‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 68 sur 190 · IV. — Les autres colonies françaises · texte numérisé non relu

IV. — Les autres colonies françaises

Dans rOcéan Indien. — Le développement de nos intérêts dans TExlrème-Orient, l'ouverture imminente du canal de Suez méritaient d'attirer sur les grandes routes maritimes de l'Océan Indien l'attention d'une politique prévoyante. L'acquisition d'Obock en 1862 nous donna une station en face d'Aden, au débouché de la Mer Rouge. Mais les hésitations de notre gouvernement, son excessive condescendance pour les susceptibilités anglaises nous firent encore une fois manquer Madagascar.

Malgré la farouche hostilité que témoignait aux étrangers la vieille reine Ranavalo, quelques Français entreprenants avaient réussi à s'établir dans l'île. Lastelle y avait créé des plantations et y pratiquait en grand l'élevage ; Laborde avait réussi à installer aux portes de Tananarive, avec les seules res-

sources de la inain-d^œuvre indigène, de vasles usines où Ira* vaillaient 10 000 ouvriers. Le Breton Lambert devint Tami du prince héritier Rakoto, admirateur enthousiaste de la civilisation européenne. Il lui fit agréer Tidée d*une grande compagnie de colonisation, qui mettrait en valeur les richesses naturelles du pays et préparerait sa transformation sociale. Pour garantir la sécurité de Tentreprise, le protectorat français devait être tout d*abord proclamé. En 1855, Lambert partit avec des lettres de Rakoto pour Napoléon IIL L'empereur le reçut, Técouta favorablement, mais subordonna son acceptation à celle de TAngleterre, avec laquelle il voulait agir de compte à demi. Le ministre anglais Glarendon se montra assez froid pour un projet dont la réussite devait profiler surtout à Tinfluence française. Lambert ne put rapporter aucune assurance positive. Rakoto désappointé ne renonça pourtant pas à ses desseins. Pour les accomplir, il songea i s*emparer du pouvoir avec le concours de ses amis français. Ranavalo et son premier ministre furent avertis. Aussitôt Lambert, Laborde et la voyageuse autrichienne Ida PfeifTer furent arrêtés et conduits à la côte; les biens deLaslelle et de Lambert furent confisqués, on lapida les Malgaches impliqués dans le complot (1857).

Impuissant à défendre ses partisans, Rakoto avait été protégé par le respect qui s'attachait à la personne royale et par lafTection de sa mère. Quand elle mourut, en 1861, il fut proclamé sous le nom de Radama II. Il s'empressa de rappeler les bannis pour reprendre avec eux l'exécution de ses anciens projets. Laborde devint consul de France à Tananarive, Lambert, créé duc d'Emirne, alla représenter le gouvernement hova en Europe. Toutefois l'Angleterre fut aussi bien que la France invitée à figurer aux fêles du couronnement. Le traité de 1862, préparé à Paris par Lambert et signé à Tananarive par le commandant Dupré, laissait prendre à Radama le titre de roi de Madagascar, que nous avions toujours dénié à ses prédécesseurs; la France se bornait à faire réserve de ses droits. Elle obtenait l'ouverture de Tlle aux Européens, mais sans stipuler en faveur de ses nationaux aucun avantage particulier. On comptait pour faire prévaloir son influence sur l'action qu'ai-

lait exercer la Compagnie c foncière, industrielle et commerciale » à laquelle Radama II concédait la totalité des mines et des terres incultes. Elle fut constituée par un décret impérial du 2 mai 1863, au capital de SO millions divisé en iOO 000 actions de 500 francs. Au début, 5 000 actions seulement étaient souscrites, avec appel de moitié du capital; ce premier fonds devait être employé aux frais d*une mission d*étude, qui partit de Marseille sous la conduite du commandant Dupré et de Lambert. Mais déjà le gouvernement de Radama et Radama lui-même n'existaient plus.

Dans son ardeur réformatrice, le jeune prince n'avait ménagé ni les intérêts ni les préjugés. La suppression des douanes qui ruinait les gouverneurs des ports, celle de la corvée royale qui privait d'une main-d'œuvre gratuite les grands et les courtisans, lui aliénèrent toute l'aristocratie: le vieux parti hova, les sikidys ou prêtres des idoles, les devins, les sorciers et avec eux la multitude ignorante s'effaraient du libre accès et de la liberté de propagande religieuse accordés aux étrangers. Une agitation formidable commença. Des sortes deconvulsionnaires, les ramanenjanes^ affolaient la foule; on racontait que Ranavalo était sortie de sa tombe pour reprocher à son Ois d'avoir vendu le pays aux étrangers. Les méthodistes ayant voulu prêcher à Ambouimanga, lieu de sépulture de la vieille reine, le peuple soulevé les chassa comme des sacrilèges. Les chrétiens indigènes déjà nombreux menaçaient d'user de représailles. De part et d'autre on se préparait à la guerre civile. Radama II, mal conseillé par sa camarilla de jeunes gens, légalisa l'anarchie par un étrange décret qui autorisait les combats singuliers d'homme à homme et de tribu à tribu. Les grands du royaume, et à leur tète le premier ministre, soutenus par des bandes armées qui arrivaient des provinces, exigèrent l'institution d'un conseil de régence, le retrait du décret sur les duels et des concessions données aux étrangers, la mort des mena masos ou compagnons du roi; cet ultimatum ayant été repoussé, ils donnèrent le signal de l'insurrection. Radama prisonnier dans son palais pouvait encore se sauver en sacriGant ses amis. Il aima mieux périr avec eux. Le 12 mai, les conjurés l'étranglèrent

