‹ Histoiree générale du IVe siècle à nos jours (volume 3)Chapitre 104 sur 166 · Voir ci-dessus, p. 46 i · texte numérisé non relu

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passions des hommes, confines dans la région des idées.

Au début, on parut se réunir pour rendre facile la tâche des gouvernants; avec la mobilité d^impression qui le caractérisait, le petit peuple, gagné par les égards de Championnet envers ses prêtres, ses saints et ses coutumes, entraîné par la parole d'un de ses chefs, Michel le Fou, se montrait aussi fervent républicain qu'il avait été ardent royaliste; une grande partie de la noblesse et de la bourgeoisie napolitaine, autant par indolence que par conviction, se ralliait au nouvel ordre de choses; les périls semblaient assez lointains pour que Mairio Pagano rédigeât un projet de constitution dans lequel ils ne semblaient ni prévus ni même soupçonnés. L'énumération des droits de Thomme, du citoyen et du peuple en général y tenait plus de place que les dispositions législatives, et celles-ci, avec les archontes et les e/;Aore^' qu'elles instituaient, semblaient se réduire a une adaptation de la constitution de Sparte. L'auteur du projet paraissait travailler pour l'humanité plus que pour sa patrie.

Bientôt les événements vinrent dissiper les illusions du gouvernement provisoire et le mettre en face de terribles réalités. Au général Championnet, dénoncé par le commissaire civil Faypoult, avait succédé Macdonald, dont l'unique souci semblait être de remplir, au moyen de contributions répétées, les caisses de l'armée. Aux conquêtes morales de la république à Xaples avait répondu presque immédiatement le soulèvement général des provinces, agitées par les grands seigneurs menacés dans leurs privilèges, par les ecclésiastiques inquiets pour leurs croyances, par les officiers et soldats licenciés de l'ancienne armée royale. Tandis que le cardinal llufTo, débarqué à Reggio, rassemblait autour de lui la mnliitude des mécontents et occupait sans coup férir toute la Calabre, des bandes se formaient en Campanie, en Pouille, dans les Abruzzes, en chassaient les Français. La République était presque réduite à la capitale. Pour sortir du cercle <le fer qui l'enserrait, Macdonald évacuait Naples, où il ne laissait qu'une faible garnison (5 mars 1199), et se retirait d'abord sur Caserlc, puis sur Rome.

Les Napolitains étaient livrés à eux-mêmes. Ceux qui Icj^

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gouvernaient ne s'abandonnèrent pas. Portant dans leur conduite autant de décision qu'il avaient montré d'exagération dans leurs doctrines, ils instituèrent un comité de cinq membres pour se régir, une garde nationale et des troupes régulières pour se défendre, des clubs patriotiques pour relever les cœurs; ils aliénèrent les propriétés royales pour trouver des ressources, et déployèrent une activité comparable à celle qui avait valu naguère la victoire à la Convention française. Malheureusesement la situation était trop compromise pour que tant d'efforts pussent aboutir. Le 13 juin, le cardinal Ruffo paraissait devant Naples à la tête de 20 000 liommes, soulevait les lazzaroni enhardis par ses succès, s'emparait de la ville après une sanglante bataille de six jours, et réduisait les républicains à s'enfermer dans les châteaux qui la dominaient. Les scènes qui suivirent sont dans toutes les mémoires : ce fut d'abord, pendant la guerre des rues, le pillage et l'incendie de toutes les maisons dont les richesses excitaient la cupidité, le massacre de centaines de républicains ou de suspects, fusillés, égorgés ou brûlés vifs. Aux violences individuelles succédèrent ensuite les vengeances officielles. Ruffo avait accordé aux chefs républicains enfermés dans les châteaux une capitulation qui leur permettait de s'éloigner sains et saufs; sur l'ordre de la reine, elle fut violée par Nelson, dont la flotte croisait devant le port, et tous ceux qui devaient en profiter furent traduits devant des tribunaux militaires. Les représailles furent sans pilié ; elles n'épargnèrent, ni les chefs du mouvement, qui eurent en face de la mort une contenance héroïque, ni même le vieil amiral Caracciolo, qui avait servi trente ans dans la marine royale et dont le seul crime était d'avoir conservé son commandement sous la République. Pendant cette triste période (juin) 30 000 personnes avaient été emprisonnées, 7000 bannies, 9000 hommes avaient trouvé la mort dans les supplices, 300 sur l'échafaud. Tant de sacrifices ne devaient pas d'ailleurs être inutiles : par la fermeté de leur courage et la grandeur de leur fin, les héros de la révolution napolitaine avaient montré de quels efforts était capable ce peuple qu'on disait dégénéré, et l'Italie actuelle les compte avec raison parmi les premiers martyrs de son indépendance.

Occupation de la Toscane. — Presque au même instant, des scènes analogues ensanglantaient la Toscane. Dès le mois de mars 1799, le Directoire, voulant se débarrasser du seul gouvernement indépendant qui subsistât encore en Italie, avait forcé le grand-duc à s'embarquer, et occupé ses Etats. La domination française présenta dans les premiers mois le même spectacle que dans les autres régions de Tllalie; à Florence, formation d'un gouvernement provisoire, plantation d'arbres de la liberté, exaltation chez les patriotes, résignation chez les modérés; dans les campagnes, sourde fermentation suscitée et entretenue par les prêtres et par les nobles, et dégénérant bientôt en révolte ouverte. A l'approche des Austro-Russes, tous les mécontents se groupèrent autour d'Arezzo, formèrent des bandes grossies de tous les gens sans aveu qui erraient dans le pays et se livrèrent à d'épouvantables excès ; l'armée en retraite de Macdonald ne put que s'ouvrir un passage sans parvenir à les anéantir. Après son départ, elles s'emparèrent de Sienne, où elles brûlèrent vives une vingtaine de personnes et arrivèrent bientôt sous les murs de Florence, qui ne fut préservé du pillage que par l'arrivée d'une garnison autrichienne.

Résultats généraux de la période révolutionnaire. — Ce fut là le dernier épisode de l'histoire des Républiques directoriales. Dans toute la Péninsule, les armées républicaines furent refoulées par celles de la coalition et entravées dans leur marche par le soulèvement des paysans, chez qui le mouvement prenait le caractère d'une croisade. Il semblait donc que la domination française dût disparaître sans laisser de trace. Il n'en fut rien. Si elle avait été trop courte et trop agitée pour satisfaire les aspirations de ses partisans et forcer l'approbation de ses adversaires, elle avait fait naître dans les âmes des besoins que le temps devait rendre de jour en jour plus impérieux; elle avait éveillé chez les Italiens, par les espérances qu'elle leur avait données, l'esprit public, et, par l'assujettissement où elle les avait tenus, l'esprit national.

L'Empire devait, par sa force et par sa durée, transformer en habitude les sentiments dont la République avait déposé les germes dans leurs cœurs.

BIBLIOGRAPHIE

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CHAPITRK XIX

De 1789 à 1799.

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