la procédure de la Constitution (car on avait prévu le cas) et nomma un commandait de l'armée. Puis les soldats arrivèrent et arrêtèrent les représentants. La Haute Cour créée par la Constitution pour juger le Président se réunit aussi au Palais et commença une procédure. Elle fut dispersée. Le 3 décembre, une réunion des représentants républicains décréta aussi la déchéance.
La résistance au coup d'Etat ne s'organisa que les jours suivants; les ouvriers de Paris ne s'intéressaient pas à l'Assemblée *. Le gouvernement avait besoin d'une émeute à réprimer. Le 3 décembre, il fit charger la foule par les lanciers. Le 4 décembre, il distribua de l'argent aux soldats et les envoya sur les boulevards où ils tirèrent sur les maisons et sur la foule sans armes. Enfin les ouvriers des quartiers de l'Est ayant fait quelques barricades, il y eut des combats, on fusilla des insurgés, on arrêta les suspects et on les entassa dans les casemates des forts, où on les laissa plusieurs jours avant de trier ceux qu'on déporta.
1. Rue de Grenelle, près de la Croix-Rouge. Le général Lauriston, colonel de la légion de garde nationale de ce quartier, représentant du peuple, y avait convoqué ses collègues.
2. C'est en essayant de décider les ouvriers k défendre une barricade au faubourg Saint-Antoine (le 3 déc.)* que le représentant Baudin fut tué.
HlSTOIRS OÉaillALB. XI. 3
En province, les républicains seuls résistèrent; ils afflchërent la déchéance du Président et, au nom de la Constitution, marchèrent sur les chefs-lieux. L'insurrection se réduisit à une douzaine de départements du Sud-Est et du centre ; il y eut des agitations dans une vingtaine d'autres. Les insurgés étaient surtout des paysans dirigés par les membres des sociétés secrètes. Le gouvernement en profita pour se poser en défenseur de la société contre la jacquerie et les communistes. Il mit en état de siège 32 départements et fit près de 100 000 arrestations.
La répression fut oi^anisée de façon à détruire le parti républicain. 80 représentants, la plupart républicains, furent exilés. Le Président s'attribua par décret (8 décembre) le droit de déporter tous les membres des sociétés secrètes. Il créa des commissions mixtes de 3 membres, un préfet, un général, un procureur général, qui jugeaient sans appel; ils pouvaient renvoyer au conseil de guerre ou décider rinlernement, l'expulsion, la déportation. D'après un document signé de Maupas (trouvé aux Tuileries en 1870), le « nombre total des individus arrêtés ou poursuivis à l'occasion de l'insurrection de décembre 1851 » aurait été de 26 642; « mis en liberté 6 SOI, soumis à la simple surveillance 5 108, condamnés 15 033, dont 915 pour délits de droit commun ». Il y aurait eu : déportés à Cayenne 239, en Algérie 9 530, expulsés 1 545, internés 2804.
Le plébiscite. — Pour ratifier son coup d'État, le Président avait convoqué (3 déc.) les citoyens et les soldats à voter par oui ou non sur cette question : « Le peuple français veut le maintien de l'autorité de Louis-Napoléon Bonaparte et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour établir une Constitution sur les bases proposées dans sa proclamation du 2 décembre ». Ces « bases d'une Constitution que les Assemblées développeront plus tard » étaient : 1^ un chef responsable nommé pour dix ans; 2® des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul ; 3*^ un conseil d'Etat fourni par les hommes les plus distingués, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif; 4" un Corps législatif discutant et votant des lois, nommé par le suffrage universel sans scrutin de liste, qui fausse l'élection ; 5® une seconde assemblée.. . gardien du pacte fondamental et des libertés