avec un foulard de soie. Sa veuve Raboude, proclamée sous le nom de Rasoherina, dut épouser le fils de Fancien ministre et mari de Ranavalo. C'était le règne de Taristocratie hova qui recommençait.

Le nouveau gouvernement annula le traité de 1862 et révoqua les concessions accordées à Lambert pour la Compagnie de Madagascar; ce ne fut pas sans peine qu*il se décida à payer une légère indemnité aux souscripteurs. La France se contenta de cette satisfaction et signa en i868 un autre traité avec Ranavalo II, héritière de Rasoherina. Par une aggravation de la faute déjà commise, on reconnut la pleine souveraineté de la reine sur Tlle entière; en échange de celle renonciation implicite à des droits séculaires, nous obtenions pour nos nationaux la liberté de pratiquer et d'enseigner leur religion, de commercer dans Tile, de s*y établir, d*y acquérir des biens meubles ou immeubles. L'influence française ne se releva pas de la chute de Radama IL

En Ooéanie. — Tandis que le protectorat français s'affermissait dans les petits archipels polynésiens et, à Taîti, se transformait insensiblement en une souveraineté effective, nous occupions en 1853, en face de l'Australie, la petite mais salubre terre de Nouvelle-Calédonie. Considérée d'abord comme une annexe du groupe de Taîti, elle ne devint une colonie distincte qu'en 1860. La férocité et les fréquentes révoltes des Canaques, les démêlés de l'administration avec les Pères marisles, qui s'y étaient établis, retardèrent ses progrès, plus entravés que favorisés par la colonisation pénale, qui y fit ses débuts en 1864.

En Amérique. — En Amérique, aucune acquisition nouvelle ne s'ajouta à ce qui nous restait. Dans les lies des Antilles, la révolution de 1848 avait d'un même coup aboli l'esclavage et appelé à l'exercice du suffrage universel les maîtres et les esclaves de la veille. Les élections furent tumultueuses, les haines de race se manifestèrent par de graves désordres et des attentats; à la Guadeloupe, il fallut proclamer l'état de siège. Le second Empire supprima les institutions électives, la force imposa silence aux passions ennemies, l'ordre matériel fut rétabli. Pour assurer une main-d'œuvre disciplinée à la grande

culture, on or^nisarimmîgration de travailleurs libres recrutés sur le littoral africain et dans Tlnde anglaise. L'opération fut surtout avantageuse à la colonie africaine de la Réunion» qui pouvait amener les immigrants à meilleur compte. Moins éprouvée que les Antilles par la crise de 18 i8, elle fut quelque temps très prospère, mais elle eut ensuite à souffrir comme elles une série de fléaux et de catastrophes. La Guyane, déjà languissante, faute de bras et de capitaux, fut désignée en 1851 pour recevoir les transportés politiques et les condamnés aux travaux forcés. La mortalité qui les frappa ajouta à son renom d'insalubrité; la promiscuité du bagne écarta jusqu'à l'idée de la colonisation libre; la colonisation pénale, entreprise sans plan arrêté ni études sérieuses, entraîna d'énormes dépenses et d*effrayantes, hécatombes sans apporter aucun profit réel au pays. La Guyane trouva des ressources dans Texploitalion des mines d'or découvertes à partir de 1854, mais le travail des mines, en accaparant la main-d'œuvre, porta le dernier coup à la culture. Pendant ce temps, la question des territoires contestés demeurait pendante, à l'ouest entre la France et la Hollande, au sud-est entre la France et le Brésil.

F. — Les colonies à la fin du second Empire.

On ne peut pas dire que la période qui a vu l'achèvement de la conquête algérienne, l'expansion du Sénégal et l'acquisition de la Cochinchine ail été stérile. Et cependant la France n'eut pas alors une véritable politique coloniale, nettement conçue et délibérément suivie. Sous le second Empire comme au temps de Louis-Philippe, en dehors de quelques groupes spéciaux et très restreints, la nation ne s'intéressait guère aux colonies; elle en vint à confondre dans une égale aversion les folles aventures et les créations fécondes, le Mexique et la Cochinchine. Cet état de l'opinion fil impression sur le gouvernement qui, après s'être montré au moins par intermittence un peu plus entreprenant à ses débuts, devint aussi hésitant et aussi timoré que ses devanciers.

Page 1