‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 102 sur 166 · L'ITALIE APRÈS CAMPO-FORMIO · texte numérisé non relu

L'ITALIE APRÈS CAMPO-FORMIO

Inoccupation française entraînait de dommages pour les particuliers avait fait oublier ce qu'elle comportait d'avantages pour

TEtat et l'on jugeait le moment venu de réaliser les espérances qu'elle avait éveillées tout en se débarrassant d'une tutelle plus onéreuse que protectrice. Soustraire la Cisalpine au joug français, devenu intolérable, comme à la domination autrichienne, devenue impossible, en confier les destinées à des mains italiennes : tel était le rêve de toute la classe éclairée.

De cette idée en découlait logiquement une autre qui eût semblé une chimère quelques années auparavant et qui alors apparaissait comme une nécessité. Si les Etats italiens avaient si souvent perdu et si la Cisalpine ne possédait plus son indépendance, n'était-ce pas à cause de leur isolement, et par suite de leur faiblesse? Les grouper tous en un seul Etat, assez puissant pour se faire respecter, était donc le seul moyen de leur conserver une indépendance qui apparaissait comme la condition de leur tranquillité et de leur bonheur. Ce fut ainsi que l'idée unitaire, née des bouleversements qui agitèrent l'Italie, s'imposa peu à peu à tous comme le seul remède aux maux dont elle souffrait. Exprimée d'abord par quelques publicistes, elle se répandit ensuite dans les masses et se traduisit par quelques tentatives qu'interrompit la réaction austro-russe.

Dès le mois d'octobre 1796, 1' « Administration générale de la Lombardie », soucieuse d'assurer les destinées futures de la province, avait mis au concours le sujet suivant : « Quel est de tous les gouvernements libres celui qui convient le mieux à l'Italie? » Cinquante-deux mémoires avaient été présentés. Le prix avait été décerné à l'économiste Melchiorre Gioja, qui avait préconisé l'établissement en Italie d'une seule République, une et indivisible. Un de ses concurrents, Fantuzzi, officier cisalpin et ami de Foscolo, s'exprimait en termes presque analogues. En dehors de la Cisalpine, les mômes théories trouvaient d'ardents défenseurs : en Piémont, dans l'historien Botta, qui, après s'être montré au début de la révolution partisan du système fédéralif, devenaitun unitaire convaincu; à Gênes, dans le patricien Serra, qui dès le mois de juillet 1797 avait envoyé à Bonaparte une lettre où il l'adjurait de former de toute rilalie un grand empire

et de s*en proclamer le souverain; à Venise, dans Vittorio Bargoni, qui faisait imprimer un mémoire écrit dans le sens anlifrançais et portant ce titre signiGcatif : Rapport sur la situation actuelle des pays libres d'Italie et sur la nécessité de leur fusion en une seule République. Au début toutefois, ces idées, inspirées par les souvenirs de Tantiquité classique, n*existaient qu à Télat d*opinions isolées : la leçon des événements allait en faire la croyance d'un peuple. En peu de temps, elles prirent un tel développement que le ministre de France à Milan put écrire au Directoire : « Le gouvernement dissimule peu le désir de s*agrandir, mais les simples citoyens Texpriment dans toute sa naïveté; je m'en suis plusieurs fois convaincu par moimême; ils disent publiquement, ils répètent sans cesse que ritalie ne sera puissante et heureuse qu'autant qu'elle formera une seule République. >

Un tel mouvement d'opinion était trop irrésistible pour ne pas avoir de conséquences positives. Bientôt en effet le parti avancé s'efforça de préparer par des complots les événements que les modérés se bornaient à appeler de leurs vœux, et sub* stitua la politique d'action a la politique d'expectative. Dès les premières victoires des Français en Italie, vers la lin de 1794, s'était formée une société secrète appelée la Ligite noire qui se proposait l'expulsion complète des étrangers de la Péninsule, et ne comptait donner son appui à la France que pour chasser les Autrichiens et retourner ensuite contre elle les forces de toute l'Italie. Les victoires de Bonaparte enlevèrent toute chance de succès à cette tentative qui n'eut d*importance que par les inquiétudes qu'elle inspira aux autorités françaises. Trois ans plus tard, en 1799, la tyrannie et la faiblesse croissantes du Directoire provoquèrent la formation d'une autre société secrète dont le centre était Bologne, où les passions politiques avaient atteint un degré particulier de violence; les chefs principaux étaient Lahoz, Teulié et Pino, officiers cisalpins; le but, c'était l'union de tous les Italiens contre les étrangers. Cette société s'appelait la Société des rayons^ parce qu'elle était destinée à rayonner à travers toute la péninsule. Surpris en plein travail d'organisation par la réaction autrichienne, bannis auparavant

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du lerriloire italien, les chefs de ce mouvement ne purent le faire aboutir, et l'un d'eux, Lahoz, périt au siège d'Ancône; en combattant à côté des Austro-Russes et -à latôte des révoltés des Marches.

