CHAPITRE XVIII
De 1848 à 1870.
/. — Les dernières années de la suprématie
esclavagiste.
Le compromis de 1850. — Le général Taylor, élu président des États-Unis dans lautomne de 1848 S enlra en fonctions le 4 mars 1849. La principale question dont il eut à s'occuper d'abord fut celle de l'admission dans l'Union, en qualité d'Etat, de la Californie, cette province mexicaine dont le traité de Guadalupe Hidalgo venait de consacrer l'acquisition. La constitution qu'adoptèrent les Californiens excluait l'esclavage. Le président Taylor n'était disposé à faire aucune objection à celle clause, et un bill d'admission fut présenté au Congrès en 1850. Calhoun et les sudistes engagèrent aussitôt une campagne des plus vives contre le bill, et toute la question de l'esclavage fut réveillée. Le débat s'étendit, embrassant le stalus futur du New- Mexico, la délimitation du Texas, l'esclavage dans le district de Columbia et la législation sur les esclaves fugitifs. Les whigs et les démocrates, abstraction faite de la section anti-esclavagiste que contenait chacune de ces organisations, se rappro-
i. Voir ci-dessus, t. X, p. 819.
chèrent pour demander une fois de plus que le silence se fit sur la question de Tesclavage dans Tintérèt supérieur de TUnion. Les chefs modérés des deux partis élaborèrent et flrent adopter par leurs fidèles une grande mesure de compromis. Clay fut appelé de nouveau le < pacificateur ».
Le < compromis » de 1850 se composait d*une série de lois distinctes : l"" admission de la Californie comme Etat libre avec exclusion de Tesclavage; 2"* oi^nisation de gouvernements territoriaux dans le New-Mexico et dans TUtah et remise à la population locale de la décision sur Tadmission ou Texclusion de l'esclavage ; 3* fixation des frontières du Texas ; 4* abolition du commerce des esclaves dans le district de Columbia; 5® ensemble de mesures destinées à rendre plus efficaces les prescriptions de la constitution des Etats-Unis relativement i la reddition des esclaves fugitifs dans les Etats libres. Taylor était mort (9 juillet 1850) pendant la discussion de ces bills, auxquels Tadminislration de Fillmore, vice-président devenu président, donna tout son appui. Le 20 septembre 1850, le dernier bill du compromis était voté.
L*intention hautement avouée des auteurs de cette grande mesure d*apaisement était qu'elle fût considérée comme une solution définitive, absolue, du problème esclavagiste. Les conservateurs des deux partis firent une question de patriotisme du silence à observer sur l'esclavage. Mais les fractions extrêmes, les free soilists du Nord, et les whigs libéraux d'une part, les démocrates du Sud et les « barons de la sclavocratie », de l'autre, ne l'entendirent pas ainsi. Ces derniers ne se faisaient point d'illusion sur la durée de la trêve qui venait d'être signée; ils voyaient clairement que, si les Etats à esclaves restaient dans l'Union, la suprématie politique leur échapperait avant peu, conséquence forcée de l'écrasante supériorité du nombre et de la richesse au Nord, et qu'alors c'en serait fait de l'esclavage. Un parti résolument sécessionniste commença donc à se former dans le Sud ; Jefferson Davis en fut un des principaux chefs. Dès 1850, avec une dizaine de ses collègues, il protesta contre le compromis tout entier, et surtout contre l'admission de la Californie comme État libre.
HlSTOIRB oiNiltALS. XI. 42
On n'en doit pas moins reconnaître que le compromis de 1850 arrêta pour quelque temps la marche des événements qui portaient les Etats-Unis à une crise décisive, et retarda sans doute de quelques années Texplosion de la guerre civile. Des questions étrangères occupèrent alors Topinion publique, les expéditions de flibusterie à Cuba (1851), la visite de Kossuth aux Etats-Unis, et le différend qui s*en suivit avec TAutriche- Hongrie (1851), un conflit avec TAngleterre sur les pêcheries (1852), la conclusion par le commodore Perry d*un traité avec le Japon, ouvrant au monde le commerce de ce pays jusqu*alors fermé. En 1850 (19 avril) avait été signé avec TAngleterre le traité Clayton-Bulwer, par lequel chacun des deux pays s'engageait à ne chercher à acquérir aucun contrôle exclusif sur le canal maritime i construire à travers le Nicaragua.
Élection de Franklin Pierce (1862). — Dans l'élection .présidentielle de 1852, trois candidats se trouvèrent en présence : Franklin Pierce pour les démocrates, Winfield Scott pour les whigs, Haie pour les free-soilers. Les deux premiers représentaient, avec des nuances diverses, l'adhésion formelle au compromis de 1850, le dernier, la dénonciation de ce com> promis au nom des droits du Congrès à légiférer pour les Territoires : « L'esclavage est sectionnel, disait le programme des free-soilerSy la liberté est nationale, le gouvernement général doit exercer son influence constitutionnelle dans le sens de la liberté. » Il y avait dans tous les Etals-Unis un tel désir du maintien de l'Union que Haie n'eut que 155 000 voix du suffrage populaire contre 1 386 000 pour Scott et 1 601 000 pour Pierce. Scott obtint de belles minorités dans un grand nombre d'Etals, mais la majorité dans quatre seulement, qui lui conférèrent 42 voix électorales, tandis que son concurrent obtint 254 voix de vingt-sept Etals.
Nord et Sud. — Cette grande victoire rendait au parti démocratique national son ancienne suprématie dans TUnion. Pendant quelque temps, les partisans de la liberté dans le Nord, comme les sécessionnistes dans le Sud, se tinrent silencieux ou n'agitèrent que faiblement l'opinion. Mais une force énorme se développait dans le Nord d'année en année par l'immigration
(383 000 immigrants en moyenne par an pendant la période quinquennale 1851-1855), par le développement commercial et industriel, Tagriculture, les chemins de fer, le défrichement des terres nouvelles. La publication des résultats du recensement de 1850 mit brutalement en lumière l'infériorité des Etats du Sud et de leurs conditions économiques. Quinze Etats à esclaves couvraient une superfîoie de 929 000 milles carrés, largement supérieure à celle des seize Etats libres (y compris la Californie), qui n'était que de 643 000 milles carrés. Mais la population des derniers était de 13342 000 âmes, celle des premiers de 9613 000. Chaque mille carré au Nord avait en moyenne 20 habitants; chaque mille carré au Sud n'en avait que 10. Sur les 9 613 000 habitants des quinze Etats esclavagistes, on comptait 229000 noirs libres et 3 220000 nègres esclaves, qui, pour la représentation au Congrès, n'étaient censés constituer (à raison de trois cinquièmes du chiiïre réel) qu'une population de 1 932000 habitants libres. Il restait donc, au Sud, une population blanche de 6164000 habitants contre les 13 millions des seize Etats non esclavagistes. Le Sud ne recevait pas, par l'immigration venant du Nord, ce que lui faisait perdre en
population l'émigration des Etats à esclaves vers les Etats libres. La légende des richesses fabuleuses du Sud ne reposait que sur l'évaluation des sommes perçues pour son unique produit, le coton. Ces sommes s'élevaient à 300 ou 350 millions de francs par année pour 2 millions de balles de coton; mais le prix du coton ne cessait de baisser et les frais d'exploitation de s'élever. L'immense majorité des planteurs était chargée de dettes. La valeur moyenne des terres au Sud était à peu près le tiers de celle du Nord. La part du Sud, dans un total du commerce maritime s'élevant (1853) à 42 369 000 tonnes, était de 438 000 tonnes. Les manufactures de colon représentaient un capital de 43 millions de dollars dans la Nouvelle-Angleterre, de 2 millions seulement dans le Tennessee, l'Alabama, la Géorgie et la Caroline du Sud. Le Nord avait en exploitation (1850) 6 300 milles de chemins de fer, le Sud 2 300.
Les esprits éclairés qui, dans le Sud, voyaient cet état de choses et cherchaient i l'améliorer, se heurtaient à des .obstacles
insurmontables : défaut d'esprit d'entreprise, règne de la rou* tine, même pour la culture du coton, cette source unique de la richesse, et c'était là une conséquence forcée du régime économique fondé sur Tesclavage. Dans ces conditions, la victoire politique que le Sud venait de remporter sur le Nord ne pouvait avoir de suites prolongées. Elle n'avait été possible que par l'asservissement où la sclavocratie du Sud avait réussi à maintenir sa clientèle du Nord par l'ingénieux et redoutable mécanisme de l'organisation de parti. Une armée de politiciens à sa solde était occupée à démontrer au commerce, à la finance, à l'industrie, à l'agriculture, au clergé des diverses dénominalions dans les Etats du Nord, la nécessité de ne pas pousser le Sud à bout, de le ménager dans l'intérêt de la paix et de l'Union, de ne point le précipiter à une rupture, inévitable si on le blessait dans son intérêt le plus cher.
Franklin Pierce appela Marcy aux affaires étrangères et Jefferson Davis à la guerre (démocratie du Nord et démocratie du Sud). La nouvelle administration acheta au Mexique un territoire de 55 000 milles carrés au sud du New-Mexico et de l'Arizona (traité Gadsden, 1853) et s'occupa activement d'un projet de voie ferrée du Mississipi au Pacifîque.
Cuba était la grande préoccupation des esprits dans le Sud. On craignait l'adoption, par le gouvernement espagnol, d'une mesure de libération des noirs dans cette lie.. C'est à cette occasion que les représentants des Etats-Unis, en Angleterre, en France et en Espagne (Buchanan, Mason et Soulé), se réunirent à Ostende et y lancèrent un manifeste qui causa une grande sensation en Europe et dans le Nord des Etats-Unis (1854). Il y était dit qu'il fallait que l'Union américaine proposât à l'Espagne d'acheter Cuba ou s'emparât de l'ile par la force, si par tout autre moyen on ne pouvait prévenir une émancipation des noirs. L'expédition du flibustier Walker au Nicaragua occupa encore l'opinion, puis toute l'attention dut se reporter sur les affaires intérieures, à l'occasion du Kansas.
