I. Voir ci-dessus, p. 461 et
de nouvelles entrevues avec les commissaires de ces Étals, Bonaparte usa de paroles plus mesurées : il cessa de menacer la Suisse de lui couper les vivres, qui lui venaient de la Lombardie» ou de brûler ses villages. Il parla, il est vrai, de ramener son armée par le Valais, mais il se borna à une simple reconnaissance dans leTessin. Après la signature du traité de Campo- Formio, il traversa presque seul la Suisse occidentale pour aller faire sa courte apparition au congrès de Rastatt. Son passage dans la ville, encore indépendante, de Genève, le 21 novembre 1797, provoqua une vive curiosité. Il n^hésita pas à y faire arrêler un de ceux qui avaient aidé Carnot à s'enfuir de France après le 18 fructidor. Accueilli avec enthousiasme dans le pays de Vaud, il battit froid aux Bernois, déclarant n*avoir vu, dans toute la Suisse, que deux Etats libres, Genève et Bàle.
La paix de Campo-Formio venait d'enlever aux Grisons la Yalteline, Bormio et Ghiavenna, que Bonaparte réunit, de son chef, à la Cisalpine. Quoiqu'il eût promis de donner, en compensation, le Fricklhal à la Suisse, les gouvernements de ce pays se sentirent menacés. Leurs députés étaient tenus à l'écart du congrès de Rastatt. Bonaparte avait déclaré qu'il ne devait plus exister, chez eux, de pays sujets. A la ceinture de républiques vassales qu'il avait créées autour de la France, il semblait disposé, pour compléter le système, à joindre la Suisse, organisée sur des principes unitaires et démocratiques, de la même façon que la Balavc et la Cisalpine. Les intrigues des émigrés et des puissances monarchiques, dans les Alpes, donnaient au Directoire des griefs suffisants. Les trésors, que l'on savait exister à Berne et ailleurs, pouvaient servir à rétablir nos tinances et à exécuter les plans de conquête soit en Angleterre, soit en Orient. Fidèle à la politique de Barthélémy, Talleyrand, le ministre des relations extérieures, était seul à soutenir le principe de la neutralité helvétique. Mais le directeur Rewbell, qui avait perdu un procès à Berne, son collègue Barras, qui avait besoin d'argent, et Bonaparte, qui voulait des subsides et des routes militaires, devaient avoir facilement raison de cette diplomatie traditionnelle. La Diète des Treize Cantons siégeait, pour la dernière fois, à
INTERVENTION DU DIRECTOIRE 8n
Aarau, en décembre 1797 et en janvier 1798. Le serment fédéral y fut encore solennellement prêté, le 25 janvier. Mais rassemblée se trouvait sous l'impression de la crainte. Les sujets à Tordre du jour étaient non seulement l'annexion de la Valteline à la Cisalpine, mais encore l'occupation toute récente des défilés du Jura, des vallées de Saint-Imier et de Moutier, par les armées de la République française, qui prétendait y exercer son droit de réunion, en qualité de subrogée à l'évêque de Bàle. Bienne était menacé. Le secrétaire d'ambassade Bâcher, qui faisait Vinterim depuis le départ de Barthélémy, et surtout Mengaud, chargé d'affaires depuis le 28 décembre 1797, avaient renouvelé l'envoi des notes diplomatiques, exigeant l'expulsion des derniers émigrés et des victimes de fructidor. On promit d'accorder satisfaction pour le 15 février. Mengaud se rendit en personne à Âarau, au mois de janvier 1798, dans le dessein d'agiter les esprits et d'impressionner les députés, déjà suffisamment inquiets, il déclara couvrir de sa protection les patriotes et les révoltés. Berne, le canton le plus exposé, réclama en vain de ses confédérés des mesures énergiques de défense. La Diète se sépara, laissant l'aristocratique république agir au mieux de ses intérêts.
Cédant à la pression populaire, la ville de Bàle, d'abord, patrie de Pierre Ochs, puis les gouvernements de Lucerne, de Zurich, de Schaffouse, des Grisons, accordèrent des constitutions démocratiques; les sujets des bailliages de Thurgovie, du Rheinthal, de Saint-Gall et du ïessin obtinrent l'égalité de droit (janvierfévrier 1798). Le 2i janvier 1798, les petites villes vaudqises des bords du Léman se soulevèrent; les baillis bernois durent quitter leurs résidences; une délégation de la nouvelle, république émancipée fut reçue à Paris. Berne se borna à maintenir un corps d'observation au nord du pays de Vaud. Ce fut un nouveau prétexte à l'ingérence de Mengaud, qui voyait un casus belli dans chacune des mesures que Berne prenait pour sa défense.
Les insurgés suisses n'avaient réussi qu'avec la connivence du Directoire. Bonaparte, à son retour à Paris, vit le grand tribun de Bàle, Pierre Ochs, qui y était venu pour traiter la
Histoire générale. VIII. '^^
cession du Frickthal à sa pairie. Il dina avec lui chez le directeur Rewbell, le 8 décembre 1797. Pierre Ochs avait été, jusqu'à ce moment, le chef des révolutionnaires suisses. C'était un homme instruit, un magistrat expérimenté, mais dénué de caractère. Il avait préparé pour son pays une constitution démocratique et unitaire, calquée sur le modèle de celle qui existait en France à cette époque. Il Texposa aux maîtres de la situation, déclarant qu'il ne pourrait l'appliquer qu'avec l'intervention du Directoire. On la lui promit.
Frédéric-César La Harpe. — C'est alors qu'enlre en scène un nouvel acteur, apportant au parti des forces toutes fraîches. Issu d'une famille de noblesse vaudoise qui avait donné à la France des officiers et même un académicien, Frédéric-César de La Harpe était né à RoUe, le 6 avril 1734- Il avait reçu une éducation soignée, mais toute républicaine, selon les principes de Rousseau. Après avoir exercé quelque temps la profession d'avocat dans son pays, il fut appelé, par Grimm, à Pétersbourg comme précepteur des grands-ducs, petits-fils de Catherine II (1782) *. Pendant douze ans, il travailla énergiquement à sa tâche et prit une grande influence sur le futur empereur Alexandre. La Harpe ne se désintéressait pas pour cela du sort de sa petite patrie vaudoise, qu'il s'irritait de voir assujettie à Leurs Excellences de Berne. Les publications qu'il répandit en sa faveur le signalèrent à la vindicte gouvernementale et, disgracié par ^Catherine II en 179S, il dut quitter Pétersbourg pour se réfugier sur territoire genevois. Il prit alors, dans la direction des comités révolutionnaires, la succession de son cousin germain, Amédée de La Harpe d'Yens, qui, proscrit par le gouvernement de Berne, avait été prendre du service dans les armées françaises, où il ne tarda pas à se distinguer *.
Frédéric-César de La Harpe, établi à Paris dans l'automne de 1797, cherchait' à attirer l'attention du Directoire sur l'état