L'ALGÉRIE
furent pillés et incendiés. Les coureurs du marabout se montraient aux environs de Relizane. Le Sahara commençait à 8*agiler. L'insurrection nous prenait au dépourvu. Les meilleures troupes de Tarmée d'Afrique étaient au Mexique ou en Cochinchine.
Pélissier mourut au milieu de celte crise. Le sous-gouverneur Martimprey, chargé de Tinlérim, agit avec vigueur. II se borna pour le moment à contenir les insurgés du Sud et para aux dangers les plus pressants en portant contre les Fliltasson principal elTort. Battus dans plusieurs rencontres, découragés par la perte de leur chef Si-Lazreg, cernés par quatre colonnes, les Flittas se résignèrent à demander Faman. Le 27 juin, tout était fini de ce côté. On ne vint pas aussi vite à bout des Sahariens. Dans la province d'Alger les généraux Youssouf et Liébert avaient tenu en respect ou ramené les hésitants, razzié les troupeaux des rebelles, obtenu de nombreuses soumissions. Mais dans la province d'Oran le général Jolivet éprouvait un échec à Aïn-Beïda; Si-El-Ala, descendant audacieusement la vallée de la Mékerra, jetait la dévastation et l'épouvante dans la plaine de Sidi-bel-Abbës. Ce fut seulement après la mort de Si-Mohammed, tue le 4 février 1865 dans un combat contre le général Deligny, que l'insurrection entra dans sa période de décroissance. Cependant les Ouled-Sidi-Gheikh ne cessèrent pas la lutte. Pendant les années 1867 et 1868 ce fut entre eux et nous l'interminable guerre saharienne, un échange presque ininterrompu de surprises, de coups de main, de razzias, qui entretenaient l'inquiétude parmi les populations soumises. En 1869, un gros de 3 000 cavaliers et de 800 fantassins arriva jusqu'à Taguin; on les rejeta dans le désert, mais au mois de janvier 1870 une de nos tribus, les Ilamyan, fut encore assaillie et pillée. Les dissidents avaient leur point d'appui au Maroc, où les trois puissantes tribus des Beni-Guil, des Ouled-Djerir et des Doui-Ménia, unies aux OuIcdSidi-Cheikh par les liens de la clientèle religieuse, formaient avec eux une confédération antifrançaise. L'impuissance du gouvernement marocain était manifeste. Le général de Wimpfen, qui commandait alors la province d'Oran, obtint non sans peine l'autorisation d'aller
chercher nos ennemis au delà de la frontière. Avec une petite colonne de 3 000 hommes que dirigeaient sous lui les généraux de Colomb et Chanzy, il s*avança jusqu'à TOued-Guir. Les Sahariens Tallendaient de pied ferme. « Va dire au général, répondirent-ils à un marabout qui offrait de s'interposer, que nous avons compté le nombre de ses soldats et qu'il ait la sagesse de fuir au plus vite. » Le combat du 15 avril, la prise de Toasis d*Aïn-Ghaïr les rendirent plus accommodants. Ils s'engagèrent à ne plus attaquer nos tribus et à cesser de soutenir contre nous les Ouled-Sidi-Cheikh. Cette vigoureuse campagne fit sur les nomades une salutaire impression. En 1871, le Sud-Ouest ne bougea pas.
La famine de 1867. Projets de réformes. — Depuis le 1*^'" septembre 1864, le maréchal de Mac-Mahon occupait le gouvernement général. Le débat se poursuivait toujours entre les partisans du régime civil et ceux du régime militaire. La pi'esse locale dénonçait les abus dos bureaux arabes en des polémiques passionnées dont Técho se prolongeait dans la métropole. Avec plus de modération et d'autorité, des publicistes instruits, Jules Duval, le docteur Warnier, exprimaient les doléances et les vœux de l'Algérie civile. L'opposition libérale fut longtemps seule à les appuyer. Mais l'opinion publique jusqu'alors indécise ou indifférente fut profondément ébranlée par les graves événements de 1867.
L'année précédente avait déjà clé mauvaise. Une invasion de sauterelles s'était abattue sur les récoltes. En janvier, un tremblement de terre renversa quelques-uns des villages les plus florissants de la Mitidja. Les pluies de printemps n'arrivèrent pas, la sécheresse détruisit les céréales et les fourrages. A l'été brûlant succéda un hiver rigoureux, avec des froids intenses, des chutes de neige, des inondations. Les troupeaux périrent, les pasteurs des steppes furent frappés comme les agriculteurs du ïell, toutes les ressources manquèrent à la fois. Les indigènes ne connaissaient pas l'épargne, ils avaient perdu l'habitude d'amasser des réserves de grains dans les silos. Ils furent bientôt en proie à une affreuse détresse. Les nomades des plateaux refluèrent sur le Tell où sévissait déjà la disette. Des