Le bill Kansas-Nebraska- — En janvier 1854, un démocrate du Nord, inféodé i la cause esclavagiste, Stephen Douglas, sénateur de TlUinois, présenta un bill pour l'organi-
sation de deux nouveaux Territoires, Kansas et Nebraska, dans la région située à Fouest du Missouri, au nord du 36* degré 30'. Le bill proposait Tabrogalion du compromis de 1820, et autorisait l^esclavage dans une partie du pays où ce compromis Tavait interdit pour toujours. Le bill fut soutenu par Tadministration et par les principaux chefs du parti démocrate, attaqué par les avocats du free soil^ Chase et Wade (de TOhio), Everelt et Sumner (du Massachusetts), Seward (du New York), même par Houston (du Texas), Bell (du Tennessee) et Benton (du Missouri). Finalement, il fut voté dans les deux Chambres et devint loi en mai 1854. La presse et les meetings dénoncèrent le bill du Kansas et le rappel du compromis de 1820 {Missouri compro^ mise) comme une violation de tous les engagements du Sud, une rupture de la trêve de 1850.
Dislocation des partis. — Le bill du Kansas, au nom du principe nouveau de la Squatter Sovereignty (souveraineté du pionnier), laissait à la population des deux Territoires le soin de décider si Tesclavage serait établi ou non dans le Kansas et le Nebraska. Aussitôt les efforts des deux partis se portèrent sur le peuplement du Kansas, le Nebraska, situé plus au Nord, étant en fait hors de cause. Le Territoire fut envahi par des maîtres d'esclaves du Sud et par des Yankees de la Nouvelle* Angleterre et des Etats du Nord-Ouest. Une guerre civile éclata, localisée dans le Kansas, et se termina par la victoire des gens du Nord, qui demandèrent l'admission du Kansas comme Etat avec une constitution interdisant resclavage(1856). La lutte étant ainsi rouverte entre les deux causes de la liberté et de Tesclavage, le parti anti-esclavagiste se reconstitua, avec de nouveaux adhérents enlevés aux deux partis nationaux, sous le nom de c parti républicain ». C*est à cette époque (20 mai 1856) que Sumner, au Sénat, fut assailli et à moitié assommé à coups de canne par un député de la Caroline du Sud, Brooks, que tout le Sud acclama comme un héros. Quant i la masse du parti whig, elle se fondit dans une organisation nouvelle, qui avait pour objet de rendre plus sévères les lois de naturalisation, aOn de restreindre Taction des étrangers, surtout celle des catholiques, dans la vie nationale. Cette organisation naliviste
prit le nom de « parti américain », mais elle est connue principalement sous celui de « parti des Know Nothings » que lui valurent ses allures de société secrète. Pour Télection présidentielle de 1856, trois candidats se trouvèrent en présence, Buchanan pour le parti démocrate (avec le programme de 1882 et Texaltalion de ïact du Kansas-Nebraska), Fillmore pour le « parti américain 9 (même programme plus adouci), Frémont pour le € parti républicain » avec un programme proclamant la nécessité absolue de la suppression dans les Territoires de ces deux vestiges de la barbarie, la polygamie et l'esclavage (la polygamie était en usage chez les Mormons, établis depuis quelques années dans le Territoire d*Utah). Buchanan fut élu par 114 voix contre 114 obtenues par Frémont et 8 par Fillmorer Ce n'était pas encore le succès pour le parti républicain, mais c'était pour les démocrates l'annonce d'une défaite prochaine. Les chefs de l'aile extrême des sudistes le comprirent et se préparèrent à la sécession qu'ils considérèrent désormais comme inévitable.
La présidence de Buchanan et rélection de Lincoln. — La conlrovorse sur l'esclavage se poursuivit avec passion dans le Congrès, dans la presse, dans le roman, dans toutes les réunions publiques, dans les législatures locales. Un grand nombre de celles-ci dans le Nord votèrent des lois pour empêcher l'action de la législation fédérale sur les esclaves fugitifs, comprise dans le compromis de 1850. Ces lois, appelées personal liberty laws, furent déclarées nulles par une décision que rendit le chief justice de la cour suprême, Taney, dans l'affaire du nègre Dred Scott (1857). En 1859, John Brown, anti-esclavagiste du Kansas, lit une tentative armée contre l'arsenal fédéral de Harper's Ferry et appela les esclaves à la liberté. Arrêté par les autorités de Virginie, il fut condamné et pendu le 2 décembre 1859. Une immense sensation fut causée dans tout le pays et en Europe par cette exécution.
L'administration de Buchanan ne vit pas la fin de l'imbroglio du Kansas, qui ne se dénoua qu'en janvier 1861, par l'admission de ce Territoire comme Etat libre. A ce moment, les membres sudistes du Congrès avaient quitté Washington, l'élection prési-
dentielle de Tannée précédente (1860) ayant consommé la rupture de l'Union. Cette fois, quatre candidats étaient en lice : Breckinridge pour les sudistes déterminés, Douglas pour les démocrates unionnistes, Bell pour le « parti américain » devenu le c parti de TUnion constitutionnelle », et Abraham Lincoln, pour les républicains, parti strictement nordiste. Le programme républicain de 1860 n*était point abolitionniste ; il reconnaissait le droit des États de régler chacun pour eux la question de Tesclavage, mais déclarait que, la liberté étant une condition naturelle, ni le Congrès, ni une législature locale, ni personne n'avait le droit d'établir l'esclavage dans un Territoire des Etats-Unis. Lincoln eut les voix électorales de tous les Etats libres, 189, contre 39 données à Bell, 12 à Douglas et 72 à Breckinridge, soit une majorité de 66 contre ses trois concurrents. Le vote populaire donnait 1866000 voix i Lincoln, 994 000 à Douglas, 669 000 à Breckinridge, 575 000 à Bell. Le vote total ayant été de 4 680 000 voix, Lincoln ne réunissait pas tout à fait la moitié des suffrages populaires, mais le collège électoral le faisait président de l'Union.
Les c hommes des droits du Sud » qui, depuis plusieurs années, soit dans les grandes administrations publiques autour du président Buchanan, soit dans les États esclavagistes, avaient tout préparé pour cette éventualité, ne perdirent point de temps pour mettre leurs desseins à exécution. Six semaines après l'élection, une convention populaire dans la Caroline du Sud vota une ordonnance de sécession (20 déc. 1860). Les autres États du Sud suivirent l'exemple; le 4 février 1861, un Congrès séparatiste, tenu à Montgomery, forma une constitution pour les c États confédérés d'Amérique » et élut Jefferson Davis président et Alexander Stephens vice-président. Buchanan ne tenta rien de sérieux pour entraver l'action des sécessionnistes. Il quitta la Maison-Blanche le 4 mars 1861, léguant à son successeur et à son pays la guerre civile.
//. — La guerre civile (i86i'i865).
La sécession. Bull Run (21 Juillet 1861). — Lincoln, installé le 4 mars à la Maison-Blanche, ne voulut pas prendre rinitiative des hostilités contre la confédération sudiste. Il n'eut pas à attendre longtemps Fagression. Les premiers Etats qui avaient fait sécession, s'étaient emparés des forts et des arsenaux de rUnion situés sur leur territoire. Les autorités de la Caroline du Sud voulurent prendre ainsi possession du fort Sumter, bâti sur une lie rocheuse à l'entrée du port de Charlésion. Mais elles se heurtèrent à la fidélité du major Anderson. Lincoln ayant annoncé l'intention de ravitailler et de renforcer la garnison, Jefferson Davis donna l'ordre de l'attaque. Beauregard, commandant de Gharleston, bombarda le fort Sumter le 12 avril. Anderson, qui n'avait reçu ni secours ni munitions, dut capituler le même jour.
Le 17, une convention réunie à Richmond mit fin aux hésitations de la Virginie et vota l'entrée de cet Etat dans la confédération sudiste. Des miliciens et des volontaires virginiens marchèrent aussitôt sur Harper's Ferry, au nord de l'Etat, et sur Norfolk, à l'entrée du James River. Les magasins militaires d'Harper's Ferry furent incendiés par la petite garnison fédérale, qui se retira vers le nord (18 avril). Norfolk fut occupé le 20. Le commodore Paulding, commandant l'arsenal fédéral de Gosport, coula et brûla plusieurs navires, mais ne put empêcher les confédérés de s'emparer d'une nombreuse artillerie.
Le gouvernement fédéral n'était plus séparé de la rébellion que par le Potomac. Il faillit même se trouver bloqué à Washington. Le 19 avril, en effet, les autorités de Baltimore, favorables aux sudistes, coupèrent les ponts du chemin de fer et les fils du télégraphe. Les communications furent interrompues pendant huit jours entre Washington et le Nord. Butler dénoua cette situation dangereuse en débarquant le 25 avril des régiments du Massachusetts à Annapolis. Il s'empara de Baltimore sans coup férir, et, dès le 15 mai, la ville de Washington,
occupée par des troupes sufflsanles, fut à l*abri d'un coup de main. Le gouvernement sécessionniste voulant se rapprocher de la capitale fédérale, se transporta de Montgomery à Richmond, que 120 kilomètres à peine séparaient de Washington ; la capitale de la Virginie devint la capitale de la confédération du Sud, et le congrès de la sécession y fut convoqué pour le 20 juillet. Les confédérés avaient déjà mis en campagne 20 000 hommes, échelonnés de Norfolk i Harper's Ferry. Jefferson Davis envoya des délégués en Europe pour demander la reconnaissance du nouveau gouvernement, fit éteindre tous les feux sur les côtes depuis Hampton Roads (James River) jusqu*au Rio Grande, et délivra des lettres de marque pour la course contre la marine fédérale. Puis il attendit l'ennemi.
