‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 74 sur 190 · LES CINO COLONIES D'AUSTRALIE ET LA TASMANIE · texte numérisé non relu

LES CINO COLONIES D'AUSTRALIE ET LA TASMANIE

point en 1850, sur le second en 1853. La colonie réformée prit un nouveau nom, celui de Tasmanie.

Les parties peuplées de rAustralie étaient alors des pays exclusivement agricoles; les habitants s*occupaient surtout à rélevage des moutons à laine et à la production des céréales (Australie méridionale). Les Assemblées législatives étaient dominées par les grands propriétaires de moulons. Après la découverte de Tor, un afflux d*émigrants se précipite on Australie, les villes s'accroissent, les ouvriers sont plus nombreux que les agriculteurs, la société et les inslilulions deviennent démocratiques. C*est une transformation radicale qui commence après 1851 et qui se poursuit de nos jours.

La période de Tor. — La présence des gisements aurifères en Australie n*élait pas absolument ignorée avant 1851. Dix ans auparavant un pasteur protestant avait trouvé de Tor en Nouvelle-Galles et avait avisé de sa découverte le gouvernement qui rinvita à garder le secret, craignant de voir la population troublée et les travaux désertés. La découverte de 1841 avait été confirmée par d'autres et le gouvernement métropolitain avait envoyé un géologue chargé de faire des recherches. En 1851, ce personnage reçut la visite d'un colon australien qui lui présenta des pépites en oOrant de lui indiquer le gisement contre une rétribution; ce colon revenait de Californie où il était allé chercher de Tor; il avait remarqué que les gisements californiens ressemblaient exactement à certaines parties du sol de la Nouvelle-Galles, était rentre dans la colonie et n'avait pas tardé à trouver de l'or. Sa découverte fut confirmée, il reçut une indemnité ; le gouvernement permit les recherches et commença à vendre des licences de prospecteur. Le district aurifère qu'on venait d'ouvrir occupait le bassin supérieur du Macquarie, sous-affluent du Murray, et avait pour centre la ville de Bathurst. En août 1851, l'Australie avait déjà exporté 17 millions d'or.

Ce n'était que le commencement de la période de l'or. En octobre 1851 furent découverts les gisements du mont Alexandre en Victoria, non loin de Melbourne; ils ne tardèrent pasàdevenir le centre d'attraction le plus important. Leur capitale fut Ballarat. En décembre 1851, ils avaient déjà fourni la valeur de

12 millions et demi de francs. L*or se rencontrait en pépites dans des ail avions qui remplissaientd*anciens lits fluTiaux; pour l'exploiter, les chercheurs creusent des trous, lavent la terre et le sable, et les passent au crible : on les appelle diggers (pîocheurs). Pour trouver Tor, nul besoin de machines, ni de matériel coûteux; il suffit d'avoir de la chance, de bien tomber. On racontait qu'un squatter avait trouvé par hasard une pépite de 100000 francs, la plus grosse qu'on eût jamais vue.

La nouvelle population. — De semblables récits excitèrent une fièvre de For aussi violente que celle de Californie. De l'Europe et de l'Amérique on accourut à Bathurst et à Ballarat. L'Australie avait jusque-là attiré si peu d'émigrants que les Commissaires métropolitains avaient dû lui envoyer la grande majorité des émigrants assistés. De 1852 à 1854, la proportion changea et l'Australie reçut 224 000 émigrants libres contre 46 373 assistés. Dans le pays même, les régions agricoles se dépeuplaient au profit des champs d'or. En janvier 1852, des colons tasmaniens, après huit semaines de recherches à Ballarat, revinrent avec des sommes de 3 000 à 25 000 francs; durant les six mois qui suivirent, plus de 4000 habitants, presque tous de jeunes ouvriers, passèrent de Tasmanie en Victoria. Dans l'Australie du Sud, pays d'agriculteurs, le gouvernement fit commencer des routes vers les champs d'or de Victoria, lança des bateaux à vapeur sur le Murray pour atteindre ceux de la Nouvelle-Galles et tenta de maintenir les habitants dans leurs champs et leurs jardins en leur donnant les moyens de vendre à haut prix leurs produits aux diggers. Mais l'Australie méridionale se vida comme la Tasmanie du côté des champs d'or.

Autour de Bathurst ou de Ballarat, les diggers se déplacent sans cesse, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un gisement : là se forme un camp de baraques ou de tentes ; les boutiquiers et les cabaretiers sont nombreux dans chaque camp; les jeux de hasard, les tentatives de vol amènent des rixes fréquentes : le gouvernement est obligé d'entretenir des forces de police dans les champs d'or; mais les fonctionnaires aussi sont gagnés par la fièvre de l'or et désertent leurs postes pour se faire diggers.

