‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 67 sur 190 · L'INDO-CHINE 59S · texte numérisé non relu

L'INDO-CHINE 59S

Groisement de quatre routes fluviales, et recevait un résident à sa cour. Ce résident fut naturellement Lagrée, qui eut fort à faire de lutter contre les prétentions du Siam et la peureuse versatilité du roi. Il empêcha Norodom de demander a ses puissants voisins une investiture qui l'aurait replacé sous leur suzeraineté. Quand ils se furent décidés à renvoyer les insignes royaux qu*ils détenaient à Bangkok, un représentant officiel du gouverneur assista à la cérémonie du couronnement. Le résident siamois quitta le Cambodge, et Norodom vint à Saigon rendre à Tamiral la visite qu*il avait reçue. Après de longues tergiversations, il parut se livrer sans retour à Tinflucnce française. Le Siam luimême par le traité de 1861 reconnut notre protectorat sur le Cambodge; peut-être était-ce lui payer trop cher celte reconnaissance, dont nous pouvions nous passer, que de le confirmer dans la possession usurpée des provinces d*Angkor et de Battambang.

L'exploration du Mékong. — Ce fut Doudart de Lagrée qui dirigea, avec Francis Garnier comme second, Texploralion du Mékong. < Déterminer géographiquement le cours du fleuve par une reconnaissance rapide poussée le plus loin possible; chemin faisant, étudier les ressources des pays traversés et rechercher par quels moyens efficaces on pourrait unir commercialement la vallée supérieure du Mékong au Cambodge et à la Cochinchine », tel était le programme tracé i la mission. Partie de Saigon le 5 juin i866, elle séjourna quelque temps au Cambodge et s'avança sur une canonnière jusqu'à Kratieh. Elle passa alors sur des pirogues, évita par un transbordement les rapides de Khône et put remonter jusqu'à Luang-Pmbang. En amont de cette ville, les embarcations furent abandonnées, une marche pénible de cinquante jours le long du fleuve, conservé sur la droite < comme fil conducteur », amena les explorateurs à Muong-Yung. Le 18 octobre 1867, ils franchirent la frontière chinoise du Sud-Ouest, qu'aucun homme de race blanche n'avait encore passée. La province du Yunnan où ils arrivaient était en pleine guerre civile , disputée entre les troupes impériales et les insurgés musulmans. La mission y passa cependant près de six mois, poussant des reconnaissances

sur le haut Song-Koï, dans lequel elle entrevoyait déjà une route de pénétration plus facile que celle du Mékong, et vers Taly-Fou, la capitale des insurgés musulmans. Doudart de Lagrée, épuisé par la maladie, ne put prendre part à cette dernière excursion ; il succomba le 12 mars 1868 à une affection du foie, que les fatigues inouïes endurées depuis deux ans avaient rendue mortelle. Garnier, revenant de Taly-Fou, ne voulut pas abandonner en terre chinoise les restes de son chef. Il les (it exhumer et transporter avec lui, d'abord à bras d'homme, puis par eau, pour les ramener à Saigon. Le retour se flt par le Yang-tsé-Kiang, Han-Kéou et Shangaï. Le 29 juin 1868, Garnier et ses compagnons rentraient à Saigon après une absence de plus de deux ans, ayant traversé llndo-Chine du sud au nord, la Chine de l'ouest à l'est, parcouru entre Kratieh et Han-Kéou plus de 10 000 kilomètres en barque ou à pied. Ce beau voyage ne profita pas seulement à la science; il devait aussi faire époque dans l'histoire politique de TExtrème- Orient; le cadre de l'expansion française en Indo-Chine était dès lors tracé.

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