Le gouvernement fédéral ne disposait que d'une partie des 15 000 hommes de l'armée régulière, disséminés sur les points extrêmes du territoire et dont un certain nombre avaient déjà quitté le service fédéral pour celui de la confédération. Lincoln appela sous les armes, le 15 avril, 75 000 miliciens et convoqua le congrès en session extraordinaire pour le. 4 juillet. Le général Scott, âgé de soixante-quinze ans, fut nommé commandant en chef de l'armée fédérale, qu'il dut organiser avant de songer à la conduire à l'ennemi. L'administration militaire existait i peine, les arsenaux et les magasins du Nord étaient démunis, les états-majors faisaient défaut; un assez grand nombre des officiers sortis de TÉcoIe militaire de West Point étaient allés offrir leur service au gouvernement confédéré (200 environ sur 950), parmi eux, le colonel Robert Lee, chef d'état-major de Scott, Yirginien comme son chef, et l'un des officiers les plus distingués de l'armée américaine. Les milices du Massachusetts et de la Pensylvanie, avec des volontaires organisés à la hâte dans les Etats du Nord, formèrent le noyau de l'armée fédérale. Le 3 mai, une nouvelle proclamation de Lincoln appela 82 000 volontaires. La forteresse de Monroe (baie de Chesapeake) fut ravitaillée, les ports du sud déclarés en état de blocus. Les troupes fédérales commencèrent à franchir le Potomac, occupant les hauteurs d'Arlinglon et Alexan-
dria, sur la rive droite du fleuve, et bientôt Gontreville et Fairfax, à quelque distance au sud. Ces troupes étaient commandées par le général Mac Dowell. Scott gardait la capitale et son camp retranché.
Les unionnistes, dès le début, avaient attaché une grande importance à la possession de la partie de la Yii^inie située au delà des montagnes, à cause du chemin de fer Baltimore and Ohio, qui commandait les communications entre Touest et Washington. Le premier combat en rase campagne de la guerre civile fut livré à Philippi, où le colonel Kelley battit les confédérés, ce qui le rendit maître du chemin de fer (3 juin). Les confédérés furent encore battus i Romney le 11 juin; ils durent évacuer Harper's Ferry et reculer àWinchester, où J. C. Johnston vint se mettre à leur tête. Patterson, avec 14000 fédéraux, traversa le Potomac et s'établit à Martinsburg; Mac Clellan et Rosecrans infligèrent encore quelques défaites aux sudistes; au milieu de juillet, les troupes du Sud avaient évacué le territoire de la Virginie occidentale. Cette suite de succès allait être bientôt effacée par le premier revers important des fédéraux.
Le 4 juillet, le congrès fédéral se réunit à Washington; on connaissait déjà les déclarations de neutralité de TAngleterre (mai) et de la France (juin). Le congrès approuva les appels de milices et de volontaires faits par le président, et Tautorisa à constituer une armée de 500000 hommes. Toutes les propositions financières du secrétaire du trésor Chase (impôts et emprunts) furent adoptées.
L'opinion publique, fatiguée de la longueur des préparatifs, réclamait une action vigoureuse. Depuis plus de deux mois, fédéraux et sudistes étaient en présence à Manassas, sur les bords du ruisseau Bull Run. Le 17 juillet, Mac Dowell reçut Tordre d*attaquer Tennemi. Le 21 eut lieu la rencontre décisive. Une partie de la population de Washington traversa le Potomac pour assister, comme à un spectacle, à la déroute présumée des confédérés. Mais Tarrivée opportune de Johnston qui, avec 6000 hommes, se porta de Winchester au secours de Beauregard, assura la victoire aux sudistes. Cette première bataille
de Bull Run fut suivie d*une véritable débandade de l'armée fédérale jusqu*i Washington.
Jefferson Davis ne fit pas poursuivre ce grand succès. Peutêtre ne le pouvait-il pas, les provisions et toute organisation administrative faisant encore défaut. Le président sudiste, qui avait assisté i la fin de la bataille, dut se contenter d'envoyer dans les Etats sécessionnistes un message pompeux de victoire qui excita un enthousiasme extrême dans toute la confédération.
Campagne du James River. — Un jeune général, Mac Clellan, remplaça Mac Dowell à la tête de Farmée vaincue, et fut nommé en novembre commandant en chef des armées de la république après la retraite du général Winfield Scott. Méthodique et lent, il consacra Tautomne et Thiver à organiser son armée, qui, en mars 1862, s*élevait à 150 000 hommes, répartis en corps d*armée, divisions et brigades. Pendant ces neuf mois, Beauregard s*était entouré a Manassas de solides retranchements. Le 5 mars 1862, il fut transféré du commandement de Tarmée de Virginie à celui de la division du Mississipi; son successeur, le général Johnston, le vainqueur de Bull Run, ayant appris que Mac Clellan allait transporter son armée au sud de Richmond, sur la rive droite du James River, évacua, le 9 mars, les lignes de Manassas et se replia vers le sud. Il ne disposait que de 50000 hommes, alors que Mac Clellan lui en attribuait le triple. Les troupes fédérales furent embarquées à Alexandria pour Fort Monroe, posie situé à Textrémité de la presqu'île du York et du James.
Le plan primitif comportait une attaque directe sur Richmond par une flottille remontant la rivière James, tandis que les troupes s'avanceraient sur les deux rives. Mais un incident qui fît grand bruit à cetle époque obligea le général unionniste à modifier ce plan. Le Merrimac, ancienne frégate fédérale que les confédérés avaient recouverte de fer et armée de canons de gros calibre, coula deux frégates dans la rade de Hamplon Roads et ne rentra à Norfolk que devant lapparition du Monitor, petit bâtiment cuirassé i tourelle appartenant à la flotte fédérale. Ou n*osa plus, i Washington, aventurer la flottille dans le James
River. Mac Clellan dut tenter une opération par la rive septentrionale de ce fleuve. L*arniée fédérale s*ébranla le 4 avril, franchit le 4 mai, après un mois de siège, les retranchements de Yorktown, et, le lendemain, délogea de Williamsburg, après un très vif combat, larmée confédérée, qui dut se replier sur Richmond. Mac Clellan établit ses troupes (16 mai) sur les deux rives du Chickahominy (affluent de la rive gauche du James River). Il avait donné rendez-vous en ce point à trois corps fédéraux convergeant de trois directions différentes, Frémont des montagnes virginiennes, Banks de la vallée de Shenandoah et Mac Dowell de Fredericksburg. Mais le général confédéré Stonewall Jackson portait en ce moment même répouvante dans le Nord par une pointe d*une extrême hardiesse qui remit un moment en ses mains Harper*s Ferry. Mac Dowell fut appelé à la défense du Potomac, les deux autres colonnes tenues immobiles. Jackson, au contraire, put se dérober, échapper aux forces qui le cernaient, et arriver à temps sur le champ de bataille où Mac Clellan et Johnston étaient aux prises. Johnston, après avoir fait évacuer Norfolk et tous les postes détachés en aval de Richmond, livra le 31 mai, une bataille furieuse à Taile gauche de Tarmée fédérale, à Fair Oaks. La lutte dura deux jours, fut très meurtrière, mais non décisive. Le 2 juin, les deux armées avaient repris leurs anciennes positions. Johnston, grièvement blessé i Fair Oaks, était remplacé par le général Robert Lee. Renforcé par Beauregard et par Jackson, Lee, le 26 juin, attaqua Mac Clellan sur le Chickahominy, au moment où le général fédéral préparait une marche de flanc pour se rapprocher du James River. L'effort des confédérés porta, dans celte première journée, appelée bataille de Mechanicsville, sur Taile droite de Tarmée fédérale, qui fut battue et rejetée sur Gaines* Mill, où une seconde bataille fut livrée le lendemain 27. Sous les eCForts combinés de Lee et de ses lieutenants, Longstreet, Hill et Jackson, les troupes fédérales furent complètement battues.
Mac Clellan opéra cependant une habile retraite, repoussa les confédérés i Savage's Station et à White Oak Swamp (29 et 30 juin), et rallia ses troupes à Harrison's Landing, sur le
James River, où il retrouva l'appui des canonnières fédérales et un ravitaillement facile. Les confédérés tentèrent encore contre les lignes de Mac Clellan, le l*' juillet, à Malvem Hill, une attaque qui fut aussi sanglante qu'inutile. Lee ramena toutes ses forces dans les retranchements de Richmond.
A Washington, le gouvernement, effrayé, ne songeait qu'à concentrer toutes ses forces pour la défense de la capitale. Les trois corps de Frémont, de Banks et de Mac Dowell furent réunis en une seule armée sous le commandement du général Pope, qui, menacé par Jackson sur son aile droite, recula au nord du Rappahannock. Mac Clellan reçut Tordre de ramener son armée sur le Potomac et évacua Harrison's Landing le 16 août. Sur le Rappahannock, Pope, pris entre Lee qui l'attaquait en tète, et Jackson qui, par un détour du côté des montagnes, menaçait le flanc droit et les lignes de communication de l'armée fédérale, lutta avec vigueur le 28 et le 29 août, mais fut écrasé le 30 à la seconde bataille de Bull Run. Les débris de l'armée fédérale durent chercher un refuge sous les fortifications de Washington, abandonnant à l'ennemi les approvisionnements et l'artillerie. Mac Clellan, qui venait d'arriver de la baie de Ghesapeake, recueillit ces débris dans les rangs de son armée, et reçut le commandement en chef de toutes les forces fédérales. Il lui fallait tenir tète à l'invasion du Maryland tentée par les confédérés.
