RETOUR SLR L'HISTOIRE ANTÉRIEURE
sujets fortifiait ruiiion matérielle de la Suisse, taiidis que Tidée d*indépendancc nationale et de neutralité internationale servait de principe sacré pour le maintien de ralliance.
Cette neutralité était imposée à la Suisse par sa situation géog'raphique entre les deux grandes puissances rivales qui l'enveloppaient. Elle avait contracté, en partie déjà au xv® siècle, et définitivement en 1511, son Union héréditaire {Erbeinung) avec rAutriche. C'était ce traité, d'une portée purement défensive, qui obligeait la Suisse à garantir les possessions habsbourgeoises de la Franche-Comté et du Frickthal (Lauffenburg et Rheinfelden). Avec la France, après de nombreux essais remontant au milieu du xv" siècle, la Confédération avait conclu, le 29 novembre 1516, la Faix perpétuelle de Fribourg, et signé, le 5 mai 1521, une alliance formelle. Ce dernier traité autorisait le roi de France à lever en Suisse, pour la protection de ses provinces françaises et italiennes, une armée, qui ne pouvait pas être inférieure à 6000 hommes, ni supérieure à 16 000. 11 devait se renouveler à Tavènemcnt de chacun des princes qui se succédaient sur le trône de France. Bien qu'elles n'eussent qu'un caractère défensif et qu'elles réservassent le pacte conclu avec rAutriche, ces capitulations militaires risquaient de compromettre la neutralité helvétique. En temps de guerre, il n'est pas toujours facile de distinguer lequel des belligérants attaque ou se défend, par conséquent lequel doit être secouru. La cour de France avait l'art de faire admettre qu'elle se trouvait d'ordinaire dans le cas de légitime défense. Plus sympathiques à leurs voisins de l'Ouest, les Suisses, qui ne trouvaient pas à faire fortune dans leurs pauvres vallées, se laissaient gagner par les pensions royales, largement payées. Ils ne demandaient pas mieux que de figurer dans toutes les guerres. Cependant l'ensemble de* cantons ne souscrivit pas toujours à cette alliance. Berne s'abstint de la renouveler à l'avènement de rois trop catholiques, et, sous l'inspiration de son réformateur Zwingli, opposé au service des Suisses à l'étranger, Ziirich prit rarement part à ces capitulations militaires.
La Suisse au XVIF siècle : traité de ^STestphalie. — Les guerres étrangères n'avaient pas moins menacé que les
798 LA SUISSR
guerres civiles Tintégrité de la Confédération. Durant la guerre de Trente ans, les Grisons et la Valteline furent livrés aux intrigues et aux armes de l'étranger. La Suisse proprement dite faillit sortir de la neutralité sous le prestige des conquêtes du héros protestant Gustave-Adolphe. La ville de Zurich, d*ordinaire plus sage, tenta d*engager les cantons dans la querelle. Heureusement, dans son ensemble, le Corps Helvétique résista et s'abstint. Des armées étrangères ayant traversé certaines por* tions du territoire nord, il organisa, en 1647, un système de protection des frontières, connu sous le nom de DéfeiuionnaL La récompense de cette prudente politique fut que, en 1648, renvoyé bàlois Wettstein obtint, à la paix de Westphalie, rindépendance de sa patrie à Tégard de toute juridiction impériale et son détachement absolu de FEmpire. Ce résultat fut acquis non seulement avec Tappui de la France, mais, fait remarquable, du bon gré de FEmpereur, qui prévint les réclamations que le roi de France aurait pu présenter à ce sujet.
La Suisse ayant été épargnée par la guerre, Tindustrie commença à se développer et le pays jouit d'un certain bien-être matériel. La législation progressa et les lettres furent cultivées. En revanche, les haines politiques et religieuses ne désarmèrent pas. La domination de Taristocratie s'accentua et le peuple, soumis à l'impôt, se prit à murmurer. Le milieu du xvn" siècle, si heureusement inauguré, fut troublé par les luttes civiles. En 1653, éclata la Guerre des Paysans. Les sujets révoltés de Lucerne et de Berne marchèrent contre leurs seigneurs. La défaite du chef des paysans, Lenenberger, fut suivie de répressions sanglantes. Peu après surgirent de nouvelles querelles confessionnelles. Les bailliages sujets communs se trouvaient seuls au bénéfice d'une liberté religieuse relative. Mais les cantons se partageaient intégralement en catholiques et protestants, et la lutte s'engageait, non pas entre les partis, mais entre les Etats. Confiantes dans leurs richesses et leur valeur militaire, les aristocraties de Berne et de Zurich osèrent, en 1656, attaquer les cantons catholiques. Le général bernois d'Erlach fut battu à Wilmergen par le général lucernois
RETOUR SUR L HISTOIRE ANTERIEURE 79î>
Pfyffer. Le bourgmestre bàlois Wettstein s'entremit encore pour le bien de la Confédération et négocia la paix.
