‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 101 sur 166 · L'ITALIE APRÈS CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

L'ITALIE APRÈS CAMPO-FORMIO

ment de ses propres forces et lui réserver par une convention spéciale de notables avantages commerciaux. Les conseils accepteraient-^ils aussi facilement que le directoire un traité aussi humiliant dans sa forme qu*onéreux par ses stipulations? On en put douter un instant : les juniori, où dominaient encore les patriotes exaltés, finirent par Taccepter; mais les seniori^ où Télément modéré était plus fortement représenté, le repoussèrent à deux reprise^ à la presque unanimité (13-18 mars). Il fallut pour triompher de leur résistance des négociations qui durèrent deux mois, la destitution de deux membres du directoire et de quatre membres du conseil des senion, parmi lesquels Aldini. Si ces violences avaient brisé les résistances, elles avaient détaché définitivement de la France une classe d*hommes dans laquelle elle eût pu trouver un solide appui.

'Le Directoire français apparaissait encore aux yeux des patriotes italiens avec le prestige de la force et les espérances de liberté et d'indépendance qu'avaient fait naître ses promesses. Il perdit bientôt ce double avantage en favorisant dans la Cisalpine une série de coups d'Etat où l'incohérence le disputait à l'arbitraire.

Le premier, tenté à la suite et à l'imitation de celui du 30 prairial, eut pour instrument le ministre de France Trouvé et pour objet un changement complet dans la direction imprimée aux affaires par les avancés. Pour la préparer, Trouvé rédigeait en compagnie des chefs des modérés une constitution tendant à remédier à l'omnipotence de la populace par la diminution du nombre des électeurs, à la faiblesse du pouvoir central par de nouveaux pouvoirs donnés au directoire, au désordre des esprits par des lois restrictives de la liberté de la presse. Il réunissait chez lui les membres des deux conseils, leur faisait voter ses propositions et s'assurait ainsi le moyen de savoir ceux qui leur seraient hostiles. Le lendemain, 31 août 1798, il convoquait ceux qui s'y étaient montrés favorables, faisait entourer le lieu de leurs délibérations par un cordon de soldats français, et obtenait ainsi d'eux une facile adhésion. Il se débarrassait des manifestations dans la rue par des arrestations en masse, par le bannissement des chefs populaires Gioja, Lat-

tuada et Lattanzio, parla destituliondes deux directeurs Savoldi et Testi, qui passaient pour de chauds patriotes.

Avant que cette réforme eût pu porter ses fruits, elle avait été abandonnée. Le commandant de Tarmée d'occupation. Brune, favorable aux avancés, était allé en effet plaider leur cause à Paris, et il en revenait avec un nouveau minisire, Fouché, chargé de réintégrer dans leurs chaînes les députés et les directeurs qui en avaient été exclus. Après s'être ainsi démenti, il ne restait plus au Directoire français qu'à se démentir encore ; il n'eut garde d'y manquer : par un nouveau décret, il remplaçait Fouché par Rivaud, Brune par Joubert, et remettait en vigueur la constitution de Trouvé. Dans l'espace de trois mois, il avait donc changé trois fois le régime politique de la Cisalpine, éloigné de lui ses plus chauds partisans, et montré à tous de quelle façon il entendait respecter cette indépendance souveraine qu'il avait proclamée.

La conduite de ses armées achevait de lui aliéner la masse des hommes qui ne lui demandaient que la protection de leurs intérêts matériels. Si la guerre avait cessé, l'occupation française durait toujours, avec toutes les rigueurs qu'excusaient auparavant les nécessités de la lutte. Les généraux avaient une tendance naturelle à abuser du droit de réquisition qui leur était accordé et, par suite, à intervenir continuellement dans l'administration intérieure des villes qu'occupaient leurs troupes. Depuis la fondation de la Cisalpine, aucune assemblée municipale n'avait pu fonctionner sans l'ingérence étrangère, aucun budget s'établir sans les charges que lui imposait la présence d'une garnison mal payée. Les intérêts étaient atteints comme les opinions, et le mécontentement gagnait la masse de ceux qui vivent comme l'élite de ceux qui pensent.

Mouvement des idées. — Chez les uns, il se manifestait parle désir pressant et immédiat d'être débarrassé des Français, de n'importe quelle façon et à tout prix. Chez les autres, il devait prendre la forme d'idées fixes et raisonnées, destinées à survivre aux circonstances qui les avaient produites, à s'étendre, à se préciser, et a devenir le programme d'un parti national.

La première de ces idées était celle de l'indépendance. Ce que

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