Invasion du Maryland. Antietam (17 septembre 1862). — Lee ne pouvait songer à aborder de front la capitale fédérale; il résolut de la tourner par les vallées du Blue Ridge. Le 12 septembre, Jackson attaqua Harper's Ferry, tandis que les corps de Ilill et de Longstre et passaient le Potomac et s'avançaient jusqu'à Frederick, à 70 kilomètres de la capitale fédérale. Ils n'allèrent pas plus loin, Mac Clellan s'avançant contre eux en grandes forces, et reconnurent la nécessité de rentrer en Virginie. Ils ne purent le faire qu'après avoir repoussé l'assaut violent que leur livra le 11 septembre (bataille d' Antietam) toute l'armée de Mac Clellan. Malgré les résultats indécis de cette journée meurtrière, les confédérés se bâtèrent de repasser le 19 au sud du Potomac.
La guerre dans l'Ouest. Bataille de Shiloh (6 et 7 avril 186S). — Dès le début de la guerre, le gouvernement sécessionniste, mattre de Tembouchure du Mississîpi et de son cours inférieur par la Nouvelle-Orléans et la Louisiane, fît de grands efforts pour s'assurer le haut cours du fleuve et gagner à sa cause les trois grands Etats du Tenneasee, du Kentucky et du Missouri. Les gouverneurs tenaient pour le Sud, mais les opinions étaient divisées dans les législatures. Les milices sudistes du Tennessee s'emparèrent de Memphis, celles du Kentucky de Columbus. Dans le Missouri un coup de main sur l'arsenal fédéral de Saint-Louis fut déjoué par le général Lyon. Les secours arrivèrent promptement des États voisins du Nord fidèles à l'Union. Des milices de l'Illinois occupèrent Cairo; le général Grant entra dans le Kentucky à la tète des milices de rindiana et de l'Oliio.
Sur la rive droite du Mississipi, une petite armée de sudistes, formée de volontaires du Missouri, de TArkansas et du Tennessee, battit les fédéraux; le général Lyon fut tué. Ce succès n'eut pas de résultats. Les confédérés furent aisément contenus et peu à peu rejetés dans l'Arkansas, où ils furent battus quelque temps après à Pea Ridge par Curlis. Frémont, nommé commandant en chef des troupes fédérales du haut Mississipi, s'était établi à Saint-Louis; mais, ayant lancé intempestivement, au jugement des autorités de Washington » une proclamation pour l'affranchissement des esclaves, il fut remplacé par le général Halleck.
Sur la rive gauche, le Kentucky servait de champ de bataille aux troupes des deux partis. Grant, établi à Cairo et à Paducah sur le bas Ohio, résolut d'attaquer les forts Henry et Donelson, qui commandaient les deux rivières de Gumberland et de Tennessee, à peu de distance de leur confluent avec l'Ohio. Du 6 au 15 février 1862, il s'en empara avec l'aide d'une flottille de canonnières commandée par Foote. Les confédérés laissaient 13 000 prisonniers aux mains des fédéraux, et le Kentucky était; conservé à la cause fédérale. Grant, poursuivant sa victoire, marcha immédiatement vers le Sud, entra dans le Tennessee et occupa le 22 février, sans combat, la capitale de l'Etat, Nasb-
ville. Pendant ce temps, le général confédéré Polk, ancien évèque, était obligé d'abandonner Columbus à l'approche des canonnières de Foote, et de se retirer jusqu'à Memphis, en brûlant partout les provisions de coton. Beauregard, appelé au commandement de l'armée confédérée du Mississipi, concentra 60000 hommes à Corinth, au sud du Tennessee, centre de chemins de fer, et y établit un camp retranché.
Foote et ses canonnières, descendant le Mississipi, délogèrent encore les confédérés de New Madrid (rive droite, en Missouri) et de rtle n^ 10 (1 avril). Ce dernier succès le rendit maitre de tout le cours supérieur du Mississipi jusqu'à Memphis.
Dans le Tennessee, Grant et Buell s'étaient mis en mouvement pour opérer leur jonction sur la rivière Tennessee, derrière laquelle se tenait Beauregard. Le général Halleck, commandant en chef, avait lui-même quitté Saint-Louis pour rejoindre ses deux généraux. Grant, arrivé le premier, passa le Tennesse à Pittsburg-Landing, et attendit le corps de Buell. Mais il fut attaqué dans cette position le 6 avril par les confédérés (Johnston et Beauregard) et presque jeté dans la rivière à la fin de la première journée (bataille de Shiloh). Les troupes fraîches de Buell étant arrivées dans la nuit, la bataille recommença le 7 et se termina par la victoire des fédéraux. Beauregard ramena ses troupes épuisées dans le camp retranché de Corinth, où il fut bientôt bloqué par Halleck, qui, ayant rejoint Grant et Buell, prit le commandement supérieur. Craignant de se voir coupé de toutes communications, Beauregard évacua la place le 30 mai 1862. Une partie de ses troupes fut dirigée sur Vicksburg (rive gauche du Mississipi, en aval de Memphis). Il emmena le reste à Richmond, où les confédérés étaient vivement serrés par Mac Clellan. Son départ entraîna la chute de Memphis (6 juin) et la destruction de presque toute la Qottille sudiste. Les canonnières fédérales, descendant le fleuve, ne furent plus arrêtées que par la place de Vicksburg.
Le blocus des côtes. — Le gouvernement fédéral ayant au début des hostilités déclaré le blocus des côtes de la région insurgée, il lui fallut quelque temps pour rendre ce blocus effectif, sur une étendue de plus de 3 000 milles. Un grand
nombre de bâtiments de commerce furent armés et diverses expéditions maritimes furent organisées pour Toccupation des points les plus importants aux abords des ports du Sud. Le 31 août 1861, Butler, avec une division de frégates, de canonnières et de transports, s'empara du fort Hatteras (Caroline du Nord). Le général Sherman et le commodore Dupont, avec une autre division, s^emparèrent de Port-Royal (Caroline du Sud). Une flottille ennemie fut brûlée et Beaufort occupé. Un excès de zèle d*un commandant fédéral faillit provoquer un conflit entre les Etats-Unis et TAngleterre. Jefferson Davis avait envoyé en Europe, en qualités de chargés d'affaires de la Confédération du Sud, Tun à Paris, Tautre à Londres, Slidell, ancien sénateur, pour la Louisiane, et Mason, ancien plénipotentiaire des Etals-Unis en France. Ces agents s*étant embarqués le 1 novembre 1861 à la Havane sur un paquebot anglais, le Trente une frégate fédérale, le San Jacinto, capitaine Wilkes, arrêta le Trent en pleine mer, et Tofficier fédéral enleva de force les représentants de la sécession. L*acte audacieux du capitaine Wilkes suscita dans le Nord un grand enthousiasme; son auteur fut félicité par le Congrès et promu commodore. En Angleterre, un cri unanime d'indignation s*éleva contre Tinsulte faite au pavillon national ; le gouvernement réclama la reddition des prisonniers et une réparation, et commença de formidables préparatifs de guerre. Les autorités de Washington ne pouvaient courir le risque de voir la lutte contre les rebelles du Sud se doubler d'une guerre avec TAngleterre. Mason et Slidell furent mis en liberté le 1*' janvier 1862.
Le blocus des côtes des États confédérés devint peu à peu plus rigoureux. D'autre part, quelques-uns des bâtiments du Sud qui entreprirent la course, le Nashville, le Sumter^ YAlabama^ et le Florida^ commencèrent à infliger de grandes pertes au commerce du Nord. Pour entraver Imdustrie des bâtiments violateurs du blocus (Blockade-runners), les fédéraux cherchèrent à fermer Taccès des ports du Sud en coulant dans les passes de vieux bâtiments chargés de pierres; ce procédé, employé notamment devant Charleston et Savannah, ne donna pas les résultats espérés, les coques étant emportées par le courant.
On revint au système des expéditions mi-partie terrestres et maritimes.
Le Mississipi. Le Sud cerné. — La plus importante fut celle qui eut pour objectif la Nouvelle-Orléans. De formidables ouvrages, des brûlots, des canonnières cuirassées, commandaient le cours du Mississipi en aval de la Nouvelle- Orléans. Au mois d*avril 1862 parut à Tentrée du fleuve une force navale importante sous les ordres des commodores Porter et Farragut, escortant une flotte de transports avec. Butler et un corps de débarquement. Le 18, les bâtiments fédéraux ouvrirent le feu contre les deux forts. Le 25, Farragut, avec cinq corvettes et neuf canonnières, s*élança à toute vapeur contre les obstacles, parvint en amont des forts, détruisit la flottille confédérée et menaça la Nouvelle-Orléans du feu de ses canons. Nulle résistance ne fut tentée. Le général confédéré, Lowell, se retira sur Jackson, après avoir brûlé les magasins d'approvisionnements. Butler occupa la ville le 27 avril. Ces faits se passaient quelques jours après la bataille de Pittsburg-Landing. La flottille fédérale remonta le Mississipi, prit Bâton-Rouge, capitale politique de la Louisiane, et fut arrêtée par Port-Hudson du côté du sud, comme les canonnières fédérales Tétaient à peu près dans le même temps du côté du nord par Vicksburg.
La situation & la fin de 1862. — Les deux places de Vicksburg et de Port-Hudson étant très fortes, il ne pouvait être question de les enlever par un coup de main. Elles exigeaient un siège en règle qu'on ne put entreprendre que plus tard. Les confédérés restèrent maîtres de la partie du Mississipi comprise entre les deux forteresses, ce qui assura leurs communications avec Touest.
L'évacuation de Corinth (30 mai) et la retraite de Beauregard vers Richmond semblaient ouvrir aux fédéraux les deux États de Mississipi et d*Alabama. Cependant la place n'était pas vide. Braxton Bragg, successeur de Beauregard, organisait une nouvelle armée dans le Tennessee oriental; Price, Van Dorn et Lowell rassemblaient des corps épars de confédérés dans le nord de TEtat de Mississipi. Depuis juillet 1862, Halleck n*était plus â Tarmée de TOuest. Le gouvernement de Washington
Histoire okn£ralg. XI. 43
Tavait appelé à Washington pour lui confler le commandement en chef de toutes les forces de terre (11 juillet). Legénéral Grant lui succéda sur le Mississipi; ses lieutenants étaient les généraux Schofield, Sherman, Rosecrans et Buell.