Presque au même instant, la République cisalpine succombait sous l'invasion austro-russe, mais son existence avait été assez longue et assez agitée pour laisser dans les esprits des trac^ durables et les faire passer en trois ans par tous les degrés de l'initiation politique. Ils avaient été amenés par les dommages de la guerre au désir de prendre part au gouvernement; par les formes de la. république, à l'habitude de l'exercer; par les violences du Directoire, à la conviction que l'indépendance complète était une condition de leur bonheur ; par la passion de l'indépendance, à l'idée de l'unité. Ce fut donc dans la Cisalpine que battit réellement le cœur de l'Italie durant celte période.

Occupation du Piémont. — Il était difficile que le Piémont, entouré d'un côlé par la France, de l'autre par les Républiques cisalpine et ligurienne , put échapper longtemps aux périls de toutes sortes qui naissaient pour lui de ces redoutables voisinages. Le plus pressant était la contagion de l'exemple que lui donnait la Lombardie;il n'y résista point. Pendant tout le cours de l'année 1797, une sourde agitation partie de l'ouest se propageait à travers le Piémont, provoquait des troubles dans les principales villes du royaume, et aboutissait en juillet à la révolte d'Asti, où la république était proclamée, un gouvernement provisoire formé, et un nouveau drapeau arboré. L'autorité royale espéra d'abord, par des rigueurs, triompher des secrètes aspirations de la classe moyenne. Fermeture de l'université, omnipotence de la police, poursuites contre les « jacobins», supplice de tous ceux qui avaient pris part à la révolte d'Asti, telles furent les mesures auxquelles le premier ministre, Damiano de Priocca, attacha son nom. Leur caractère barbare les rendait nuisibles, en éloignant du trône la portion de la bourgeoisie qui y était encore attachée; les circonstances les rendirent bientôt insuffisantes. Lorsque Bonaparte ne fut plus là pour veiller sur son œuvre, les Républiques cisalpine et ligurienne, conscientes de leur faiblesse, crurent pouvoir s'élendre

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et se fortifier en révolutionnant le Piémont, et y parvenir en employant d*aiitres armes que la propagande pacifique. En avril 1798, deux grosses bandes, guidées par des réfugiés, pénétraient sur le territoire piémontais. L'une, partie de Milan, débarquait à Pallanza et était bientôt massacrée par les troupes royales près d'Ornavasso. L'autre, venue* de Gènes, engageait contre elles une série d'hostilités auxquelles la république de Gênes prenait bientôt part officiellement. C'était pour le Directoire un*prétexte d'intervention qu'il s'empressa de saisir pour procéder à la conquête du Piémont. L'occupation de Turin (3 juillet 1798) en fut le prélude; l'abdication et le départ du roi (décembre 1798), l'épisode principal; l'annexion à la République française (février 1799), l'épilogue. Les traditions particularistes du Piémont, ses répugnances à se fondre dans la Cisalpine, la ressemblance de ses mœurs et de sa langue avec celles de la France rendirent cette annexion plus facile qu'on n'avait osé l'espérer*. L'invasion de Rome et la République romaine. — Dans le cours de la même année 1798, le Directoire avait porté ses armes dans le centre et le sud de l'Italie. Deux Républiques s'y établirent sans sa protection et disparurent avec ses défaites. Elles devaient en effet trouver des défenseurs trop inexpérimentés pour se constituer et se heurter à des résistances trop fortes pour vivre. A Rome, où la classe bourgeoise était moins nombreuse que dans le nord de l'Italie, le parti des nouvelles doctrines se composait surtout d'artistes, de poètes et de philosophes, qui devaient porter dans la politique une dangereuse ignorance des nécessités de la vie publique, une confiance exagérée dans les promesses de leurs protecteurs et d'obsédantes réminiscences de l'antiquité romaine. Leurs actes suffirent bientôt à donner la mesure de leur incapacité. Après que le meurtre dn général Duphot eut amené l'entrée à Rome de l'armée française, ils employèrent leurs premiers jours de liberté a organiser des démonstrations plus théâtrales qu'opportunes : proclamation solennelle de la déchéance du pape au Forum (15 février), nomination de sept consuls, plantation d'un

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