LES OINl} COLONIES D'AISTRALIE ET LA TASMAME 623

Aux fêtes de Noël 1851, les mineurs de Ballarat viennent à Melbourne et y dépensent tant d'argent que tous les hommes de la police quittent la ville pour aller chercher de Tor. Le gouverneur demande et obtient un régiment anglais et un navire de guerre. Il reçoit du gouverneur de Tasmanie deux cents convicts employés comme gardiens avant d*avoir fini leur temps et qui vont servir de policemen; leur fldélité est à peu près assurée, car s'ils désertent leur poste, ils risquent d'être pris et remis au bagne. C'est un moment de dépenses ruineuses pour la colonie de Victoria. Son revenu s'est, il est vrai, augmenté de 30 pour 100, par suite du produit des droits sur la recherche de l'or : le gouvernement victorien vend aux diggers moyennant 30 shillings par mois le droit de prospecter sur les terres de la couronne ; il lève un droit de 10 pour 100 sur ceux qui exploitent les filons d'or dans le roc. Mais l'augmentation de receltes ne suffit pas à compenser les frais des travaux publics, de la police ; le prix des objets de première nécessité avait augmenté par suite de l'abondance de l'or, et il avait fallu doubler les traitements des fonctionnaires. En 1853, le budget de Victoria montrait un déficit de 10 millions de francs. Or, les squatters qui avaient la majorité au Conseil législatif étaient mécontents de l'invasion des chercheurs d'or; ils refusèrent de voter de nouveaux impôts. Le gouverneur obtint de la métropole, à titre provisoire, la libre disposition de l'aident provenant de la vente des terres et des licences, dont le montant avait été réservé jusque-là à payer le transport des immigrants.

Le gouverneur avait songé à augmenter les licences des mineurs pour payer les dépenses des champs d'or. Mais les diggers s'y étaient refusés et le gouverneur avait cédé. On dut même renoncer à recueillir le tarif officiel des licences, 30 shillings par mois. A la fin de 1853, beaucoup de licences n'avaient pas été payées depuis trois mois; le gouverneur les réduisit toutes à 40 shillings pour le dernier trimestre de l'année 1853; il abaissa les licences des mineurs et augmenta celles des boutiquiers et cabaretiers. Mais, les diggers refusèrent de payer les licences, même diminuées; suivant l'usage des ouvriers anglais,

ils se réunirenl en congrès et fondèrent une ligue. Us s*engagèrent entre eux à ne payer qu*un tiers de la licence et menacèrent de voies de fait ceux qui payeraient davantage; leur résistance était encouragée par la nouvelle que le parlement de Nouvelle-Galles avait accueilli une proposition de supprimer les licences. Les diggers de Victoria, aussi nombreux que les habitant» (70 à 80000), se plaignaient de n'avoir pas le droit de voter pour les élections au parlement de la colonie. Us déclaraient que, suivant les privilèges des citoyens anglais, ils n'accepteraient pas d'impôts sans représentation. En vain le gouverneur leur offrit-il de prendre un de leurs délégués parmi les membres du Conseil législatif qui étaient nommés par lui. Les mineurs jugèrent la concession insuffisante et les plus résolus d'entre eux se décidèrent à faire prévaloir leurs revendications par la force. Les diggers construisirent un camp retranché, à Eurêka, près de Ballarat (1854). Le gouverneur réunit toutes les troupes et toute la police de la colonie contre eux; il dut débarquer les marins de deux navires de guerre et demander des renforts au gouverneur de Tasmanie pour garder Geelong et Melbourne laissés sans garnison; les amis de Tordre et de la domination des squatters formèrent une police volontaire à cheval. La crise fut terminée par un coup de main de Tofficier qui commandait à Ballarat. Dans la nuit du 3 décembre 1854, il surprit le camp retranché d*Eureka, tua 30 diggers, en prit 120; lui-même avait perdu 4 tués et 12 blessés. Les prisonniers furent traduits devant le jury à Melbourne et acquittés (1855). Une commission nommée pour faire une enquête sur la situation des champs d*or proposa de réclamer comme unique redevance 25 francs par an pour le droit de chercher Tor sur un point déterminé des terres publiques, et d*instituer un droit d'exportation sur Tor, pour compenser la diminution des recettes. Ces propositions furent adoptées. La même commission lit accorder le droit de vote aux diggers, jusque-là considérés comme des étrangers. C'est la fin de la domination des squatters ; les nouveaux citoyens sont beaucoup plus nombreux que les anciens. La population de la colonie de Victoria a passé de 76000 habitants en 1850 a 391000 en 1856 (deux tiers dans

Page 1