Au moment où Grant, ayant bien en main ses troupes reposées et tous les corps reconstitués, se disposait à prendre la roule de Vicksburg, Braxton Bragg, sortant de son immobilité» envahit subitement le Kentucky et s'avança vers le nord jusqu'à Francfort. Buell réussit à lui couper la retraite ; mais Bragg, presque cerné à Perryville (8 octobre 1862), se fraya un chemin après un combat qui dura tout le jour et rentra dans les montagnes de Test du Tennessee.
Malgré Ténergie de la résistance, la situation était déjà devenue très grave pour la confédération sudiste à la fin de 1862. Dans le voisinage de la capitale fédérale seulement, Téquilibre des forces respectives ne semblait pas s'être sensiblement modifié, non plus que celui des positions stratégiques. Les confédérés occupaient la Vii^inie depuis l'embouchure du Rappahannock à l'aile droite jusqu'aux défilés des AUeghanys à l'aile gauche, couvrant Richmond, capitale de la sécession. Devant eux se déployait l'armée fédérale, ayant à dos le Potomac et la capitale de l'Union. Partout ailleurs les forces fédérales avaient fait d'énormes progrès : toutes les côtes bloquées, un grand nombre de points occupés et la Nouvelle-Orléans reconquise; dans le grand espace entre les AUeghanys et le Mississipi, l'insurrection réduite à une guerre de partisans, le Kentucky gardé à l'Union, le Tennessee disputé à la rébellion, tout le Mississipi au pouvoir des canonnières fédérales, sauf entre Vicksburg et Port-Hudson.
Fredericksbùrg. — En novembre 1862, les troupes de rUnion se trouvant concentrées devant Fredericksbùrg, prêtes à agir, le commandeifnent fut tout à coup enlevé à Mac Clellan (qnele parti démocrate dans le Nord désignait déjà pour son futur candidat à l'élection présidentielle de 1864). Burnside, son successeur, très peu capable, commit la folie d'aborder de front la position de Fredericksbùrg (rive droite du Rappahannock), couverte d'une formidable artillerie, et de vouloir l'en-
lever à la baïonnette. Il s'obstina dans cette tentative pendant toute la journée du 13 décembre et subit des perles énormes. Désespéré de son insuccès, il envoya aussitôt sa démission. Hooker, son successeur, se contenta pendant quatre mois d'observer Tennenii.
Murfireesboro. — Braxton Bragg, après Perryvillle, s'était retiré à Chattanooga par Knoxville; il y préparait une nouvelle incursion vers le nord. A la fin de décembre 1862, il se dirigea sur Nash ville où commandait Rosecrans (successeur de Buell). La rencontre eut lieu à Murfreesboro, le 27 décembre, Braxton Bragg tàta son adversaire dans les journées des 28, 29 et 30 décembre , puis lui livra une bataille acharnée les 31 décembre 1862 et 1'''' janvier 1863. 11 ne put Tentamcr et se décida à se retirer. La victoire de Murfreesboro assurait aux fédéraux la possession du Tennessee. Rosecrans poursuivit les confédérés en retraite sur Chattanooga. La guerre dans l'ouest se trouvait portée sur les frontières de la Géorgie.
Vicksburg et Port-Hudson. — Pendant le cours de l'hiver de 1862 à 1863, le général Banks et Farragut commencèrent le siège de Port-IIudson, et Grant décida une attaque contre Vicksburg. Il en chargea Sherman, qui avec 40000 hommes tenta le 29 décembre une attaque de vive force et y perdit 2 000 hommes. Grant résolut alors de prendre lui-même la direction des opérations contre Vicksburg, devenu un vaste camp retranché, inabordable de presque tous les côtés. Des travaux énormes furent entrepris, sans aucun résultat, pour le creusement de canaux d'accès. Finalement deux canonnières forcèrent le passage en bravant le feu d'innombrables batteries et parvinrent en aval de Vicksburg, mais pour tomber en peu de jours aux mains des confédérés. Farragut, ayant fait la même tentative du côté de Port-Hudson sur le Hartford avec quelques canonnières, fut plus heureux et devint maître du Mississipi entre les deux places. Porter ne tarda pas à le rejoindre, ayant forcé le passage sur le Benton, suivi de toute son escadre (7 avril). Du côté de la terre, le colonel Grierson, à la tète d'un parti de cavalerie, traversa tout l'Elat du Mississipi du nord au sud, et détruisit tous les chemins de fer et approvisionne-
menls qu*il trouva sur sa route. Il fut frappé de la solitude, de Fabsence de toute vie apparente dans les régions traversées. € La confédération du Sud, dit-il, est une coquille vide. »
Grant crut ]e moment venu de porter le coup décisif. De Memphis il fit suivre i son armée, forte de 60 000 hommes, la rive droite du Mississipi, jusqu*en face de Grand Gulf, en aval de Vicksbui^, cette forteresse n'étant pas abordable par la rive gauche à cause du Yazoo et de ses innombrables bayous et marais. La flottille bombarda Grand Gulf le 29 avril. Les défenseurs de ce poste Tabandonnèrent, et toute l'armée put passer sur la rive gauche. Grant la dirigea alors, abandonnant toute communication avec le fleuve, vers Tarmée de Johnston établie entre Vicksburg et Jackson, capitale de TEtat du Mississipi. Après un vif combat à Raymond, la ville de Jackson tomba entre les mains de Mac Glernand et de Sherman (14 mai), et Johnston se trouva rejeté au delà de cette ville vers Test. Vicksburg n'avait plus pour défense que sa garnison commandée par Pemberton. Celui-ci fut battu à son tour à Champion Hill et enfermé dans Vicksburg le 21 mai. Un assaut général, livré le 22, échoua sur tous les points. Il coûtait à TUnion des pertes qu'un génie militaire plus empreint d'humanité que ne l'était celui de Grant, eût aisément épargnées. Ce carnage devait être le premier d'une série de semblables hécatombes qui n'étaient point nécessaires et dont reste chargée la mémoire de Grant.
Le siège régulier commença. Banks devant Port-Hudson avait comme Grant procédé à l'investissement, puis livré un assaut infructueux. Là aussi un siège en règle était nécessaire. Les tentatives de diversion extérieure, faites sur la rive droite par Mac CuUoch, Marmaduke et Price, et sur la rive gauche par Johnston, restèrent sans résultats. A la fln de juin, ces deux places étaient à bout de vivres et déjà à peu près détruites par le bombardement. Pemberton se décida à traiter sans attendre l'assaut final; il capitula, et l'armée fédérale entra le 4 juillet dans le « Sébastopolde la rébellion ». Les prisonniers confédérés étaient au nombre de 18 000. Port-Hudson, à la nouvelle de la chute de Vicksburg, se rendit le 8 juillet avec 8000 hommes.
ChancellorsviUe. — Après le désastre de Fredericksburg (23 décembre 1862), les deux armées étaient restées quatre mois en présence, séparées par le Rappahannock. La neige rendait les chemins impraticables. Des deux côtés, on s^observait, en se fortifiant, sans oser prendre l'initiative de Tattaque. flooker, successeur de Burnside dans le commandement en chef de Tarmée fédérale, réorganisa ses troupes et combla les vides i Taide des renforts qui lui parvenaient. Le 27 avril 1863, il sortit de Fimmobilité. Quittant ses cantonnements de Falmouth, rive gauche du Rappahannock, il remonta ce fleuve, puis le franchit brusquement pour tourner les hauteurs de Fredericksburg. Lee opéra un mouvement de conversion sur sa gauche vers Gbancetlorsvilte, où il rencontra les fédéraux. La bataille s'engagea le l**" mai, dans une région broussailleuse et boisée, appelée le désert, Wildemess. Dès le début de la première journée Taile droite de Hooker fut culbutée et presque anéantie par Stonewall Jackson, le général légendaire, moitié soldat, moitié moine, dont la vaillance semblait plus qu'humaine; il eut le bras emporté dans ce combat et succomba quelques jours après. Sa mort fut pour le Sud une perte irréparable.
Pendant trois jours, les fédéraux luttèrent pour résister à la pression toujours plus vive des sudistes. Mais le commandement fit défaut, Hooker, malade ou frappé de stupeur devant la responsabilité qu'il avait assumée, ne donnait pas d'ordres ou en donnait qui ne purent être que funestes pour son armée. Il fallut céder et repasser le Rappahannock. L'armée avait tellement souffert qu'elle n'était plus en état de contenir l'ennemi. Robert Lee crut l'occasion propice pour porter à la puissance fédérale le coup décisif qui assurerait la vie à la confédération sudiste. S'il pouvait être victorieux au nord du Potomac, l'acharnement de Grant devant Vicksburg n'avait plus de portée. C'est devant Washington, sinon à la Maison Blanche, que la paix serait signée.
Lee en Pensylvanie. Gettysburg (3 Juillet 1863). — Le 3 juin, Lee mit son armée en mouvement. Elle comptait 80 000 hommes répartis en trois corps d'armée, Longslreet,
Ewell le général à la jambe de bois, et Hill; une division indépendante de cavalerie était sous les ordres de Stuart, L'artillerie de corps, très forte, comptait 15 bataillons et 240 canons.