Parmi les cantons catholiques victorieux, les guerres de conquête de Louis XIY devaient éveiller les espérances que, cinquante ans auparavant, les victoires de Gustave-Adolphe avaient données aux prolestants. Toutefois les Suisses eurent encore la sagesse d'observer la neutralité, en développant leur système dit Défensionnal, Ils ne se bornèrent pas à protéger, par une garnison fédérale, la ville de Bàle, que menaçaient les belligérants des deux partis; de i613 à 1619, les Bernois et les Zurichois occupèrent aussi Strasbourg, afin de mettre cette ancienne cité alliée à Tabri des envahisseurs, d'où qu'ils vinssent. Le plan de conquêtes de Louis XIV ne devait pas s'accommoder de cette extension de la neutralité suisse au delà des frontières. Les Confédérés ne surent pas empêcher les deux invasions de la Franche-Comlé, qui assurèrent cette province à la France (1678). Ils étaient trop désunis pour prendre avec fermeté des mesures communes. Dans les armées du roi on comptait jusqu'à 25 000 Suisses, el l*on eut peine à les empêcher de prendre part à la conquête de la Hollande. En revanche, dans la guerre de la ligue d'Augsbourg, des régiments suisses furent mis au service de l'Empereur et même des Provinces- Unies, avec lesquelles, en 1693, les cantons évangéliques contractèrent des capitulations particulières.
La Suisse et les guerres du XVni'' siècle. — Si l'influence et la puissance françaises furent prépondérantes pendant les guerres du xvn* siècle, elles devaient baisser au siècle suivant. L'annexion définitive de la Franche-Comté, puis de Strasbourg, avait excité le mécontentement des Suisses. Les cantons évangéliques eurent à se mettre en garde contre la politique religieuse du roi. Leur irritation s'accrut à l'arrivée de 60000 réfugiés, chassés par la Révocation. D'autres victimes des persécutions religieuses, les Vaudois du Piémont, trouvèrent, à cette époque, un refuge momentané dans l'Etat de Berne. Jusqu'alors la sagesse de Zurich et de son bourgmestre Escher avait empêché les Evangéliques de prendre part à la coalition contre Louis XIV. Mais lors de la guerre de la suc-
i'ossion trEspagnc, le Corps Helvétique faillit se compromettre encore. Le capitulai de Milan plaçant ce duché sous la sauvegarde des cantons catholiques, ceux-ci prirent les armes pour l'assurer à Philippe d'Anjou. Telle fut l'origine des capitulations militaires des Suisses avec les Bourbons d*Espagne et <le Sicile. Au nord, les opérations combinées des armées françaises et bavaroises donnèrent Talarme aux deux régiments suisses chargés de faire respecter la neutralité des villes du Rhin. Sur ces entrefaites, Berne prit Tinitiative et travailla en faveur des alliés de l'Empereur. Son agent Saint-Saphoriu, attaché au service de TAutriche et de TAnglcterre, collabora, à La Haye, à un plan d'invasion de la Franche- Comté et de TAlsace. Le général impérial Mcrcy en proiitxi pour faire passer sa cavalerie à travers le territoire de Bàle. H fut battu par les Français rt l'invasion n'aboutit pas. La politique l>ernoise eut cependant pour résultat de livrer Neuchatel au roi do Prusse, à la mort du dernier souverain français.
Los événements avaient détruit le prestige de Louis XIV et Je la cause catholitiue dans la Confédération. Berne et Zûricli saisirent l'occasion de prendre leur revanche de la dernière guerre de Wilmergen. Ces deux cantons n'hésitèrent pas à soutenir les sujets protestants de l'abbé de Saint-Gall dans le Toggenburg. En 1712, ils battirent les catholiques dans cette mémo localité de Wilmergen, où ils avaient été défaits cinquantesix ans auparavant, et la paix d'Aarau assura aux cantons victorieux une plus large part dans la possession des bailliages d'Argovie. Les catholiques eurent beau contracter une alliance séparée avec le roi Très Chrétien, l'inQuence demeura, pendant le xvni' siècle, à la cause protestante et libérale. Bien que l'on compte jusqu'à 80 000 mercenaires suisses dans les armées des différents belligérants durant les guerres de succession de Pologne et d'Autriche et pendant celle de Sept ans, la (Confédération garda, a cette époque, une neutralité absolue. Quand Louis XVI renouvela l'alliance et les capitulations militaires avec les Suisses en 1777, les Treize Cantons, Zurich compris, y prirent tous également part,. pour la première foi** de[)uis longtemps. C'est que le nouveau traité garantissait for-