Les fédéraux avaient l'avantage du nombre : 80000 hommes avec Hooker au nord du Rappahannock, 15 000 avec Keyes à SufTolk, et 15 000 avec Shenck à Winchester et à Uarper*s Ferry. Heintzelmann protégeait Washington avec 36 000 hommes. Les quatre généraux étaient sous les ordres de Halleck, qui avait conservé le commandement en chef. La première colonne des confédérés, sous Ewell, passa par la vallée de Shenandoah, surprit à Winchester le corps de Milroy et le dispersa, franchit le Potomac en amont de Harper's Ferry, et entra dans la vallée de Cumberland (Maryland), suivie des corps de Longstreet et de Hill. Stuart, avec sa cavalerie, couvrait cette marche adroite en disputant les défilés du Blue-Ridge à Pleasonton. Hooker ramenait parallèlement son armée vers le nord par Centreville et Fairfax. Lorsqu'il fut assuré que Lee avait passé le Potomac, il le franchit à son tour, plus à l'est, et se plaça ainsi dans le Mary]and entre Washington et les sudistes. Stuart fit alors un grand détour. Passant derrière l'armée fédérale, il franchit le Potomac tout près de Washington, se plaça entre cette ville et l'armée de Hooker, remonta au nord parallèlement à cette armée et à celle de Lee, et arriva avec ses escadrons épuisés de fatigue sur la rive droite du Susquehannah où il comptait trouver l'avant-garde confédérée. Celle-ci, arrivée jusqu'à Harrisburg, avait été subitement rappelée par Lee. Stuart eut beaucoup de peine à la rejoindre au nord de Gettysburg. Ce raid fit peu de mal aux fédéraux, tandis que l'absence de la cavalerie fut très nuisible aux confédérés.
Hooker aurait voulu grossir son armée par l'adjonction de la garnison de flarper's Ferry. Il ne put l'obtenir de Halleck. Comprenant que, depuis Chancellorsville, il avait perdu la confiance du président, il donna sa démission (fin juin). Le commandement en chef fut donné à Meade, officier du génie, modeste, appliqué, très estimé de ses camarades. Meade ne changea rien aux dispositions de marche, et l'armée continua son mouvement sur Gettysburg, petite localité située au pied
d*un promontoire terminant une série de iiauteurs orientées du sud au nord, et flanqué de deux vallées dont le confluent avait lieu au nord de Getlysburg. Tandis que Mcade faisait occuper le promontoire par son avant-garde et échelonnait les divers corps de son armée sur les collines situées en arrière, Tarmée confédérée s*avançait par la vallée de Touest et débordait les fédéraux au nord.
Le 1'' juillet, Tavant-garde confédérée s'empara du village et 8*y établit, menaçant les fédéraux sur leur droite. Le danger pour Meade était la nécessité de combattre avant que le mouvement de concentration de ses troupes sur les positions de défense fût achevé. Il se continuait encore en effet le 2 juillet, lorsque Lee fit attaquer les hauteurs sur plusieurs points à la fois et par le gros de ses forces. Grâce à une puissante artillerie, Meade restant sur la défensive repoussa tous les eflbrts des confédérés. Le 3 juillet, il engagea toutes les réserves et les lança à Tassant des positions ennemies. Une des divisions, celle de Pickelt, réussit à couronner la crête, arriva jusqu'aux batteries, mais périt là presque entière. L*armée fédérale ne fut entamée sur aucun point.
Les pertes avaient été considérables des deux côtés. Meade ne voulut pas, en chargeant immédiatement Tennemi, compromettre le grand succès qui sauvait TUnion. Lee, de son côlé, ne pouvait renouveler TefTort où il venait d*échouer. N*ayant pas réussi à disloquer Tarmée fédérale, il devait renoncer à l'invasion du Nord et rentrer en Virginie. Encore la tâche n'était-elle pas aisée. Cependant, manœuvrant avec une remarquable habileté, il sut tenir en main ses troupes épuisées par trois journées de sanglants combats, et ne fut pas inquiété sérieusement. Il se replia en marches lentes sur le Potomac, qu'il franchit en amont dans le même temps que Meade le passait en aval. C'en était fait des espérances fondées sur l'invasion de la Pensylvanie. Il ne restait à Lee que la perspective de défendre de nouveau Richmond contre les atteintes de l'armée fédérale. La confédération, battue à Gettysburg et le même jour frappée d'un coup terrible dans l'ouest par la chute de Vicksburg, ne pouvait plus espérer vaincre les forces du Nord. Le grand pro-
blëme posé par la sécession de 1861 était résolu : TUnion triomphait de lapplicalion de la doctrine de la souveraineté des Etats; le sort de Tesclavage était prononcé.
Chattanooga. — La défaite de Gettysbui^ et la perte de Vicksburg amenèrent un mouvement général de concentration des troupes confédérées pour résister à TofTensive que les fédéraux allaient prendre en Virginie et dans. Touest. Braxton Bragg, après Murfreesboro, s*était retiré dans le Tennessee oriental sur Chattanooga. 11 y fut rejoint par Johnston avec les débris de Tarroée de Yicksburg et par Longstreet détaché de Tarmée de Lee. Averti que Rosecrans, qui le tenait en observation, allait recevoir d'importants renforts, il recula encore, s*abritant derrière la petite rivière Chickamauga. Rosecrans occupa immédiatement la ville et se jeta un peu étourdiment sur Tennemi. La bataille dura deux jours (19 et 20 septembre) et se termina par une déroute complète des fédéraux, rejelésen grand désordre sur Chattanooga. Braxton Bragg ne chercha pas à reprendre aux fédéraux celte importante position stratégique qui commandait toutes les routes entre les États de TEstet ceux du golfe, et entre le Tennessee et la Géorgie, et se contenta d*un investissement insuffisant. Rosecrans fut remplacé dans son commandement par le général Grant, que vinrent renforcer les corps de Hooker et de Sherman, détachés, Tun de Tannée du Potomac, l'autre de celle du Mississipi. Braxton Bragg, aflaibli, au contraire, par le départ de Longstreet, prit position sur les collines de Lookout et de Missionary, au sud de Chattanooga. Grant alla Fy chercher le 23 novembre et Ten délogea après une série de combats acharnés. Les confédérés, chassés des hauteurs, ne se rallièrent qu'à Ringold, où la poursuite cessa. La défaite des confédérés à Chattanooga anéantissait tous les résultats de leur brillant succès de Chickamauga. Braxton Bragg fut remplacé par Joe Johnston, qui ramena ses troupes en arrière jusqu'à Dalton (Géorgie) pour les y réorganiser.
Plusieurs mois se passèrent sans nouvelle rencontre générale. Sherman échoua dans une attaque combinée avec Tamiral Farragut contre Mobile. En février 1864, Grant fut appelé au commandement en chef de l'armée du Potomac à la place det
Meade, el Sherman remplaça, à la tète de l'armée du Tennessee, Thomas, successeur provisoire de Grant.
Le port de Cbarleston avait été attaqué le 7 avril 1863 par le contre-amiral Dupont, commandant Tescadre de blocus de TAtlantique méridional. En deux heures, tous les bâtiments de sa flottille cuirassée, qui s'étaient aventurés dans la rade, furent désemparés par le feu des forts (Moultrie, Sumter, Wagner et Gre^). Les avaries étaient si graves que la lutte ne put être reprise; les monitors étaient vaincus. Dupont fut remplacé dans son commandement par le contre-amiral Foote. Bientôt après, Foote, malade, dut céder la place au contre-amiral Dahlgreen. Le même mois Gillmore, avec 12 000 hommes, débarqua dans nie FoUy (au sud de Cbarleston), passa de là dans l'Ile Morris le 10 juillet, et réduisit par un siège en règle (du 18 juillet au 6 septembre) les forts Wagner et Gregg. Un assaut tenté de nuit sur le fort Sumter le 8 septembre échoua. Un peu plus tard, un bombardement d'une extrême violence, continué pendant sept jours, mit le fort en ruine sans réduire ses défenseurs. Une nouvelle tentative d'assaut eut lieu le 23 novembre sans succès. Les fédéraux renoncèrent enfîn à l'entreprise; Gillmore fut rappelé au commencement de 1864 à Richmond, Dahlgreen resta pour surveiller Cbarleston.
La campagne de 1864. — Avec l'année 1864 s'ouvre la dernière phase de la guerre civile. Les armées de la Confédération ne peuvent plus se recruter comme aux premiers temps de la lutte. La population est épuisée. Les pertes ont clé énormes par le feu de l'ennemi, plus encore par les maladies et par la désertion. Les sudistes ont été battus à Geltysburg, rejetés en Virginie. Ils se sont vu enlever Vicksburg, Port-Hudson et tout le cours du Mississipi. L'armée de Pemberton a été prise, celle de Johnston dispersée, celle de Braxton Bragg poussée en Géorgie. Dans cet immense espace qui s'étend des monts Alleghanys au Mississipi, il n'y a plus une division régulière confédérée. Seuls des partisans, comme Forrest, y peuvent exécuter des raidSy vraies expéditions de maraude et de pillage, désastreuses pour la population civile, sans utilité stratégique.
A Touest du Mississipi, le drapeau esclavagiste était encore tenu par Magruder dans le Texas, par Price dans TArkansas, par Dick Taylor dans la Louisiane, par Kirby Smith, commandant en chef du déparlement transmississipien. Contre ces généraux, Banks, dont le quartier général est à la Nouvelle-Orléans, va guerroyer pendant toute Tannée 1864. 11 tentera avec Tappui de la flottille de Porter, sur la Rivière Rouge, une grande expédition, d*où il reviendra vaincu.
Dans ces campagnes lointaines il se dépensera d*un côté comme de l'autre une somme considérable d*énergie, de vaillance, d*héroïsme; le sang coulera dans nombre de combats souvent très meurtriers, mais sans résultat sérieux, sans influence sur les destinées dernières de la lutte, qui vont se décider exclusivement en Virginie et en Géorgie; en Virginie entre Grant et Lee; en Géorgie entre Sherman et les derniers généraux que lui pourra opposer le président Jefl*erson Davis.
Grant et Lee. — Le major général Grant, appelé en février 1864 de Chattanooga à Washington pour prendre à la place de Meade le commandement de Tarmée de Virginie, reçut bientôt après de Lincoln le grade de lieutenant général avec le commandement en chef de toutes les armées de terre de TUnion. Tous les pouvoirs militaires de conception et d'exécution étaient donc concentrés en ses mains. 11 s'arrêta au plan suivant : l'armée de Virginie dont il prenait lui-même la direction aurait pour objectif la destruction de Tarmée de Lee; son lieutenant Sherman, appelé à prendre à sa place le commandement de l'armée du Tennessee, poursuivrait en Géorgie les forces confédérées de Braxton Bragg jusqu'à leur destruction complète. Puis, tournant par le sud la muraille des Appalaches, il occuperait les derniers Etats rebelles encore en armes, Caroline du Sud et Caroline du Nord, en prenant à revers l'armée de Lee attaquée de front par Tannée principale.
La grande armée fédérale était massée sur la rive gauche du Rapidan (affluent de droite du Rappahannock en Virginie), en face des troupes de Lee qui occupaient la rive droite. Grant fit savoir par un ordre du jour (3 mai 1864) qu'on allait reprendre Toffensive. Les forces prêtes à franchir la rivière étaient placées
SOUS le commandemenl en chef du général Meade et présentaient un effectif évalué à 140000 hommes.
Grant envoya Butler s*établir avec un corps d*armée sur la rivière James pour menacer de là Petersburg, forte position située au sud de Richmond. Mais Butler, à peine débarqué sur la rive sud du James, au confluent de TAppomattox, fut enfermé dans la presqu*tle de Bermuda Hundred par Beauregard, appelé de Cbarleston pour protéger du côté du sud les approches de la capitale confédérée.
Les 3 et 4 mai, Tarmée de Meade passa le Rapidan. Le 5, elle marcha sur Chancellorsville, couverte sur sa gauche par la cavalerie de Sheridan. Elle rencontra bientôt, dans cette région du Wilderness où larmée de Hooker avait été arrêtée Tannée précédente, les forces de Lee, divisées en trois corps toujours commandés par Ewell, Hill et Longstreet, les héros de Gettysburg. Pendant les deux journées du 5 et du 6 mai, les deux armées se heurtèrent et se firent un mal énorme sans s*entamer (bataille du Désert ou de Wilderness).
Par un mouvement sur son flanc gauche, Grant s^efTorça alors de tourner Faite droite de Lee, espérant arriver avant lui à Spottsylvania et le couper de la route de Richmond. Lee prévint ce dessein et Grant le trouva fortement retranché. Deux journées de lutte, 10 et 12 mai, laissèrent encore intactes les lignes de Tennemi. Les pertes fédérales furent énormes àTangle occidental des positions confédérées (bataille de Spottsylvania). Grant commença un nouveau mouvement de flanc (23 mai), franchit la North-Anna River en deux points, mais trouva de Tautre côté Lee établi dans des positions telles qu*il n*osa Tatta* quer. Passant le Pamunkey (près de son embouchure) le 29 mai, il comptait, par une marche rapide, atteindre le Chickahominy avant Lee et peut-être pousser jusqu'à Richmond. Mais Lee couvrait toute la ligne du Chickahominy, de Cold Harbor à droite, à Hanover à gauche. Le 3 juin, sans avoir cherché le point faible de ces positions ou tenté d'en reconnaître les divers aspecls, Grant ordonna un assaut général sur la droite de l'ennemi. L'armée fédérale perdit là 10 000 hommes en moins d'une heure et fut rejetée dans ses lignes. C'est la célèbre tuerie de Cold
Harbor. Grant descendit (12juin) par une marche de nuit la rive gauche du Chickahominy, franchit la rivière à quelques milles du dernier champ de bataille et marcha sans être inquiété vers le James River qu*il fit traverser à toutes ses troupes (14 juin) sur un des ponts préparés par Butler. Ce grand mouvement par la route de terre, qui venait de porter Tarmée fédérale de la rive nord du Rapidan à la rive sud du James, du 3 mai au 14 juin, avait exigé un effrayant sacrifice d*hommes, et Tarmée de Lee était à peine entamée.
L*armée fédérale n'avait pas encore achevé le passage du James, lorsque Grant résolut de tenter un coup de main sur Petersburg, clef des communications de Richmond avec le sud. L'opération fut mal combinée, les ordres donnés sans précision, les corps d*armée lancés au hasard contre la place confédérée à mesure qu'ils parvenaient sur la rive droite du fleuve. Pendant quatre journées, du 15 au 18 juin, les lieutenants de Grant s'acharnèrent vainement entre les lignes de Petersburg et laissèrent des milliers d'hommes sur la place.
Il fallut entreprendre contre Petersburg les travaux d'un siège régulier. La flottille bloqua le James, se protégeant par des estacades contre des bâtiments cuirassés construits à Richmond. Le chemin de fer de Weldon (Richmond- Wilmington) tomba bientôt entre les mains des fédéraux et les confédérés échouèrent dans trois attaques (19, 21 et 28 août) pour le reprendre. Us se tinrent désormais sur ]a défensive, fortifiant sans cesse leurs positions. Pendant que se resserraient les mailles du réseau dont Grant voulait envelopper Richmond et Petersburg, Lee essaya de renouveler la manœuvre qui avait réussi en 1862, et d'obliger Grant par une démonstration en force contre Washington, à lâcher prise du côté de Petersburg. Ewell, chargé de cette tâche, s'en acquitta brillamment. 11 occupa Harper's Ferry, passa le Potomac, envahit le Maryland et la Pensylvanie et jeta la terreur dans Washington. Mais les autorités fédérales, cette fois, ne rappelèrent pas l'armée de Virginie pour la défense de la capitale, bien que les communications eussent été interrompues pendant quarante-huit heures entre celle-ci et les villes de l'ouest. Ewell se trouva bientôt dans une position très aven-
turée. Son coup de main ayant été surtout une grande razzia d'approvisionnements, il songea à mettre son butin en sûreté, et repassa le Potomac, poursuivi assez vivement jusqu'à Winchester. Il fit alors volte-face, balaya tout ce qu'il avait devant lui, rentra dans le Maryland, s'y promena durant quelques jours, puis s'établit à Harper s Ferry, que seule l'arrivée de Sheridan, détaché de la grande armée fédérale, le força peu après d'abandonner.
Cette diversion n'eut d'autres résultats que le gain pour les sudistes d'une grande quantité de provisions. Grant n'avait point quitté ses positions. Les batteries fédérales ne cessaient de bombarder les fortifications de la ligne Petersburg-Richmond. La ligne de circonvallalion s'étendit peu à peu. A la fin d'août, il ne restait à l'armée de Lee qu'une seule voie ferrée, celle de Danville-Lynchburg. Ses communications par toutes les autres voies étaient coupées. Il allait cependant résister plus de six mois encore. .
Sherman en Géorgie. — Les premières opérations de Grant avaient fait espérer que Richmond allait bientôt succomber. Pendant quelque temps, dans cette attente, les opéralions avaient été suspendues sur d'autres points. Elles furent reprises partout dès qu'il fut démontré que la résistance des confédérés pouvait se prolonger. Du 5 au 23 août, l'amiral Farragut s'empara des forts défendant l'entrée de la baie de Mobile, après un brillant combat naval où le Tennessee^ bélier cuirassé appartenant aux confédérés, tint tète pendant deux heures à toute l'escadre fédérale. Le 2 septembre, l'armée de Sherman entrait dans Atlanta. De ces deux succès, l'un enlevait a la confédération le seul débouché important qui lui restât sur le golfe du Mexique et anéantissait ses dernières forces navales. L'autre livrait au principal lieutenant de Grant toute la Géorgie et réalisait la première partie du plan consistant à tourner la rébellion par les Etats du sud-est.
Johnston, après la défaite de Braxton Bragg à Chattanooga, avait rallié à Dalton les troupes confédérées. L'effectif, quelques mois plus tard, ne s'en élevait encore qu'à 30 000 hommes. Sherman au contraire reçut des troupes fraîches et répartit ses
forces entre les généraux Thomas, Mac Pherson et Schofield.
Il entra en campagne le 6 mai 1864, le jour où s'achevait, au sud du Rapidan, la bataille du Wilderness. Il ne lui fallut pas moins de quatre mois de combats incessants pour venir à bout de la résistance des sudistes jusqu'à Atlanta. Johnston dut céder Dalton et Resaca (15 mai), abandonner le passage de TEtowah (23 mai). Dallas (5 juin), Kenesaw (27 juin). Forcé de reculer toujours, il ne s'arrêta plus qu'à Atlanta, point de jonction de nombreuses lignes de chemin de fer, et grand dépôt du matériel de guerre de la rébellion. Destitué de son commandement le 10 juillet, il fut remplacé par Hood qui livra aux alentours de la ville plusieurs combats indécis, et put tenir six semaines. Mais lorsqu'il eut été battu le 31 août à Jonesboro, et que le chemin de fer de Maçon fut tombé aux mains de l'ennemi, il se décida à évacuer la ville le !•' septembre, après avoir fait sauler les magasins et brûler les approvisionnements. Hood, en retraite sur Maçon, conçut la résolution hardie d'abandonner la Géorgie et d'envahir le Tennessee en décrivant une grande courbe autour d'Atlanta par l'Alabama. Sherman détacha Thomas pour la défense du Tennessee, puis, autorisé par Grant, entreprit de traverser la Géorgie pour gagner le littoral maritime.
Il ne partit, toutefois, qu'après deux mois de repos et de préparatifs, le 14 novembre, six jours après la réélection de Lincoln à la présidence de l'Union contre Mac Glellan, candidat des démocrates. En partant, il détruisit la ville. La principale armée qui eût pu lui résister était déjà loin vers le Tennessee. Sherman avait 60 000 hommes d'excellentes troupes. Il ne trouva devant lui que des forces insignifiantes, malgré les efforts de Jefferson Davis qui était venu à Maçon pour exciter la population à se lever contre l'envahisseur. La marche à travers la Géorgie [The great Mardi to the Sea) ne se heurta donc qu'à très peu d'obstacles et fut en réalité une grande promenade militaire. L'armée arriva le 29 novembre à Milieu après avoir tout détruit ou brûlé sur son passage. Elle parut bientôt devant Savannah, que bloquait déjà l'amiral Dahlgreen. Le fort Mac- AUister, qui défendait la ville, fut enlevé le 13 décembre;
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Hardce, avec 15 000 hommes de la garnison, évacua la ville, que les fédéraux occupèrent le 21 .
Dans le temps que ces événements se passaient en Géorgie, Hood se dirigeant au nord-ouest par TAIabama, entra dans le Tennessee, livra un combat violent à Schofleld à Franklin (30 novembre), mais ne put empêcher la jonction de ce dernier avec Thomas à Nashville. Lorsque le général confédéré parut, le 2 décembre, devant la capitale du Tennessee, les forces fédérales s*élaient suffisamment accrues pour assurer la défense de la place. Le 15 décembre, Thomas et Schofield sortirent des retranchements et attaquèrent les sudistes. La bataille dura tout le jour et recommença le lendemain 16. Elle se termina par la déroute de l'armée de Hood, qui ne fut sauvée d'une destruction complète que par une charge désespérée du chef de partisans Forrest. Les fédéraux poursuivirent jusqu'au Tennessee les débris de l'armée vaincue (27 décembre).
La fin de la guerre. — La grande lutte approchait maintenant de son terme. Jeflerson Davis ne pouvait plus fournir de nouvelles divisions à ses généraux; le Sud avait épuisé ses dernières ressources; toutes les positions encore occupées par les confédérés tombèrent rapidement au pouvoir des fédéraux. Le fort Fisher (qui commandait l'entrée de la rade de Wilminglon) fut pris le 7 janvier 1865. La place même de Wilmington fut occupée le 21 du même mois. Sherman était arrivé le 17 à Golumbia (capitale de la Caroline du Sud). Refoulant devant lui tous les débris épars des divers corps confédérés de Hood, de Hardee et de Beauregard, il continua son mouvement vers le nord et parut à Fayetteville le 12 mars. La ville de Charleslon, qui avait si longtemps résisté aux attaques fédérales, fut évacuée le 17 février. L'amiral Dahigreen fit hisser sur le sommet démantelé du fort Sumter le drapeau de l'Union abattu depuis le 12 avril 1861. Un incendie violent dévora la métropole de l'esclavage au moment où les régiments noirs y faisaient leur entrée; magasins, dépôts de coton, gares de chemins de fer, navires cuirassés et bâtiments en construction, tout fut consumé. Johnston, rappelé de sa disgrâce par JefTerson Davis pour tenter d'arrêter Sherman, fut battu par lui à Bentonville.
(22 mars), et ne put Tempècher d'arriver à Goldsboro, et de gagner de là City Point, où il trouva son chef, le général Grant» et s'entendit avec lui pour les opérations finales.
L'agonie de la Confédération était commencée. Depuis le mois d*août 1864, les forces de Lee et de Grant étaient restées en présence, se battant irrégulièrement et sans engagement à fond; le généralissime du Nord attendait le résultat de la campagne engagée par Sherman. La cause rebelle était maintenant virtuellement abattue. Une restait qu'à l'achever. Une brillante chevauchée du corps de Sheridan dans la vallée de Shenandoah (du l""* au 24 mars), chassa les confédérés de la Virginie occidentale et leur fit perdre un de leurs derniers généraux, Early. Lee tenta, à cette heure suprême, une attaque contre les lignes ennemies (25 mars); il fut repoussé. Le 28 un assaut général fut livré à ses fortifications. Le 29, Sheridan, plaeé à l'extrême gauche des fédéraux, effectua autour du flanc droit de l'armée de Lee un mouvement de conversion qui, après trois jours de combats acharnés (30, 31 mars et l**" avril), où Hill fut tué, fit tomber entre les mains des fédéraux la forte position de Five Works. L'aile droite de Lee, coupée du reste de l'armée, fut presque entièrement prise. Le 2 avril toute l'armée de Grant s'élança sur les fortifications de Petersburg et enleva la première ceinture de retranchements. Lee télégraphia alors à Jefferson Davis qu'il ne pouvait plus tenir tête à l'ennemi et que l'évacuation de Richmond devait avoir lieu sans délai; il allait lui-même se retirer à Danville avec les débris de son armée. Jefferson Davis quitta aussitôt Richmond, avec tout le gouvernement et un grand nombre des habitants, par le chemin de fer de Lynchburg. Le 3, Lee évacua les derniers retranchements de Petersburg et se dirigea sur Danville. Mais Sheridan le gagna de vitesse et parvint avant lui à Bupkesville. Les confédérés inclinèrent plus à l'ouest, Sheridan hâta sa poursuite, atteignit l'arrière-garde à Deatonville (5 avril) et prit Ewell avec presque toute sa division. Le 7, le chemin de Danville était définitivement coupé aux sudistes, et Lee n'eut plus d'autre ressource que de se retrancher à Farmsville, puis à Appomattox-Station, pour y attendre les fédéraux. Définitive-
ment enveloppé le 8 avril, et invité par Grantà se rendre pour éviter une nouvelle et inutile effusion de sang, il consentit à capituler le 9. Il ne stipula que la reddition de sa propre armée, réduite à 28 000 hommes. Johnston se rendit le 26 aux mêmes conditions que Lee. Dick Taylor, qui avait défendu Mobile jusqu'au 8 avril, se retira, après l'évacuation, dans Tintérieur de TElat du Mississipi, y erra quelque temps, puis, ayant appris la capitulation de Tarmée principale, mit bas les armes le 4 mai. Kirby Smith, que Texpédition malheureuse de Banks avait laissé maitre de toute la rive droite du Mississipi, se retira au Mexique après avoir licencié ses troupes (26 mai). Magruder, qui commandait au Texas, rendit Galveston aux fédéraux le 2 juin. C'était le dernier point du territoire des Etats-Unis où l'autorité fédérale ne fût pas encore rétablie.
Le corsaire Alabama, commandé par le capitaine Semmes, avait fait subir au commerce américain des pertes considérables. Au retour d'une croisière dans la mer des Indes, il entra dans le port de Cherbourg (juin 1864), où arriva bientôt une corvette fédérale, le Kearsage^ commandée par le capitaine Winslow. Les deux bâtiments sortirent de la rade le 19 juin et engagèrent le combat hors des eaux françaises. Après une heure de lutte YAlabama fut coulé. Une partie de l'équipage tomba aux mains du Kearsage. Semmes et une quarantaine d'officiers et de matelots furent recueillis par un yacht anglais, le Deerhund, et portés à Soulhampton, d'où Semmes put regagner TAmérique. Jefferson Davis lui confia le commandement de la flottille confédérée du James River. Un autre corsaire confédéré, le Florida, fut attaqué et pris dans le port même de Bahia par la corvette fédérale Wassuchet (5 octobre 1864).
Jefferson Davis, qui avait disparu après la reddition de Lee, fut découvert et pris le 10 mai 1865, enfermé au fort Monroe, remis en liberté après quelques années. Une première proclamation d'amnistie fut lancée en 1865; d'autres suivirent jusqu'en 1868, époque où l'amnistie fut pratiquement universelle.
Les premières levées pour le recrutement . des énormes armées du Nord furent obtenues par des engagements volontaires sans primes. Mais, dès le 1*'' juillet 1861, le Congrès
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vota une indemnité de 100 dollars par homme qui s*engagerait pour trois ans; bientôt les Etats, les comtés, les villes, des sociétés particulières, augmentèrent par des dons volontaires les primes votées par le Congrès, afin de pouvoir fournir les contingents réclamés sans recourir au service obligatoire. La prime s*éleva peu à peu pour les engagements volontaires jusqu'à 3S0 dollars. Le montant total des primes fédérales atteignit 300 millions de dollars, celui des autorités locales, 286 millions. La confédération du Sud eut recours à la conscription dès les derniers mois de 1861 ; le gouvernement fédéral ne rétablit que par les deux lois de recrutement de 1863 et 1864. L*engagement volontaire resta la base du recrutement, la conscription n'intervenant que lorsque les effets du régime normal étaient insuffisants. Néanmoins les opérations du tirage au sort provoquèrent sur plusieurs points des désordres sérieux, même de véritables émeutes à New- York. Ceux qui tombaient au sort pouvaient s*exonérer au moyen d'une somme de 300 dollars; mais l'exonération fut supprimée en 1864. Du 15 avril 1861 au 14 avril 1865, 2 759 000 hommes furent appelés sous les drapeaux. En 1863 et 1864, l'Union disposa en tout temps d'environ 900 000 combattants; au l''^ mai 1865, plus d'un million d'hommes étaient sous les armes. 186000 nègres, pendant toute la durée de la guerre, furent enrôlés. D'après les rapports officiels pour 1865-66, la guerre coûta au Nord 280 000 hommes, dont 5 220 officiers et 91 000 soldats tués pendant le combat ou morts de blessures, et 2 320 officiers et 182 000 soldats morts de maladie. Cette estimation paraît faible. Quant au nombre exact des morts et des blessés sudistes, il n'a jamais été officiellement établi.
Comme charge financière, la guerre légua à l'Union une dette de 3 milliards de dollars et un régime douanier sévèrement protectionniste.
L'émancipation des noirs. — La question de l'émancipation attira dès le début de la guerre l'attention du président et du Congrès, mais elle fut traitée avec prudence, et Frémont, dans l'ouest, fut destitué de son commandement pour avoir voulu dans cette affaire devancer la décision des pouvoirs fédé-